Ils veulent étendre leur Empire sur le JdR !

Voir un éditeur (ici Antre Monde, pas vraiment à leur coup d’essai) faire confiance à de la pure création francophone, sans être adossée à un système connu ou à une licence identifiée, c’est beaucoup de bonheur. Si, en plus, il s’agit d’un sujet 100 % local qui nous éloigne de l’imaginaire mainstream mondialisé, c’est même plus rare et cela doit donc se chérir encore plus. Tout cela est au rendez-vous du projet Empire, un jeu situé dans une uchronie napoléonienne agrémentée d’une grosse louche de fantastique puisé dans le fonds légendaire et folklorique. Empire sera en foulancement dans quelques jours. Les deux auteurs, Esteban et Ghislain, nous en disent plus.

1. Napoléonpunk ?! Napoléon, et punk dans le même mot : vous ne poussez pas un peu quand même ?

Esteban : Évidemment qu’on pousse ! Le parti pris d’un jeu de rôle, c’est le plus important non ? Plus sérieusement, le point de départ d’Empire est une uchronie qui va déterminer la proposition de jeu. Empire est un jeu de rôle à fond historique, nous ne le considérons pas comme un jeu historique à proprement parler, du fait déjà de l’uchronie mais au delà de ça du fantastique et de l’horreur qui est au cœur du jeu. Alors Napoléonpunk pour un jeu à cheval entre le pulp et l’historique ça nous semblait s’imposer !

Ghislain : Une des choses que nous voulions dans Empire, c’est d’avoir des personnages qui se retrouvent un peu contre le système tout en y étant des rouages infimes. Napoléon, Fouché, et même Vidocq qui était historiquement une belle ordure bien loin de la version romantique que le grand public connaît, sont des personnages clivants et sujets à controverses. C’est pour cette raison que le focus du jeu n’est pas sur l’aspect militaire mais plus sur la rue, sur des détectives malgré-eux obligés d’aider la police mais rejetés. D’ailleurs nous avons ponctué les scénarios de choix moraux pour bien appuyer là où ça fait mal.

2. Ce qui est sûr, c’est que toute cette période de l’Histoire de France (disons : le début du XIXe siècle) n’est quand même pas beaucoup explorée en JdR. Après tout, c’est peut-être qu’elle n’est pas très intéressante, non ?

Ghislain : Tout le contraire ! C’est une période absolument dingue. Tout d’abord le contexte politique est assez fou. Pendant 25 ans, il y a eu une succession entre monarchie, république, dictature et empire. Tout ça avec son lot de complots, rancœurs et retournements de veste. Ce n’est pas pour rien que des personnages comme Talleyrand ou Fouché (bien que déjà bien âgés à notre époque) sont restés dans l’histoire. C’est aussi une époque de transformation radicale, au niveau des idées, de l’art, de la science. Le début de l’âge moderne. C’est la fin du cape et épées, mais le moment où les combats ne se règlent qu’avec des flingues n’est pas encore venu. Idéal pour du jeu de rôles !

Et puis il faut bien l’avouer, c’est assez agréable d’explorer une période qui n’a pas été vue et revue partout.

Esteban : Après il faut aussi se dire que le début du XIXème siècle en tout cas en France est une période très méconnue et peu étudiée pendant nos années d’école. Il y a chez les Français autant un amour qu’un certain dégoût pour cette période. A cause d’une personne : Napoléon. Personnage français parmi les plus connus, on peut dire qu’il divise et qu’il commence déjà aussi à diviser les joueurs concernant Empire. Dans notre cas, nous avons surtout axé le jeu sur l’époque, Napoléon est bien présent dans notre univers mais il n’est pas réellement au cœur de la proposition. Pour en revenir au contexte historique comme le dit très justement Ghislain, il est extrêmement riche et franchement de notre côté on découvre chaque jours des évènements ou des personnages incroyables. Et pour vous faire partager tout ça, nous avons agrémenté tout le jeu d’anecdotes historiques pour soyons fou : apprendre en s’amusant.

3. En revanche, niveau romans, il y en a pas mal comme les différents Téméraires, Ars Obscura, etc. Quelles sont vos sources d’inspiration, en fait ?

Ghislain  : Pas celles-là, même s’il faut reconnaître qu’elles existent ! Il y a pas mal de choses, pas forcément liées à l’époque. Le film L’Empereur de Paris (qui n’est pas un chef d’œuvre) est quasiment un point de départ avec cette équipe de personnages travaillant pour Vidocq. Il y a également Le Pacte des Loups, qui précède l’époque mais qui nous a pas mal marqué.

Côté bouquins, Jonathan Strange & Mister Norell, Le Comte de Monte Cristo, un peu de Chateaubriand….du Hellboy et du Alan Moore pour la BD et surtout des tonnes de bouquins historiques sur la période, le plus souvent par le prisme des petits trucs bizarres, des affaires criminelles ou des anecdotes.

