Entretien fleuve avec Agate

Sobre. Pas une blague. Rien. T’as vu ? On sait se tenir quand même. Contrairement à d’habitude, ce chapeau introductif sera le moins bavard et rigolard que possible. Il se trouve que l’éditeur Agate est mécontent de notre article publié le 07/01/2020 (qui pourtant ne s’intéresse à leur production que sur quelques lignes). Agate souhaite y apporter des précisions et des explications. C’est d’autant plus légitime que la situation de la gamme en question (Dragons) a encore évolué depuis cette publication : l’article n’est donc déjà plus à jour. Il nous a semblé donc utile à nos lecteurs de prendre connaissance des arguments de Agate auxquels nous n’ajouterons rien (sauf de rares NDLR pour mieux comprendre le contexte). Chacun se fera ainsi son opinion. (…) Ah si, juste une chose. L’entretien (avec Nelyhann pour être précis) est long et au début ça fait un peu cours de récréation, gna-gna-gna.  Si cela vous gonfle, scrollez un peu : ça devient vraiment intéressant par la suite. Juré.

1. Alors, il paraît que notre précédent article qui abordait le sujet de la gamme Dragons  était erroné. Pourrais-tu, s’il te plaît, Nel, pointer ces erreurs factuelles et les corriger pour le bien de nos lecteurs ?

Bonjour et merci de m’accorder cet espace d’expression. Quelques mots en préambule. J’ai suivi le Fix et Di6dent depuis le premier numéro, j’ai toujours apprécié ce ton qui pique et je soutiens votre ligne éditoriale. Du coup, on va éviter les courbettes et on va y aller dans le dur, avec le ton que vous défendez.

Factuellement, ça fait un moment que votre rédacteur en chef nous envoie des missiles, parfois de façon tout à fait gratuite. Le « Agate, déjà peu habituée à jouer les timides en matière de foulancement », par exemple, c’est juste un petit tacle mesquin dans le contexte actuel où le financement participatif est massivement utilisé par la plupart des éditeurs. Libre à lui de nous critiquer à longueur de temps. C’est la liberté des médias et nous ne nous la défendons. En revanche, lorsqu’il commence à relayer des informations fausses, on commence à se demander où s’arrête la « liberté de ton » et où commence « la volonté de nuire ». Du coup, je vous remercie pour cette interview, qui va me permettre de corriger ce qui a été écrit dans cet article.

« Agate avait présenté Dragons comme une tétralogie (pour pouvoir tétra-lire le jeu, bien entendu), c’est-à-dire pas moins de quatre livres de base. Un player, bien sûr, un monster, ça va de soi, mais aussi un grimoire de magie et un livre consacré à l’univers de jeu. Et ce, sans parler, bien sûr, des livrets de scénarios, écran, cartes, etc. » Pour commencer, vous n’êtes pas très au fait de l’historique du projet. En même temps, je vous concède que les choses ont beaucoup évolué avec le temps, et que faute de se tenir au courant, on peut vite perdre le fil. Donc, histoire que l’on parte sur des bases saines, je vais faire un historique rapide du projet Dragons.

À l’origine, ce qui était proposé était une traduction brute des règles de référence sous licence OGL de la 5e édition, illustrées par notre studio, à une époque où Donj’ n’était même pas prévu en français. La contrepartie de base incluait trois livres (Livre du Joueur, Livre du Meneur et Bestiaire), et était proposée pour une cinquantaine d’euros pour l’édition standard, le double pour la collector.

La tétralogie est apparue dans un second temps, pendant la souscription, dans un contexte légal assez tendu et suite à un vote de la communauté que nous avions interrogée sur la suite à donner à l’aventure. Le projet a muté : il ne s’agissait plus de simplement traduire l’OGL de la 5e édition, mais de créer un jeu à part entière, basé sur un nouvel univers. Les trois premiers ouvrages ont été restructurés et un quatrième a alors été ajouté, Univers, avec la promesse de livrer au total entre 800 et 1000 pages. Si le livre Univers devait présenter rapidement Eana, il proposait surtout quatre gros scénarios ainsi qu’une série d’aides de jeu complétant les règles de base de la 5e édition.

Après la fin du financement, cette tétralogie a continué à évoluer au fil du travail réalisé, et il s’est opéré une deuxième mutation : Grimoire a pris la place d’Univers. Il nous était apparu fondamental de développer tout l’aspect magique du monde que nous étions en train de créer et d’aller jusqu’au bout de l’un de ses concepts clés : l’Éveil. Néanmoins, si Univers avait disparu en tant que livre de la tétralogie, son contenu n’avait pas été annulé : nous avions alors décidé d’éditer en fascicules individuels les quatre scénarios prévus, et de dispatcher le reste du contenu d’Univers dans les autres ouvrages de la gamme. Donc jusque là, le sommaire des livres s’est modifié au fur et à mesure que la gamme se structurait, mais en terme de contenu, les souscripteurs recevaient bien tout ce qui avait été promis, et même plus : un univers de jeu motorisé par les règles OGL de Donj’ accompagné de plusieurs scénarios.

Alors que nous venons de fêter le quatrième anniversaire du lancement de la souscription, le projet a opéré sa dernière mutation, avec l’objectif de livrer la dernière partie de la souscription cette année. Pour la faire courte, Arcanes, qui était l’équivalent d’un livre du meneur, a été remplacé par un premier volume de l’Encyclopédie d’Eana. Ce remaniement visait à répondre au souhait de la communauté de voir l’univers être développé plus rapidement, avec un rythme de publication plus soutenu. Quant au Bestiaire, son contenu sera connecté à cette première Encyclopédie, toujours dans l’idée de développer ce monde.

