Discussion autour du feu à propos de Brindlewood Bay
Comme vous le savez si vous êtes accro’ au gratuit du lundi, Brindlewood Bay, le jeu d’enquêtes cosy est de retour en VF avec une édition plus étoffée et plus porche donc de l’actuelle VO, supplément compris. Le jeu est encore en foulancement pour quelques jours : c’est un beau succès à déjà plus de350 % mais vous pouvez encore vous joindre à la fête. Le projet est porté par un nouveau label Les éditions de la Fabrique Imaginaire qui unit la tête chercheuse Nicolas Le Vif et l’éditeur désormais multi-cartes, Sébastien Célerin. On leur a servi le thé et on a papoté un peu de tout ça.
1. Bon, vous me voyez venir, mais, les gars, j’ai déjà l’édition du jeu en VF par Gulix alors, forcément…
Nico : Bonjour le Fix ! Je vois qu’on attaque sec ! Ceci dit, c’est une question que pas mal de monde se pose, donc allons-y ! La V1 proposée par Gulix et Nicolas Folliot était vraiment cool et a permis au public francophone de découvrir la petite merveille qu’est Brindlewood Bay. Depuis, le jeu a été enrichi grâce à une campagne Kickstarter très réussie (on parle quand même de plus 470 000 $ pour un jeu indé).
C’est cette version que nous vous proposons, avec tous les paliers débloqués pour le livre de base et son supplément Nephews in Peril.
À savoir :
– 20 mystères réguliers (6 dans le livre de base + 13 dans le supplément Nephews in Peril),
– 7 mystères surnaturels (sweeps week dans Nephews in Peril),
– toute une section de conseils pour mener le jeu et notes de game design, y compris un script de première séance à suivre pour lancer votre première partie.
Et tout pour jouer en campagne, changeant l’ambiance du jeu avec de l’horreur cosmique (livre de base) :
– des règles pour créer l’obscur complot, étape par étape, de sa première apparition à l’affrontement final,
– 6 obscurs complots des Doulas de l’abysse embaumé (les cultistes du jeu),
– 6 enfants de Perséphone (les big boss que les cultistes tentent d’invoquer) et thèmes et indices particuliers,
– des PNJ conspirateurs,
– des sortilèges et serviteurs.
Et dans Nephews in Peril, en plus des 20 mystères mentionnés juste au-dessus :
– un descriptif de Brindlewood Bay (lieux + PNJ),
– des conseils pour jouer le Petit coin cosy en campagne de manière plus poussée.
Bref, c’est désormais un très beau bébé (160 pages pour le livre de base, 200 pages pour Nephews in Peril), ce qui pourrait donner des airs de jeu encyclopédique. Mais il n’en est rien, ici tout le matériel est directement utile en jeu !
Seb : Voilà ! Il a tout dit. C’est pour ça que c’est lui le community manager. Il est doué !

2. Ah, je vois que la direction artistique en très différente de la précédente VF. Vous non plus, vous n’avez rien compris à ce look pixel art ?
Seb : Notre édition est l’édition officielle, la traduction de l’ouvrage final. Par conséquent, nous reprenons la direction artistique originelle. Cependant, nous savons d’ores et déjà qu’il y aura un supplément de création francophone dont la DA a été confiée à Laëtitia Van Gasse.
3. Sur la page de foulancement, je lis « des références connues comme la série Arabesque ». Oh, vous croyez qu’on a quel âge exactement ?!
Nico : Allons, tu ne nous la fais pas à nous, on sait que tu regardais ça en cachette ! Je crois que même en n’ayant pas la réf exacte, le thème est tellement grand public (des grands-mères qui enquêtent et qui s’opposent à une conspiration de cultistes) que ça ne posera aucun problème. En plus, les mystères racontent en 2-3 pages tout ce qu’il y a à savoir en matière de « scénario » :
– intro pour lier les personnages aux mystères,
– lieux avec des questions pour planter le décor en narration partagée,
– suspects décrits efficacement avec une citation utilisable telle quelle,
– indices faciles à mettre en contexte,
– indices abyssaux pour amener l’obscur complot,
– moments pour improviser des scènes facilement.
