Divins ReMystères [Chronique Mystères Divins pour Pathfinder]

Les Mystères Divins est le nouveau compendium dédié aux divinités de Golarion, le setting de la gamme Pathfinder et… Attendez on n’en avait pas déjà un ?

Remaster & Commander

Autant commencer par le plus évident : Les Mystères Divins (LMD) sont avant tout une version augmentée et mise au diapason du Remaster de Dieux & Magie paru chez nous en 2022 (déjà donc chez Black Book Editions). De fait en plus des deux questions habituelles (« est-ce que c’est bien » et « dois-je l’acheter ») s’ajoute « dois-je l’acheter si j’ai déjà Dieux & Magie ? » Excellente question lecteur imaginaire, et si vous vous êtes procuré le précédent ouvrage pour le lore la réponse est non. Mais avant de préciser ma réponse, revenons sur ce que les deux ont en commun.

Comme son prédécesseur LMD est un catalogue détaillé (mais pas exhaustif) de quelques 264 divinités du jeu (ce n’est pas une exagération). Comme toujours la patte Paizo se retrouve dans la diversité pléthorique des descriptions, mais surtout dans les petits détails participant directement à l’expérience de jeu. Ainsi entre deux histoires de bataille cosmique ou d’ascension glorieuse on trouve les dictons usuels liés à un tel, les fêtes religieuses célébrant les bienfaits d’une autre ou les hobbys les plus communs des différents cultes présentés. Paizo semble partager l’idée selon laquelle les grands récits mythiques sont intéressants, mais n’ont quasiment aucun impact sur les personnages joueurs, alors que reconnaitre un prêtre par sa manière de parler, ou décrire une ville en liesse pour leur équivalent de noël est précisément ce qu’il faut pour créer un lien concret entre les joueurs et la vie spirituelle de ce monde fictif. Vous trouverez même un très amusant organigramme de « qui couche avec qui » si vous voulez vous amuser avec ça (dans ma campagne, Calistria et Cayden Caelyn forment le couple le plus toxique du Multivers, créant un hilarant cauchemar pour le paladin du groupe), et 24 pages de tableur Excel pour un accès rapide aux informations mécaniques de chaque entrée sans avoir à défoncer le livre ou perdre une demi-heure le cas échéant.

Il y a le ciel, le soleil et l’Ether

Religion oblige, LMD est aussi rempli de nouveaux sorts de domaine pour le clerc et toute autre classe vous donnant accès à ces derniers. La plupart sont excellents même si l’écrasante majorité des domaines décrits ne sont liés qu’à une minuscule portion d’êtres divins. Le domaine du froid par exemple propose des sorts offensifs excellents pour un clerc agressif, mais à peine cinq dieux le comptent parmi leurs domaines sur les 264 du livre. Dommage si vous suivez les règles de création à la lettre.

Voilà. Alors oui y a quelques dieux en plus ou en moins comme Gorum, dieu de la guerre récemment tué et remplacé ici par la déesse des rebelles Arazni, et les sorts contiennent les erratas officielles, mais dans l’ensemble on compte plusieurs centaines de pages totalement inchangées depuis 2022. Donc si c’est ce qui vous donne envie de cirer vos moustaches le matin, passez votre tour sur LMD.

Mais passons maintenant à ce me donne envie de cirer mes moustaches, les grosses nouveautés du livre à commencer par un tout nouvel archétype de classe pour le clerc.

Montjoie Sainte Arazni !

Vous avez envie de taper sur des gens au nom des dieux mais quelqu’un à la table a réservé le paladin ? Alors réjouissez-vous, le Précurseur de Bataille est là ! Si le prêtre cloitré est un lanceur de sort, et son pendant guerrier un compromis imparfait entre la magie et l’offensive, le précurseur propose un twist inattendu. En choisissant cet archétype votre magie est grandement limitée et vos sorts de soin bonus sont remplacés par la possibilité d’invoquer des auras. En gros, vous êtes constamment accompagnés au front par un effet de zone bénéfique pour vous et vos alliés ou franchement vicieux pour vos ennemis selon votre divinité tutélaire. Ajoutons à ça de toutes petites capacités de sorts, et vous vous retrouvez avec quelque chose d’assez proche du Paladin de D&D mais avec une emphase sur le soutien et la défense. Les nouveaux dons venant avec cet archétype sont d’une simplicité rafraichissante et on se prend à imaginer des combos merveilleusement proches de la triche quand un de ces barbares de dieu se retrouve aux côtés d’un Champion, sans même parler du plaisir de le jouer.

