J’ai joué Stars à base de popopopop [chronique]

On est d’accord. Sorti en 2020, on ne peut pas vraiment dire que STARS soit une nouveauté. Alors pourquoi en parler maintenant ?

Tout simplement parce que j’ai fais jouer la campagne et que je souhaitais partager cette expérience avec vous. Mieux qu’un retour de lecture, je vous propose donc un retour de parties jouées.


STARS What?

Comme beaucoup de jeux de FibreTigre, Stars est avant tout un Actual Play, qui a ensuite été édité aux éditions ElderCraft. Il faut savoir que ces adaptations en JdR ne sont pas de simple retranscriptions, mais des versions «enrichies» puisqu’elles proposent d’autres pistes de jeu possibles. Il y a donc un intérêt à rejouer ce qu’on a vu, pour le plaisir de découvrir des embranchements différents.

Malheureusement, Stars ne fait pas partie des meilleurs Actual Play, mais le thème de l’exploration spatial et la promesse d’un jeu clé en main – nécessitant peu de préparation – ont eu raison de ma (faible) volonté pour que je me procure le jeu et le fasse jouer. Mais avant de savoir si ces deux promesses ont su combler mes attentes, je vous copie-colle la quatrième de couverture pour vous donner un peu le contexte:

Septembre 2018. Les grands projets de colonisation martienne de la NASA sont mal en point. La sonde Curiosity, en fin de vie, ne fonctionne plus que par intermittence et l’exploration de Mars, en dépit des plans de communications de la NASA, a cessé d’intéresser le public. D’autres sujets monopolisent l’attention de la nation et surtout les crédits de l’État : la crise économique, les tensions internationales avec la Chine, la guerre contre le terrorisme, le mur avec le Mexique et son financement… L’espace n’intéresse plus personne et l’idée d’envoyer quelqu’un sur Mars semble avoir été enterrée. Est-ce que cela vous touche ? Oui, car vous êtes membre de l’équipe qui devait partir. Vous avez reçu l’entraînement, préparé la mission pendant de long mois… Tant de sacrifices, pour finir ici, à surveiller une sonde qui ne fonctionne plus. Jusqu’à cette nuit ou James Myers, (responsable par intérim du site), vous réveille en vous adressant les mots fatidiques :

« Je crois que vous devriez voir ça. »

Lorsque vous entrez dans le centre de commande du Space Flight Operation Facility de la NASA, les écrans géants affichent des paysages martiens illuminés par un beau soleil. Dans la salle, une trentaine d’ingénieurs qualifiés vous regardent arriver avec impatience, admiration et anxiété… L’atmosphère est électrique. James Myers explique alors ce qui est affiché à l’écran. « Voici des images du rover Curiosity sur Mars. Nous prenions des relevés géologiques comme d’habitude quand nous avons vu… ceci. » L’image sur l’écran montre une ouverture parfaitement triangulaire, d’une trentaine de mètres de large, creusé à même la roche du Mont Sharp …

Les PJ devront alors prendre le contrôle de Curiosity, le diriger vers la grotte, tout en évitant les obstacles, pour comprendre ce qui ce cache au fond du Mont Sharp. Et après avoir joué cette scène d’introduction aussi prenante qu’immersive, l’histoire fait un bon de 2 ans, pendant lesquels les PJ se sont préparés, pour reprendre au moment du décollage de la première fusée vers Mars. Débute alors une longue et belle exploration.

Mais avant d’aller plus loin dans l’histoire, ouvrons une parenthèse FibreTigre.

Beaucoup d’encadré pour accompagner le MJ

Un FibreTigre dans ton moteur

Loin de moi l’idée de porter un quelconque regards sur FibreTigre, le MJ, comme on peut se permettre de le faire sur un réalisateur de film ou sur le scénariste de Star Wars 8. Et quand bien même, on me demanderait mon avis, il serait plus que positif.

Ceci étant, il est tout de même important d’avoir vu quelques Actual Play du bonhomme pour comprendre sa manière de mener des parties et de raconter des histoires. Car, forcément, cela se ressent dans le contenu du livre Stars. En effet, malgré le côté très visuel que peut offrir un Actual Play, FibreTigre préfère décrire par des mots plutôt que d’exposer une image ou un plan. C’est d’ailleurs une méthode qu’il explique dans sa master class sur la conception d’un scénario, dans laquelle il explique qu’il prépare un texte à lire pour chaque description importante.

On retrouve donc dans le livre Stars (et toutes les autres productions de l’auteur) ces fameux paragraphes à lire (+1 point pour la promesse clé en main).

Alors, même si j’adhère 100% à cette façon de faire en jeu, il faut avouer que c’est un peu moins efficace sur le papier. En effet, difficile pour nous, meneur, de savoir extrapoler par rapport à la description faite et ainsi pouvoir se faire une idée rapidement du « hors-champs » et être sûr de bien cerner ce que l’auteur avait en tête. Clairement, il manque parfois quelques illustration, et surtout des plans dans l’ouvrage.

Bref, pour les joueurs, c’est top : les non-dits font travailler l’imagination. Pour le meneur, les non-dits font travailler… tout court.

Par contre, entendons-nous bien. Le fait de savoir comment fonctionne FibreTigre permet d’accepter plus facilement certains choix éditoriaux (même si les dernières productions comme 1979 semblent combler ce manque de plan), il n’est pas nécessaire d’avoir vu l’actual play pour jouer à Stars. Le livre se suffit à lui-même.