Franchement, c’est un jeu clé en main !
Seb : Merci, Nico. J’ai bien cru qu’il fallait que je révèle mon âge. Allez… Un indice… J’ai vu Belphégor sur un tube cathodique.

4. Moi, j’ai des joueurs qui sont… euh… bref, qui n’envisagent pas un seul instant de jouer des personnages féminins. C’est possible de jouer des « Maîtres du crime » ou pas du tout ?
Nico : C’est ton jeu, tu fais ce que tu veux !
Seb : Pas mieux !
Nico : Si tu veux jouer un Jedi à Brindlewood Bay, on ne va pas envoyer la police du JdR pour t’en empêcher !
Seb : Euh… Si, ça, on devrait peut-être le faire, mais j’ai pas leur numéro.
Nico : Cela dit, tu sors de la proposition de jeu, qui est pourtant assez savoureuse : jouer des grands-mères, c’est bien kiffant ! Tu peux critiquer tous ces PNJ à peu de frais et, comme personne ne te voit venir, les Suspects ont une grande tendance à se confier à toi. On est d’accord qu’on est dans un rôle genré, mais il s’agit là surtout d’un clin d’œil aux séries qui ont inspiré l’auteur !
5. On est bien d’accord : l’enquête émergente, c’est un truc de scénariste fainéant qui ne sait pas trouver de fin potable à son intrigue ?
Nico : Oh, pas que la fin ! En réalité, le jeu donne vraiment toutes les clés pour jouer des enquêtes super facilement. Le boulot de gardien est tellement simplifié ! Déjà, on a la fiche de mystère que j’ai détaillée plus haut. Ensuite, on a les rebondissements typiques de PbtA, qui vont créer des situations intéressantes et des imprévus dans l’enquête dignes d’une bonne série. Enfin, en plus de conseils au gardien, on a toute une procédure pour créer sa version du sombre complot, qui va teinter toute la campagne, en plusieurs grandes étapes guidées. Et comme tu as pu le voir dans le détail du matos, tout ce qu’il faut pour varier d’une campagne à l’autre ! Tiens, il y a même, pour chaque complot, une scène de révélation à balancer à la fin du premier mystère, un bon cliffhanger pour donner envie de continuer. Donc oui, les doigts dans le nez !
Seb : Pour tout dire, je ne compte plus les parties dans des bacs à sable où j’ai suivi mes joueurs sur une piste que je trouve bien meilleure que la proposition initiale, que ce soit la mienne ou celle d’un auteur. Surtout à Vampire La Mascarade, je dois dire. Pour moi, il n’y a pas de différence. Ce n’est pas de la paresse. J’aime être étonné par la création collégiale d’une table de JdR. Ce jeu poussera « mes » joueurs à m’épater et moi à être la hauteur de leurs idées tout en étant maître de la trame souterraine, l’obscur complot que je développe entre nos parties.

6. Apparemment, le supplément Nephews in Peril contient des descriptions de la ville où tout cela se déroule. C’est très utile si on joue des petites mamies blotties autour de la cheminée ?
Seb : Non. Mais as-tu besoin d’un supplément décrivant Arkham pour y jouer ? Pourtant, tu prendras sans doute plaisir à le parcourir et à y piocher quelques idées. C’est le jeu des suppléments de JdR : des sources communes dont s’empare ou non tout ou partie de notre communauté. Ne perdons pas de vue que le JdR est aussi une littérature. Ce supplément aura des lecteurs qui ne joueront pas, mais qui, outre les mystères, auront de quoi visiter un Brindlewood Bay familier des gardiens en activité. Dans ma pratique, je m’en sers comme cadre commun à un scénario multitable. Cela m’aide à savoir ce que j’ai apporté (car je l’ai lu dans le supplément) à ce que les joueurs ont créé à telle ou telle table.
