Dune vous sort encore le Grand Jeu [chronique Le Grand Jeu]
Breaking news ! Hop, hop, hop, on bouscule un peu notre programme de chroniques pour passer celle-ci un peu plus vite que prévu. Vous saviez sans doute déjà (sinon, relisez votre Fix…) que Arkhane Asylum va devoir abandonner la gamme VF de Dune. Et ce pour la bonne raison que Modiphius, le détenteur de la licence VO, ne la détient plus. Hop, effet domino.
Cela dit, on n’avait pas vu arriver ça si vite, rapport au fait qu’un ultime supplément VF, Pions et pouvoirs, était en précommande et, à notre connaissance, pas encore dispo en version physique. Mais, hélas, si, c’est en train de se terminer bien plus vite que prévu. La preuve, Arkhane Asylum propose en ce moment même une braderie sur la plupart des livres et accessoires de la gamme. Le temps qu’on se retourne et hop, à mon avis, il n’y en aura pas pour tout le monde. C’est là : https://www.arkhane-asylum.fr/shop/v/Dune?o=11
Bon, depuis le temps, je crois qu’on se connait assez pour que vous sachiez que ce n’est pas trop notre habitude de relayer les opérations commerciales de tel ou tel éditeur. Mais, là, franchement, l’occasion est trop belle (et un peu triste aussi, c’est vrai) pour qu’on vous laisse en dehors de tout ça. Pour une fois, commençons par la fin d’une chronique : en conclusion, Dune, c’est un sacré bon jeu avec une sacrée bonne gamme. Ce serait ballot de laisser passer l’occasion de compléter votre collection.

Alors, certes, ce nouveau supplément VF, Le Grand Jeu donc, n’est pas concerné par la promotion mais il vient comme la cerise sur le gâteau couronner une gamme qui, certainement, a pris un tournant très positif depuis la publication de Les Maîtres de Dune, la grande campagne du jeu (grande dans les deux sens du terme) dont nous vous parlions ici : https://lefix.di6dent.fr/archives/la-masterclass-de-dune-chronique-de-les-maitres-de-dune/
Or, si Le Grand Jeu n’est pas directement connecté à cette campagne, il en partage une ambition plus que bien vue : vous faire toucher les étoiles en jouant (enfin !) dans la cour des grands. Fini de jouer les contrebandiers beau gosse mai un peu losers sur les bords ou les rebelles à la petite semaine : avec Dune, ce sont des planètes entières dont vous aurez, vous et vos collègues PJ, le destin entre vos mains. Le sujet de ce supplément (en très gros : les lieux de pouvoir de l’Empire) vous fait lui aussi cette belle promesse.


Physiquement, Le Grand Jeu prend une forme plus raisonnablement modeste que les suppléments précédents. C’est un bel album de 120 pages avec cette maquette aussi classieuse que lisible, fidèle au reste de la gamme. Les illustrations ne sont pas innombrables mais de qualité. On tiquera quand même un peu sur le prix qui est identique au reste des items de la gamme quand pourtant la pagination en est nettement inférieure. Hum.
Au début, le supplément présente les atours d’un sourcebook assez classique. On y trouve ainsi des pages de pure description sur le Landsraad et plus généralement le fonctionnement du pouvoir au sein de l’Empire, des fiches de Maison en veux-tu, en voilà, des précisions sur les voyages spatiaux et ceux qui les gèrent, etc. Tout ceci, on le voit, à pour ambition commune de nous faire lever le nez des sables d’Arrakis pour s’intéresser à la haute politique interstellaire.
Or, la politique et, plus précisément, l’exercice du pouvoir et ses vicissitudes par les PJ eux-mêmes, c’est justement LE thème choisi par les auteurs de ce Dune, que ce soit à l’échelle d’une planète emblématique (voir la campagne précédente) ou, désormais, à une échelle encore plus vaste. Rappelons que les PJ sont des représentants très haut placés d’une même et seule Maison noble et qu’ils vont devoir défendre les intérêts de cette dernière que ce soit lors de négociations économiques serrées, à l’occasion d’une attaque planétaire ou, donc, lors d’un vote serré au Landsraad.

