Punk not dead mais Côme s’en occupe
Il revient régulièrement nous parler de ses jeux à lui, drapé dans une indépendance sans failles, lui permettant d’aller là où on ne l’attend pas au fil de projets toujours plus originaux : Deux étés, Aventures à plumes, Green Dawn Mall, etc. Lui, c’est Côme Martin, bien sûr, et, dans nos services, l »auteur indé est répertorié au rayon « bon client en interview ». Un rayon pas si encombré que ça, d’ailleurs… Alors, quand il est venu nous annoncer le futur foulancement de la version physique de trois de ses jeux les plus surprenants sous l’intitulé de trilogie punk, on a affuté nos questions pas futées et nous voilà repartis pour une nouvelle chouette interview de Côme.
Le FIX : Keuwah ? LE Côme Martin de Deux Étés et de Aventures à plumes revient avec des jeux à base de fesses, de violence et même de caca. Je suis qué-cho comme disent les jeunes !
C’est intéressant que tu te focalises immédiatement là-dessus, alors qu’il y a un jeu qui parle de nostalgie, comme Deux Étés, et un autre qui parle d’aventures au rythme effréné, comme Aventures à plumes… Je me demande ce qu’en dirait ton psy tiens.
Mais bon, de toute façon d’une part les blagues sur le caca sont une forme d’humour parfaitement acceptable et souvent très drôle (il n’y a pas que ma fille de 6 ans qui le pense) ; d’autre part, même si c’est vrai que ça ne transparaît pas énormément dans ma production imprimée, si tu vas fouiller dans le monceau de mini-JdR que j’ai commis (OK, qui de sain d’esprit ferait ça, c’est vrai), tu vas trouver pas mal de bizarreries… J’ai toujours eu un esprit tordu, c’est juste que jusqu’ici c’était bien caché !
Et puis dans Aventures à plumes aussi y a des fesses, page 49.
Le FIX : Bon, OK, mais ces jeux, ils existent déjà sur ton itch.io. Pourquoi une nouvelle édition et surtout, j’ai envie de demander : c’est punk ça, un foulancement ?
Tu veux dire, est-ce que c’est punk de décider de tout faire soi-même au lieu de passer par un éditeur ? Est-ce que c’est punk de compter sur les gens plutôt que sur le marché pour faire exister des jeux ? Honnêtement j’en sais rien, on vit tout de même dans une société comme dirait l’autre. Et de toute façon je ne suis pas punk pour deux sous, alors pour 3000 balles…
En fait voilà, selon mes propres comptes en 9 ans j’ai créé 95 jeux, de longueur et de qualité diverse. Et il se trouve que dans les dizaines de petits jeux que j’ai publiés en version numérique au fil des années, il y en a une grosse poignée que je considère comme honnêtement bons, voire très bons, et je trouve ça un peu dommage qu’ils n’aient pas été remarqués plus que ça. Faut dire que si le Fix en parlant un peu plus dans sa rubrique du lundi-gratuit, hein…
Donc ouais, c’est une façon de remettre à l’honneur certaines de mes créations, une sorte de best-of au compte-gouttes si tu veux. Et puis c’est aussi un moyen pour moi d’expérimenter avec de nouveaux formats d’impression, ce qui est toujours chouette.
Le FIX : Changer le look des jeux fait partie du projet ou bien ? Parce que là, les photos de fesses et les petits crobards au stylo Bic, comment dire…
Alors n’importe quoi, c’est dessiné au Pilot v-ball 0.5, quel manque d’exactitude journalistique ! Et la photo de fesses c’est pas moi, c’est Lisa, mais je note qu’on râle moins quand il s’agit de décolletés pigeonnants, hein.
En tout cas, pour cette trilogie-là j’ai décidé de laisser les jeux relativement dans leur jus, enfin plus ou moins : Nimaël a tout de même illustré de part en part Hex & the punks (qui était à l’origine un simple fichier texte), j’ai ajouté quelques pages aux collages de Lisa Banana sur On était punk, et j’ai refait les dessins de SEXE/VIOLENCE/CACA même si ça se voit pas. C’est en partie de la flemme, je vais pas me cacher derrière mon petit doigt, mais je trouve aussi que ça colle bien à l’esthétique punk du projet, en tout cas telle qu’on se la représente habituellement. Encore une fois, moi je fais ce foulancement uniquement pour l’imprimé : c’est pas pour rien que les 3 jeux sont dispos gratos en numérique ! Et puis bon on peut pas mettre tout le temps des photos léchées d’intérieur de grand hôtel hein.
Le FIX : Un petit mot sur chaque jeu, bien sûr. Hex & the punks : c’est le mouvement musical de la fin des années 1970 qui t’intéresse ou plutôt l’attitude punk en général ?
L’attitude, clairement, ne serait-ce que parce que le punk est encore bien vivant aujourd’hui, musicalement et dans les têtes ! Mais surtout, l’aspect musical est assez peu présent dans Hex & the punks, c’est plus une question d’attitude qui prévaut (à savoir « incarner une meuf vénère qui botte le cul du patriarcat, du capitalisme ou des deux »).