Décidément les champi c’est pas pour tout le monde

De l’autre côté du spectre cérébral on a le Détective Palatin, un tout nouvel archétype pour l’enquêteur. Dès la création vous gagnez deux sorts qui s’ajoutent à la panoplie déjà bien touffue de l’enquêteur. Les dons proposés renvoient une vibe sympathique de détective surnaturel, à la fois chasseur de monstre et terreur des bouquinistes spécialisés. Pas le truc le plus optimal du monde, mais incroyablement amusant à jouer surtout si vous aimez le côté « mathématicien qui colle des baffes » de l’enquêteur.

Vous vous en doutez, les 250 pages de nouveau contenu ne se limitent pas à ces deux petits bijoux. On trouve aussi quelques trucs sympas, et plein de choses qui laissent ce rédacteur du Fix un peu perplexe.

 

Vous n’en vouliez plus ? tant pis y en a encore !

Travailler chez Paizo fait envie tant ils ont l’air de travailler au fil de leur inspiration, même si l’expérience n’est pas nécessairement similaire côté joueur. Ne vous méprenez pas, faire les choses au fil des envies préserve la sincérité du travail, mais ça amène nécessairement un certain déséquilibre au niveau du contenu. En ce sens LMD ne fait pas exception à la règle.

Oh mon dieu tant de nouveautés!

On commence avec les nouveaux Protecteurs pour la classe de la Sorcière. Vous n’en avez pas marre maintenant, mais on en reparlera à la sortie des prochains suppléments, croyez-moi sur parole. Apparues précédemment dans des aventures, les allégeances à la Sorcière Moustique, ou à la fameuse Baba Yaga offrent une figure plus concrète à imaginer pour les joueurs ainsi qu’un meuble animé en guide familier pour Baba, ce que je trouve personnellement adorable. Dans les nouveautés pures, on compte Le Paradoxe des Opposés qui renvoie aux concepts comme le Yin-Yang asiatique, le Chœur Politique vous soumettant à un collectif plutôt qu’à une entité unique, et Le Courtier Invisible qui, en plus d’offrir une malédiction très amusante, est le protecteur parfait pour celles et ceux voulant expérimenter la saveur soufrée d’un contrat diabolique.

La Sorcière, au même titre que le rôdeur et le barbare fait partie de ces classes indubitablement favorisées par la maison mère. Je suspecte que c’est dû à leur flexibilité mécanique et à l’impact mineur qu’on leurs sous-classes sur leur fonctionnement en général, mais c’est quand même dommage de trouver à coup sûr l’un de ces classes dans les suppléments plutôt que des grands oubliés comme l’alchimiste, et surtout l’ensorceleur ! Enfin merde, rajouter des lignages d’ensorceleur est à peu près aussi complexe qu’un protecteur de sorcière, et pourtant on en retrouve trop peu depuis le Remaster.

Dans une zone neutre entre la déception et l’incompréhension, on trouve de nouveaux dons de Champion centrés autour de serments. Chaque don de ce type est simple, mais a de lourdes implications de roleplay, au point de faire office de sous-classes officieuses. Dans un autre style, l’archétype du « héraut mortel » permet de devenir un avatar terrestre de votre dieu ou déesse, et trois nouveaux mystères pour l’Oracle amusants mais superflus.

Non la vraie perplexitude tient en six pages. Les quatre premières ont pour objet les « divithune », pas moins de trois archétypes inspirés par le Shaman de la première édition, et le Prêtre Razmirien. Quatre nouvelles options qui font plus office de « fausses classes » tant elles dirigent l’évolution du personnage. Ces nouveautés très liées au lore de Pathfinder ne perplexent pas pour ça mais parce que, dans un jeu défini par la liberté offerte aux joueurs via la myriade d’options disponible, proposer des archétypes dont les pouvoir limitent cette même liberté a quelque chose de frustrant. Pour vraiment les apprécier, la personne joueuse doit avoir prévu de prendre l’un de ces archétypes au moment de la création, ergo « fausse classe ».

La Messe est dite

Les Mystères Divins sont un excellent supplément si vous voulez plonger dans le lore de Golarion, ou si vous voulez des éléments concrets et quotidiens à introduire dans vos parties. Les nouvelles options de créations sont excellentes bien que crispantes quand vous réalisez le déséquilibre de leur distribution sur l’ensemble de la gamme.

Malgré ces qualités, j’aurai du mal à le conseiller aux possesseurs de Dieux & Magie puisqu’ils possèdent déjà les 254 premières pages du tome. Pour les autres par contre, difficile de leur refuser une lecture distrayante et des options suffisamment bonnes pour figurer dans le livre de base.