Esteban : Il faut aussi rajouter les séries, n’oublions pas quand même que l’on joue les X-files de Vidocq. Et pour compléter aussi avec quelques séries comme Evil et Penny Dreadful, Taboo ou encore The Frankenstein Chronicles. Bon et dans nos inspirations majeures en littérature bien évidemment Les vrais Mystères de Paris et Les voleurs  écrits par Vidocq sans oublier ses mémoires. Pour l’inspiration des affaires que vous trouverez dans les scénarios on passera les détails sur les podcasts de crimes et autres étrangetés en tout genre que nous avons pu écouter, nous avons d’ailleurs  peur d’y avoir perdu un peu de notre santé mentale…

4. Pour revenir aux JdR, on note quand même récemment un Le cabinet des murmures qui propose lui aussi une uchronie napoléonienne fantastique. Je vous arrête tout de suite : vous allez me dire que « cela n’a rien à voir », pas vrai ?

Ghislain : Désolé de décevoir, mais cela n’a rien à voir. La période n’est pas la même, nous sommes des décennies avant. Le point de départ est le même, une uchronie qui rappelons le est historiquement la première uchronie à avoir existé avec un point de divergence qui n’est pas le même. Mais les circonstances, et le résultat est forcément différent. Alors bien sûr, il y a des ressemblances : les projets de transformation de Paris vont se baser sur les mêmes intentions historiques et on retrouvera par exemple un éléphant à la Bastille. Mais après la proposition de jeu est totalement différente. L’occulte n’est pas abordé de la même façon, on ne joue pas la même chose.

C’est comme comparer Te Deum pour un Massacre et Les Larmes du Cardinal parce qu’il y a Paris, de la religion et que ce sont des jeux.

Si on devait se comparer, ce serait avec Napoléon et la conquête du Monde, un roman de 1836 par Louis Geoffroy qui est la première uchronie littéraire !

Esteban : Qui plus est Empire est un jeu à secrets qui a la possibilité d’être aussi bien joué en scénario one shot qu’en campagne et c’est sans doute dans le cadre de la campagne que l’on y aborde les thèmes les plus profonds. Mais pour clore le sujet, la comparaison a été facile si on ne connaît pas les deux projets et qu’on s’arrête à la couverture du bouquin de base.

5. Dans Empire, le fantastique a l’air quand même très présent. Au final, c’est plus fantastique ou plus historique ?

Esteban :  L’historique ou le fantastique ? Pourquoi choisir ? Le fantastique est au cœur du jeu mais pas que, il ne faut pas oublier l’horreur qui y est liée et un thème important d’Empire. Et pour une époque où finalement les gens parlent encore de la bête des Cévennes ou autres étrangetés, le fantastique faisait déjà partie du quotidien en 1818.  Nous avons simplement décidé de le rendre plus présent et plus réel… Pour des raisons à lire pour le meneur de jeu directement dans le livre de base.

Ghislain : Le fantastique est présent oui…mais caché. La police secrète de l’Empereur, et d’autres factions y veillent. Pour le français moyen dans le jeu, ce sont des on-dit, des témoignages indirects du voisin sur la sorcière qui vivrait dans le village de sa cousine. Des superstitions un peu plus vivaces que dans la réalité historique.

Forcément pour les personnages des joueurs, c’est beaucoup plus présent. Mais le fond est historique. Il n’y a pas de monstres dans les rues ou de sorciers balançant des boules de feu pendant les défilés militaires.

6. Les PJ semblent être au service du fameux Vidocq. Cela veut dire que les PJ sont forcément des malfrats sur le retour eux aussi ?

Esteban : Très bonne déduction ! En effet les joueurs incarnent des personnages au passé trouble. Et puis “malfrats” tout de suite les grands mots ! Vidocq parle plutôt de personnes malines et débrouillardes qui savent s’adapter et marcher sur le fil de la légalité. Mais oui les personnages que l’on joue ont eu des démêlés avec la justice, que cela soit à raison ou non et pour de bonnes ou mauvaises raisons. C’est la raison de leur présence à la brigade mais pas que ! Chacun d’eux à aussi un secret, quelque chose qui le rend atypique. Des pouvoirs qu’ils ne s’expliquent pas. Et sur ce point joueurs comme personnages sont au même niveau de compréhension de ses pouvoirs. Autant dire que cette quête de compréhension et d’identité est un des axes de jeu. Le jeu ne se limite pas juste aux enquêtes mais aussi à la vie des enquêteurs entre chacune d’elles. Une vie qui parfois te rattrape complexifiant tout…

Ghislain : Malfrat c’est un peu réducteur. Surtout quand la justice peut être un peu…tatillonne. Une mauvaise opinion politique, une désertion de trop, un type ambitieux qui convoite en noces la même personne que vous (c’est pas déjà fait dans un bouquin ça ?) et tout de suite un juge vous cherche des noises.