Dans le supplément, vous trouverez donc un peu tout ça, notamment le fonctionnement précis des votes à l’assemblée mais aussi et surtout un module de gestion de Maison très complet qui occupe environ un tiers de la pagination. Il reprend le principe du méta-PNJ accordant caractéristiques, traits et ressources diverses à la Maison des PJ. Ceux-ci, lors d’une phase de gestion, vont devoir débattre autour de la table de la meilleure façon de gérer ces ressources, notamment pour améliorer les installations de leur fief planétaire, en prévoir les défenses ou encore en tentant d’influencer des Maisons alliées ou rivales. Le système est assez simple à saisir, passant en particulier par la conversion de points de richesse en ressources et vice-versa. Il y a peu de jets à faire et des tables d’événements ainsi que des listes très complètes d’investissements à faire garantissent que cette phase ne s’enlise pas dans une très longue partie de Civilization. Ou pire : de Monopoly.

Bon, bien sûr, même si cette phase est allégée au possible, elle semble tout de même peu compatible avec les règles de gestion d’Arrakis découvertes dans les précédents suppléments. Devoir gérer les opérations d’épiçage puis celles liées au fief planétaire de la Maison des PJ risque là, en revanche, de transformer en grande partie votre vendredi soir en séance de jeu de placement d’ouvriers à l’allemande. Il faut plutôt concevoir cette proposition de jeu de haute politique comme la suite logique de la précédente campagne (après que les PJ aient fait leurs preuves à la tête de la planète des sables) ou, mieux, comme une proposition de jeu alternative qui éloignerait sciemment les PJ des sables d’Arrakis.


Car, en effet, ce supplément très dense se soucie également beaucoup de cette problématique : comment faire varier votre Dune ? Comme pour d’autres jeux à licence (Blade Runner, Alien, etc.), c’est un reproche que l’on a vite au bord des lèvres : à part rejouer les romans/films/série, on y fait quoi ? Pour le moment, on peut dire que Dune répond mieux que ses éminents collègues à cette légitime question. Encore dans ce supplément, pas moins de deux propositions alternatives de campagne sont proposées, y compris avec une adaptation aux règles de création de personnages.
La première propose de faire des PJ des agents du CHOM, la hanse des marchands de l’empire. Audit impérial sur une planète aux pratiques commerciales douteuses, risque de se retrouver en porte-à-faux avec sa propre Maison si celle-ci est en conflit avec le CHOM, possibilité d’avoir un groupe multi-Maisons mais lié par leur appartenance au CHOM, etc. : cela offre de multiples perspectives. Bon, bien sûr, il faudra beaucoup travailler : en dehors de la création d’un PJ lié au CHOM et quelques généralités, il n’y a pas vraiment de matériel prêt-à-jouer dans cette section.

La seconde proposition se concentre sur la Guilde, c’est-à-dire l’entité chargée de gérer la totalité des voyages spatiaux au sein de l’empire. Là aussi, c’est une institution qui se trouve en marge des Maisons, se mettant au service de toutes sans obéir à une seule. On retrouvera là, comme pour le CHOM, un cadre intéressant pour ceux qui veulent se retrouver au cœur du Grand Jeu sans pour autant s’enfermer dans le cadre des intérêts d’une seule Maison, peut-être mineure qui plus est. Et puis, bah, se retrouver aux manettes de vaisseaux qui plient l’Espace en quelques secondes, c’est la classe quand même, non ? Là aussi, la section du livre se concentre surtout sur les généralités et un module de création de PJ alternatif. Pour les intrigues, il faudra bosser.

Moi, Dune, je n’étais pas plus fan que cela. Je n’attendais pas grand chose de cette adaptation, pas plus en tout cas que celle d’une licence comme Alien, par exemple. Une adaptation sympa pour rejouer un film sympa, en gros.
J’avais bien tort. A titre personnel, cette gamme Dune est la quintessence de ce que peut être un JdR de space opera : un empire contenant des milliers de mondes, des enjeux interstellaires, des batailles à l’échelle d’un système planétaire et, surtout, les PJ bien au milieu de tout cela. Et, dans cette perspective, ce supplément apporte des compléments quasi indispensables, en particulier la description des Maisons et le module de gestion de celles-ci.
C’est vraiment dommage que cette gamme soit obligée de s’arrêter mais, si vous pensez comme moi, il n’est peut-être pas trop tard pour en mettre de côté ?

