Lunar park [chronique de Cultes de Runequest – La voie Lunar]
Alors, oui, on a déjà parlé de la série des Cultes de Runequest. Même que c’était là : https://lefix.di6dent.fr/archives/vos-billets-de-voyage-pour-glorantha-chronique-des-cultes-de-glorantha-deesses-de-la-terre-et-porteurs-de-lumiere/
Pour rappel, il s’agit donc de catalogues de divinités classées par panthéon (un livre = 1 panthéon, carré) avec tous les détails nécessaires pour connaitre à la fois sa place dans la mythologie gloranthienne et celle plus triviale dans la vie quotidienne des gens de là-bas, comment on en devient initié, quels sorts elle permet d’apprendre, etc. Rien de plus, rien de moins.
Il existe déjà pas mal de volumes de cette série de suppléments, y compris en VF grâce aux bons soins du Studio Deadcrows qui a le bon goût et les reins assez solides pour suivre de vraiment près la gamme VO de chez Chaosium… pourtant pas mal chaotique par moments. C’est ainsi que la chronique précédente, vous l’avez vu, faisait un sort commun à deux des volumes déjà traduits : celui des cultes de la Terre et ceux, plus célèbres, des Cieux autour de la star locale, Orlanth. Le prochain foulancement mené par les Deadcrows devrait aussi permettre d’ajouter celui sur les cultes du Soleil.
Mais, sagement, on avait choisi de se mettre de côté le volume consacré aux cultes Lunar, sorti en même temps que les autres. Bref, on s’était gardé une poire pour la soif. Comme disent les jeunes.

Il faut dire que les Lunars, dans Runequest et donc Glorantha, c’est quelque chose. Empire expansionniste modelé sur le précédent de l’Empire romain, la civilisation Lunar est aussi une religion à part, la seule née dans les temps historiques et ayant donc un rapport plutôt décontracté vis à vis du Chaos, considéré comme la négation de ce qu’ils sont par tous les autres cultes sans exception. Bref, des méchants. Mais des méchants non seulement puissants mais aussi, il faut bien l’admettre, assez fascinants. Modernes, bien organisés, finalement plutôt ouverts d’esprit, ces Lunars, en somme, nous ressemblent sans doute plus que ces peuplades mythologiques aux conceptions étranges que sont les Orlanthis et autres cultures inspirées du lointain âge de bronze. Le coup classique des méchants qu’on adore détester finalement.
Pour autant, dans toute l’histoire de la gamme époque Oriflam, c’est peu dire que les Lunars restaient dans l’ombre. On savait tout ou presque sur des régions un peu périphériques comme le Comté du Soleil ou Dorastor voire sur les terres des Trolls mais, en ce qui concerne les méchants de 99,99 % des scénarios joués à l’époque, il fallait se contenter de bribes piochées ça et là, par exemple dans Les Dieux de Glorantha. Au final, la plupart des MJ se contentaient de singer des Romains ayant appris à maîtriser le Chaos et ça roulait comme ça. Au détriment du peuple concerné et, il faut bien le dire, de la profondeur de l’univers de jeu tout entier.
Or, le problème perdure, même avec cette excellente nouvelle édition, si pléthorique et résolument gloranthienne. A l’heure où on attend dans la prochaine vague de VF des guides régionaux sur Sartar et la Passe du Dragon, toujours rien de bien officiel sur des Lunars qu’il faut continuer d’imaginer en creux. A moins de se tourner sur les vertigineuses ressources non-officielles du Jonstown Compendium où là on trouve tout, même la description de la capitale Glamour mais… bah… c’est non-officiel, quoi.
Et puis, donc, vous avez ce Cultes de Runequest – La voie Lunar. Certes, c’est avant tout la même chose que ses petits copains, un catalogue de dieux et de cultes. Mais c’est aussi ce qui ressemble de plus près à l’heure actuelle à un sourcebook sur l’Empire Lunar. Voilà pourquoi un article à part pour ce volume.

On pressent le truc dès introduction. Là où on entrait direct dans le vif du sujet avec les deux autres volumes, cette fois, les auteurs prennent des détours et des précautions : carte pour situer l’Empire Lunar, chronologie d’icelui, organisation politique locale ou même une fascinante partie sur la Lune Rouge en tant qu’objet céleste physique sur laquelle il est possible de voyager (à vos risques et périls, s’entend…).


A cela s’ajoute le fait que, par nature, les cultes Lunars sont liés à la période historique, récente même, de Glorantha et pas à sa lointaine mythologie. Ainsi, décrire ces cultes c’est souvent présenter des personnalités, événements ou créatures qui résonnent encore au présent, au moment de votre campagne donc. Vous y trouverez par exemple des informations sur l’organisation militaire de l’Empire (à travers ses cultes guerriers), une généalogie des empereurs, plein de choses inédites sur la fameuse et terrifiante Chauve-Souris Pourpre (à travers le culte qui lui est voué) ou encore des détails sur l’Illumination à la gloranthienne.


Parfois, l’aspect sourcebook sur les Lunars est si prégnant que l’on se prend à pester contre le fait que, finalement, cela n’en soit pas un, pour de bon, mais « seulement » un catalogue de cultes. Ainsi, en temps que catalogue, la forme en est très normée, parfois même répétitive, jusqu’à la présence de pénibles passages de texte copiés/collés (sur la Frontière Rouge, par exemple) quand le contenu s’applique à chaque divinité tout aussi bien.
En ce qui concerne la forme de ce volume, c’est du tout vu : c’est exactement la même que celle des précédents volumes. Cela veut entre autres dire que c’est superbe, notamment en raison de la qualité très supérieure des illustrateurs, à savoir Agathe Pitié et bien sûr le Seigneur Runique des Petits Miquets, à savoir le très talentueux Loïc Muzy. Pour le reste, c’est un volume de taille raisonnable de 140 pages sous couverture rigide avec plein d’illus et de couleurs. Ni trop, ni pas assez. Nickel.

En conclusion, on est d’accord : si tu aimes Glorantha, tu aimes les Lunars. Et si tu aimes les Lunars, il te faut à 100 % ce volume-là de la série des Cultes. On peut ainsi se dire que, pffff, j’ai aucun PJ intéressé par les cultes de la Terre. Pour mes Orlanthis, bah, je me contente bien du matos du livre de base.
En revanche, ce volume-là, c’est un achat complètement indispensable.