7. Le système de jeu se propose apparemment de mettre en valeur la prise de risque. Mais pourquoi serait-ce particulièrement adapté à ce setting ?

Ghislain : Quand nous avons cherché un système de jeu, nous voulions quelque chose qui corresponde un peu à l’époque. Et on s’est dit que ce type venu de Corse qui a créé un empire en moins d’une décennie ou qui s’est battu contre toute l’Europe avait une chose en commun avec Vidocq, l’ancien criminel qui s’est évadé plusieurs fois et qui a osé pas mal de choses dans sa carrière. Bref, on voulait retranscrire l’audace, le fait de pouvoir tenter des trucs impossibles tout en pouvant tricher avec les règles.

Esteban : Les agents de la brigade de sûreté que vont incarner les joueurs ne sont pas des policiers mais résolvent des affaires comme eux, empiétant parfois même sur leurs plates bandes. Sans parler des mystères sur lesquels ils enquêtent et de ce qu’ils y trouvent. Alors évidemment que le risque est au cœur du jeu !  Heureusement pour les joueurs alors que la police à la loi pour elle, vous avez vos secrets et vos pouvoirs pour vous aider un peu..

8. Bon, allez, un petit scoop pour être sympa : à part le livre de base, il y aura quoi dans le foulancement ?

Esteban : Un petit scoop, vous voulez qu’on ait des problèmes avec notre éditeur c’est ça ? Alors, on va dire que pour un nouveau jeu on a essayé de gâter les meneur de jeu avec beaucoup de scénarios prêt à jouer. Sur l’année on en dénombre une vingtaine qui seront jouables en comptant les contenus gratuits à venir si le jeu rencontre le succès escompté. Et dans ces vingt scénarios il y a une campagne de douze scénarios. Vous avez vu j’ai bien enrobé le truc au cas ou pour noyer le poisson et que nos éditeurs s’ils regardent en diagonal n’y voient que du feu…Sinon bah… Antre Monde édition on vous aime !

Ghislain : On ne risque rien en disant qu’il y a un écran de jeu. Et en indice, Esteban et moi on est très fans des goodies.

Antre Monde : Écoutez. Laissez la brigade de sûreté faire son travail, dès que j’aurais de plus amples informations, croyez bien que vous en serez les premiers informés. 

6 pensées sur “Ils veulent étendre leur Empire sur le JdR !”

  • 24 mars 2026 à 14:16
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    Encore un jeu sans intérêt qui ne sera suivi que par ceux qui participeront au financement, qui ira prendre la poussière sur les étagères des magasins à sa sortie et dont la durée de vie ne dépassera pas les 5 ans (en étant optimiste).

    Triste 😥

    • 25 mars 2026 à 10:35
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      C’est pas la marque de fabrique de Antre Monde, on fait vivre nos jeux, Knight c’est 12 suppléments et 12 codex, Parias c’est 1 livre de base et 5 suppléments, Chroniques de l’étrange c’est un supplément et 5 Taonet, etc.
      Avant de causer, faut se renseigner un peu 😉

  • 24 mars 2026 à 17:51
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    C’est toi qu’est triste Olivier !
    Pour une fois qu’on nous sort des sempiternels années 20 ou de la MedFan insipide je dis OUI !

    De l’originalité, de l’enquête, un setting haut en couleur proche de chez nous durant une époque forte, ça va back direct !

    Faites le durer au moins 6 ans histoire de donner tors aux gougnafiers😸

  • 24 mars 2026 à 18:24
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    Trop cool! hâte de voir ceux que ça va donner 😁 j’ai déjà une idée à qui ça pourrait plaire de le jouer ❤️

  • 25 mars 2026 à 19:05
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    J’ai déjà pu tester ce jeu lors d’un salon, et j’ai vraiment apprécié l’ambiance, le choix des « étrangetés » est vraiment sympa, et y’a moyen de se faire un background de dingue avec les pouvoirs dont on dispose car l’époque s’y prête totalement…Il y a en effet une partie « histoire » qui est bien présente, et on trouve quand même une partie mystique qui est vraiment chouette! j’ai hâte d’en voir plus!!

  • 27 mars 2026 à 19:55
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    Je me suis toujours demandé pourquoi cette période était si peu utilisée. L’explication des auteurs me parait bien vue et j’avoue être très content de voir arriver ce jeu original.

    Et lui souhaiter une longue vie … j’y contribuerais avec mes modestes moyens, « Vive l’Empereur ! »
    Pierre
    ps: en BD il y a les « Fées Noires » qui décrit la fin de cette période …

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