Nico : C’est toujours plus facile de se passer de quelque chose qui existe que de ressentir un manque, mais on n’est pas dans du remplissage. Tout ceci est très facile à utiliser en partie et apporte de belles couleurs aux parties !

7. Je ne suis pas bilingue et je ne connais pas le principe des mystères « sweeps week » : vous pouvez expliquer ?
Seb : Ça tombe bien, on a expliqué ce terme en introduction du chapitre les concernant. Je cite : « BRINDLEWOOD BAY rend hommage à la télévision américaine des années 1980 et 1990, et le terme sweeps week est un clin d’œil à un phénomène américain de l’époque. En effet, quatre fois par an, les audiences des chaînes de télévision du pays étaient mesurées pendant une semaine (appelée sweeps week), ce qui déterminait le prix de vente des publicités pour chaque chaîne. Les producteurs avaient donc tout intérêt à captiver un maximum d’audiences à ces moments précis, ce qui donnait lieu à des programmes “évènement”. »
Les mystères sweeps week sont donc des épisodes hors-série qui ne portent pas forcément sur des meurtres, n’ont pas lieu dans la ville et font la part belle au surnaturel.
8. Cela va être quoi, du coup, la source d’inspiration du supplément Voyages en France ?
Seb : il faudrait que tu poses cette question aux autrices et auteurs qui ont répondu à notre appel. Si nous allons encadrer le projet en termes de table des matières et de format des différents chapitres, nous leur demandons de nous étonner. Nous les avons choisis parce que nous sommes fans de leurs idées lors des échanges sur le Discord de la Fabrique imaginaire. Voilà tout.
Nico : Les Maîtresses américaines viennent découvrir la France et à cette occasion elles découvriront que notre beau pays a lui aussi un lien avec des forces tapies dans l’ombre, comme le pressentait leur autrice préférée. Et il y aura aussi la possibilité de jouer des Maîtresses françaises. Amanda a des fans partout !
9. Bon, eh, Sébastien, sérieusement, tu vas encore en créer beaucoup comme ça des labels ?
Seb : Eh bien, c’est bien possible. En l’espèce, c’est le label de Nicolas. Mon rôle est celui d’un producteur d’une collection que Nicolas enrichit de créations originales. Je pensais que Brindlewood Bay devait exister en français avec une édition officielle. Nicolas était de mon avis et nous nous sommes dit : « Et si ça marche, on développe avec des talents de chez nous. » Nous avons donc élaboré un scénario de précommande qui le permette en y associant les talents et l’imprimeur qui pouvait s’adapter à ce projet. C’était pratiquement la même discussion avec l’arrivée de Pour la Reine à l’époque, si ce n’est qu’il est resté à l’époque en retrait en ne s’occupant que de sa traduction.
Et non, je n’esquive pas ta question. La chaîne de la distribution et les joueurs ont besoin de labels afin de pouvoir identifier les propositions, les types de jeu. Comme je suis un éditeur qui peut aussi bien avoir envie de proposer un J2S Initié (je range les jeux de rôle « tradis » dans cette catégorie) qu’un PbtA & co (que je suis tenté d’appeler Next Gen) ou qu’un Descended from the Queen, j’ai créé plusieurs labels. Je ne réunis pas les deux derniers dans le même label, car les premiers demandent un animateur et les seconds, non. Cela me complique un peu la vie, car la plateforme affiche une identité qui n’est pas le label, mais bon… On va s’y faire.
10. Et alors, c’est quoi la suite pour ce label spécifiquement ?
Seb : Bien tenté ! Donne-nous quels Indices tu penses pouvoir faire valoir et lance 2d6 + leur nombre…
Nico : – la difficulté du mystère, qui doit être autour de… 10 ?

