Role over the World : Evil Genius Games Round 2

Vous n’avez pas idée à quel point j’ai lutté pour ne pas mettre la bouille de Dr Evil en couverture de cette rubrique mais Vincent a équipé mon bureau d’une trappe à requins donc j’ai dû me résoudre à rentrer dans le rang.

Sinon, à part la suite des aventures de Dave Scott, les Ennies rendent verdict sur l’IA, WotC s’achète finalement une carte UGC, et les chats français font un tabac outre-Atlantique.

Enjoy!

 Encéphalogramme plat chez Evil Genius Games

La semaine dernière, je vous parlais d’Evil Genius Games, une entreprise de JdR dont le PDG Dave Scott (un homme foncièrement Evil mais pas vraiment Genius) avait tenté d’intimider un redditeur lambda pour avoir eu l’audace de poster un article du site ENworld détaillant les nombreux soucis de la boîte. Eh bien figurez-vous que le sagouin persiste !

Le 23 janvier, l’auteur met à jour son article en y joignant la copie d’un mail envoyé depuis l’adresse Legal Law (ne riez pas c’est très sérieux), lui demandant de retirer son article « calomnieux » sous peine de retombées légales de la part de Dave Scott. Entre le nom proprement ridicule de l’expéditeur (eh oui en fait vous pouviez rire), et le fait que la lettre type est un modèle extrêmement simple à trouver sur le net, dépourvu de mentions spécifiques, les gens d’ENworld on cru d’abord à un canular jusqu’à ce que Dave Scott confirme la provenance de l’injonction admettant ainsi l’incompétence crasse de son représentant légal, et son manque de bon sens.

Comme tous les gens qui veulent être pris au sérieux, Dave Scott décide ensuite de mentionner l’injonction sur la page Facebook du journaliste en question, qui se retrouve dans l’obligation de prendre la risible menace au sérieux. Il envoie le document à son propre avocat, lui faisant de fait gagner le cachet le plus facile de sa carrière, et un gros fou-rire au passage. Enfin le 24 janvier, Dave Scott contacte personnellement ENworld pour les assurer qu’aucune poursuite légale n’est finalement à craindre de sa part.

Qu’il tienne parole ou qu’il retourne encore une fois sa veste, je ne pense pas exagérer en suggérant à Dave d’arrêter le café et de trouver un bon psy.

Les ENNIES disent finalement non à l’IA

Si je mentionne régulièrement le site ENworld dans cette rubrique, ce n’est pas seulement pour leur fiabilité journalistique, mais aussi parce qu’ils sont une pierre angulaire de la communauté anglophone grâce à un forum très actif et l’organisation des ENNIES, l’équivalent rôlistique des Oscars.

Même sans avoir jamais entendu parler du prix vous en avez certainement senti l’influence. Blades in the Dark, Fabula Ultima, Shadowdark ou Mork Borg sont tous lauréats des ENNIES et doivent à la récompense une part non négligeable de leur visibilité. D’autre part les ENNIES participaient à une certaine paix sociale autour de la question de l’IA en traitant son utilisation comme une zone grise. Plus maintenant.

Dans une mise à jour de leur politique de participation, les organisateurs du prix affirment définitivement et sans ambiguïté que tout projet ayant bénéficié des algorithmes génératifs sera automatiquement disqualifié. Et on parle même pas d’un truc fait à 50% par l’IA comme les miaulements d’Ulthar ; toute participation de la machine, quelle que soit sa portée ou son degré est éliminatoire. Vue l’influence d’ENworld sur l’industrie, cette décision est de fait bien plus importante que la promesse d’un éditeur (oui, même celui-là), et avec le perfectionnement des outils permettant de débusquer ce type de pratiques, elle n’a rien de symbolique.

WOtC révise son jugement sur le cinéma

Après avoir été refroidi par les retombées décevantes du film Honor Among Thieves et la vente de son studio interne eOne, Wizard of the Coast semblait s’éloigner du cinéma, enfin pas tant que ça.

Jess Lanzillo, vice-présidente de la franchise D&D annonce que le retrait des magiciens de l’industrie n’a « jamais été officielle », et pour cause, malgré « l’échec » du film, une série D&D est toujours en développement chez Paramount+ avec Drew Crevello en showrunner. Dans des propos retranscrits par Christian Hoffer, Lanzillo affirme que c’est elle, à son arrivée début 2024, qui a choisi de reprendre le dialogue avec les studios, citant la popularité du jeu chez les scénaristes en général.

Si le JdR en général est sans doute populaire chez les auteurs, il n’est pas non plus impossible que cette réouverture des négociations soit aussi due au succès du court-métrage D&D diffusé sur Netflix dans la série d’anthologie Secret Level, et pour capitaliser à fond sur la saison finale de Stranger Things et la sortie des nouveaux livres.

Je dis ça, je dis rien.

Le foulancement de la semaine : Cats ! The Conspurracy

Cocorico ! Ou plutôt Miaou… à moins que ce soit Cocorimiou?

Bref la percée de Black Book Edition dans l’industrie anglophone semble se passer plutôt bien si on s’en tient aux chiffres du Kickstarter pour la traduction de Cats ! La Mascarade, le jeu de chats mystiques écrit par Vincent Mathieu et édité chez nous par Icare en 2011, chroniqué juste ici sur le Fix.

A 590% au moment où j’écris ces lignes, la parution est désormais assurée, et les gars de BBE ont franchement bien joué le jeu de la com’ notamment grâce aux efforts combinés de l’actrice Devora Wilde (voix de Lae’zel dans Baldur’s Gate 3), et de Good Time Society la chaine Youtube spécialisée dans le jeu de plateau, connue aux U.S pour sa célèbre (et hilarante) hôtesse Becca Scott (on dirait pas comme ça mais c’est un vrai compliment, bien joué les gars).

Entre CATS ! et GODS, le début d’une passerelle semble possible entre l’énorme marché anglophone et notre petite niche de passionnés mangeurs de fromage. Reste à savoir si cette impression est due à la réception des jeux, à la qualité de la communication, une combinaison des deux, ou à une mystérieuse maladie qui rend les JdR en un mot super populaires outre-Atlantique.