STARS trekking

Une fois la mission spatiale lancée, les PJ vont découvrir des mondes inconnus et essayer de les comprendre. Le dépaysement sera au rendez-vous, mais les PJ devront également faire preuve d’une volonté de survie (trouver à boire et à manger), d’ouverture d’esprit pour apprendre à communiquer avec d’autres espèces (un lexique est fourni en annexe de l’ouvrage), comprendre ce qui se passe et – surtout – rentrer chez eux.

Soyons honnêtes, à la lecture, la structure de l’intrigue s’avère être très linéaire, frôlant parfois le film interactif (le fait que le meneur a peu de contexte oblige à jouer ce qui est proposé). Mais en pratique, cela se ressent beaucoup moins car – et c’est la grande force des jeux de FibreTigre – les joueurs ont toujours quelque chose à faire. Cette linéarité est donc le prix à payer pour offrir d’excellents (vraiment !) moments de jeu à vos joueurs.

J’ai eu la chance de faire jouer cette campagne à des joueurs débutants pour la plupart. Ce «dirigisme» ne s’est donc pas trop fait ressentir. Les joueurs ont souvent l’occasion de faire des choix (même parfois des choix difficiles !).

Par contre, plus que sur la linéarité, si je devais placer un bémol, ce serait sur la gestion des PNJ. En effet, une fois en jeu, ils sont souvent mis dans l’ombre pour réapparaître au moment crucial pour créer des événements ou relancer l’intrigue et cela fait très personnage de jeu vidéo. En soit, ce n’est pas un vrai problème car un MJ habitué saura faire exister ces personnages en créant de l’interaction. Mais ce constat n’a d’importance que pour les meneurs débutants, qui eux seront peut être moins à l’aise. Et le manque d’accompagnement à ce niveau là peut les mettre en difficulté par moment. Le bouquet final se situant, justement, sur le final de la campagne…qui n’existe pas. En effet, en guise de conclusion, vous trouverez quelques «synopsis» possible que vous pouvez faire jouer selon les dernières actions de vos PJ.

Pour vous spoiler la fin:

Les PJ finissent pas avoir leur propre vaisseau et sont lâchés dans l’espace. Que vont-ils faire? Retourner sur terre ou s’impliquer plus dans le combat en cours? Une ouverture scénaristique qui peut ouvrir une grande campagne qui ferait passer Stars pour une simple introduction.

L’ouvrage se voulant accessible, c’est le seul point noir que j’émets sur cette volonté. Rien à dire sur le reste.

Le début du livre propose quelques paragraphes pour aider le meneur à bien utiliser le jeu: philosophie de l’actual play, résolution des embûches de manière non-conflictuelles, quelques conseils de jeu, etc.

Star System

Côté système de jeu, pas de révolution à ce niveau. FibreTibre à l’habitude d’utiliser le BRS (Basic Roleplaying System) pour motoriser ses campagnes. Chaque personnage est défini par des caractéristiques et des compétences. Ces dernières étant valorisées par un pourcentage, il faut faire en dessous de cette valeur, sur 1D100, pour réussir l’action.

Le jeu propose parfois des petites mécaniques à part, sous forme de mini-jeu, quand cela est nécessaire (exemple : contrôler le robot Curiosity).

Il est à noter que la campagne, comme beaucoup de jeux de l’auteur, propose très peu de combats. Et, quand c’est le cas, il peuvent être très mortels. Même si les joueurs ont des points de vie, c’est surtout leur jauge de santé mentale qui va fluctuer durant les parties (voir des extraterrestres et interagir avec eux peut déstabiliser certains ou certaines).

Les joueurs ont la possibilité de créer leur personnage, mais l’intérêt est faible puisque le jeu propose des pré-tirés adaptés et certains passages de la campagne leur sont entièrement dédiés. Donc si on veut minimiser le temps de préparation pour le MJ, mieux vaut jouer avec les pré-tirés.

Au final, Stars est une bonne campagne SF d’exploration de type Star Trek. Elle n’est pas parfaite pour un meneur débutant (manque de plan et d’un peu de matière par moment pour que le MJ s’approprie au mieux le contexte ou puisse retranscrire ce que l’auteur a en tête), mais dans l’ensemble elle nécessite très peu de préparation et elle peut se lire et se jouer au fur et à mesure des parties.

Autant j’ai des réserves côté meneur, autant côté joueur, c’est du tout bon. Comme expliqué plus haut, j’ai fait jouer à des joueurs débutants et ils étaient vraiment impliqués dans l’action. Il y a toujours des choses à faire et, pour les joueurs, c’est que du bonheur. Stars est donc une campagne à lire, à retravailler ou à utiliser comme source d’inspiration pour en faire une campagne de SF à sa sauce.

2 pensées sur “J’ai joué Stars à base de popopopop [chronique]”

  • 26 septembre 2025 à 11:29
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    Le gros problème de cette campagne, c’est surtout le fait qu’elle est incomplète; le ou les autres tomes n’étant pas sortis (et ne sortiront jamais). Il faut être conscient de deux choses avec cette campagne:
    – elle est incomplète
    – elle commence comme un jeu hard-science et continue en délire total (très sympa, d’ailleurs).

    C’est un problème un peu récurrent avec Fibretigre (au demeurant, j’adore ce qu’il écrit), il commence, il s’enflamme et peine à terminer et souvent les fins de ses campagnes ne sont pas à la hauteur du reste. C’est bien dommage.

    • 26 septembre 2025 à 11:51
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      Je suis entièrement d’accord.
      La fin du livre donne des pistes (tres vague), sur la suite potentiel.
      Je ne savais pas qu’une suite était potentiellement prévue. Je comprends mieux ce ressenti que j’ai eu « d’introduction ».
      Et je suis aussi d’accord que FibreTigre a des pitchs de jeux géniaux ! Mais ça manque d’aboutissement.

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