Le bouquin te propose d’ailleurs de le faire aussi bien avec une guitare que dans l’espace ou dans les steppes d’un décor de sword and sorcery, c’est donc l’énergie qui compte plutôt qu’une définition sortie du dictionnaire. Ce qui m’intéresse dans l’attitude punk, c’est le faux côté je-m’en-foutiste : certes, on va droit au but et sans fioritures, mais surtout sans concessions, ce qui demande en réalité beaucoup de ténacité et d’inventivité, surtout quand tout le monde va dans l’autre sens…
Le FIX : J’ai l’impression que le jeu possède un petit système rigolo à base de pièces de monnaie. Ça marche avec des capsules de bière ou pas ?
C’est pas gentil de me tourner le couteau dans la plaie comme ça… J’aurais adoré baser le système sur des capsules de bière plutôt que des pièces qu’on tire à pile ou face, mais voilà, les capsules de bière ça retombe plus souvent d’un côté que de l’autre à cause de leurs petites dents ! Oui parce que j’ai testé, on fait les choses sérieusement ici.
Du coup on se retrouve avec un jeu punk dans lequel il y a une logique capitaliste de dépenses de pièces pour lancer des sorts, eh, c’est la vie. Au moins tu peux gruger la banque, c’est toujours ça.
Le FIX : « On était punk », si j’ai bien compris, c’est un jeu au format fanzine dont le sujet est… les fanzines. Je me trompe ou tu aimes bien le principe des fanzines ?
Je crois que la question elle est vite répondue, non ?
Une fois de plus je vais pas te faire le coup de la définition du dictionnaire, il y a sans doute pas grand monde qui s’accorde sur ce que c’est un fanzine… Pour moi, ce qui est important dans ce format, c’est le côté libre, indépendant, qui ne se sent pas obligé de respecter un standard ou un autre. Donc c’est idéal pour le jeu de rôle alternatif, qui par définition se positionne à côté des standards, pour montrer tout ce qui est possible dès qu’on enlève un peu ses œillères.
Du coup ouais, j’aimais bien l’idée de parler un peu de ça, et puis parler du punk sans mentionner la scène des fanzines ç’aurait été un peu dommage. Parce que l’autre parallèle que je peux faire avec le jeu de rôle alternatif, c’est le rôle crucial de la communauté dans l’affaire : il y a ceux qui font de la musique (ou qui écrivent du JdR) et ceux qui les achètent, qui en parlent autour d’eux, qui aident le truc à vivre… Ouais, dans cette analogie le Fix est un fanzine et moi Joey Ramone, y a quoi ?
Le FIX : Dans, du coup, on peut dire que c’est un jeu solo en mode « fanzining » (je tente un néologisme) ?
Mais carrément, j’adopte ton néologisme ! Le jeu (comme les autres de la trilogie d’ailleurs) te prend pas méga par la main pour mener ta partie mais en effet il joue sur deux cadres différents : d’une part imaginer la vie passée d’une gloire oubliée du punk, d’autre part lui redonner un peu d’éclat en créant quelque chose en rapport avec sa musique ou sa carrière. J’adorerais recevoir des messages de gens pour me montrer les flyers, les fanzines, les montages photos qui ont été faits pendant les parties de On était punk ! Un des objectifs avoués du jeu c’est aussi de retourner le principe de création et de pousser joueurs et joueuses à sortir les ciseaux et le scotch et à créer quelque chose, car c’est toujours moins compliqué qu’on le pense, et ça fait vraiment du bien.

Le FIX : Pour Sexe Violence Caca, je n’aurai qu’une seule question : pourquoi ?
Pourquoi pas ?
Hein, c’est vrai ça ?
OK, je développe un peu.
Je vais pas me cacher derrière mon petit doigt, ce jeu est clairement une grosse blague poussée à sa conclusion logique (à savoir « imprimer un jeu de rôle crado sur du papier toilette ») mais c’est aussi un hommage aux productions de Batronoban, puisqu’il fut originellement écrit après une partie mémorable de Mantoid Universe. L’idée, c’était aussi de montrer qu’on peut écrire un jeu dont le but est de tout lâcher (oui j’ai fait exprès, bande de dégoûtants) mais sans mettre tout le monde en PLS : avant la partie, on installe des outils de sécurité émotionnelle, ce qui fait que quand tu te lances dans une partie tu sais clairement où tu vas.
C’est comme dans une relation SM : si tu vas dans un club pour te faire fister, tu le fais en connaissance de cause et avec un consentement éclairé, donc y a des chances pour que ça te plaise.
Et puis si le jeu te plaît pas, tu pourras toujours utiliser le papier toilette sur lequel il est imprimé pour son usage originel, et ça on peut pas le dire de beaucoup de jeux !
Fallait pas demander.


Ping : La période punk du jdr français – Chroniques de la Guerre des Héros