Le projet final a donc évolué depuis son lancement, et nous pouvons comprendre qu’il y ait des personnes déçues. C’est pourquoi nous avons proposé le remboursement. À ce jour, nous avons reçu moins de vingt demandes sur mille cinq cents souscripteurs, soit 1% de demandes. Dans le même temps, une phase de préco a eu lieu pour proposer à ceux qui ont loupé le coche de rejoindre l’aventure. Elle a enregistré une centaine de nouveaux souscripteurs.

Ceci étant posé, je continue sur la suite de votre article : « Surtout que, problématique récurrente chez cet éditeur, le volume de textes a été mal évalué et la gamme s’est officiellement enrichie d’un cinquième volume de base au printemps 2018 : Arcanes et Enéa [sic] (ce dernier non-inclus dans la souscription initiale, donc) doublant le seul volume Univers. ». Pour être honnête, je ne comprends même pas ce passage. À défaut de suivre notre travail ou de nous envoyer un email pour nous demander des précisions, votre rédacteur en chef pourrait déjà écrire correctement le nom de l’univers. Passons.

Alors… le quatrième livre, Arcanes, était pensé comme un livre du meneur. Le cinquième livre, Eana, était quant à lui effectivement destiné à développer l’univers. Donc pas de doublon ou de doublage, simplement un teasing sur le suivi de gamme. Dragons n’est en effet pas pensé — et ne l’a jamais été — comme une gamme fermée. Nous souhaitons lui donner un suivi et la voir grandir, en réagissant aux attentes et aux envies de la communauté. Et comme la communauté nous demandait quand serait développé l’univers, nous lui avons répondu qu’il y aurait bien un livre sur Eana. Au final, en dehors d’un court chapitre qui a été basculé ailleurs, le livre Univers n’avait pas grand chose à voir avec tout ça. Avec le recul, je vous l’accorde, son nom n’était pas très représentatif de son contenu et pouvait légitimement créer cette confusion.

Donc quand je lis « Pour réagir, Agate a donc décidé de trancher dans le lard. Et ça fait mal ! En fait, les autres livres ne sortiront pas. Jamais. », j’ai vraiment l’impression que votre rédacteur en chef sous-entend que nous sommes partis à Ibiza avec la caisse. C’est pour cela que je parlais un peu plus haut de volonté de nuire. Dans les faits, nous allons livrer une tétralogie (Aventuriers, Grimoire, Bestiaire et Encyclopédie vol. 1) cumulant 1 200 pages de contenu, avec quatre scénarios publiés à part, aux mêmes tarifs qu’à l’origine du projet. Le projet met-il beaucoup plus de temps que prévu à arriver ? Indubitablement. Les souscripteurs ont-ils été volés sur la marchandise ? Je ne pense pas…

Un mot enfin sur le « Inévitablement,  jurisprudence Esteren oblige, le défi n’a pas pu être relevé » : en plus d’être mesquine, cette remarque est fausse. Il est bien dommage que votre rédacteur en chef s’abaisse à ce genre de choses. Bon, nous sommes habitués. Je ne vais pas dire que ça ne nous touche pas, mais depuis plusieurs années que ça dure, ça ne nous surprend plus. Donc, quid de cette « jurisprudence » Esteren ? Le contenu de la souscription dédiée à Dearg a été livré au printemps 2019, à l’exception d’un bonus débloqué (le tarot) qui sera expédié avec la seconde saison de Dearg (offerte aux souscripteurs pour les remercier de leur soutien et de leur patience). Donc, dites-moi, quel est donc ce défi qui n’a pas pu être relevé ?

2. Bien que l’article soit récent (07/01/2020), il est déjà périmé car le projet Dragons a connu une nouvelle évolution deux semaines après la précédente. L’article – déjà écrit – est malencontreusement paru en même temps que cette annonce à laquelle, qui plus est, nous n’avons pas eu accès. Il serait donc plus prudent que, cette fois, ce soit toi qui présente ces nouvelles dispositions à nos lecteurs, non ?

Factuellement, notre première annonce (la Mue du dragon) n’était pas accessible non plus et cela n’a pas empêché la publication de votre article du 7 janvier pour la commenter [NDLR : de vigilants lecteurs avaient pris soin de nous la transmettre. Merci à eux.]. Concernant l’évolution de cette mue, elle prend en compte l’avis de la communauté. C’est un échange qui a lieu depuis le début du projet et c’est toute la puissance du financement participatif. Les soutiens n’achètent pas un livre terminé dans leur boutique qu’ils reçoivent immédiatement : ils participent activement à l’élaboration d’un projet.

Dans la première version de la mue, le Bestiaire disparaissait effectivement pour intégrer un gros pavé thématique décrivant une partie du monde d’Eana. Lorsque nous avons fait cette annonce, il est apparu un gros attachement au Bestiaire en tant qu’ouvrage à part. Certains ont exprimé cet attachement avec des cris du cœur, plus ou moins enflammés. La demande est réelle, elle apparaît aussi dans nos sondages. Nous comprenons son intérêt, et si la communauté le demande massivement, je ne vois pas pourquoi nous lui refuserions. Nous construisons ce projet avec elle.

La nouvelle évolution à laquelle tu fais référence consiste à revenir à un Bestiaire d’un côté et à une Encyclopédie de l’autre, uniquement dédiée à l’univers. Cette Encyclopédie, ce n’est plus vraiment le livre Eana (qui voulait résumer en un seul ouvrage l’intégralité du monde et de sa quinzaine de civilisations). Là, nous aurons un livre qui va détailler quatre premières régions du monde, notamment le point de départ de toutes les aventures : la Cité Franche. Quant au Bestiaire, il va proposer environ 160 créatures (là où nous nous étions engagés à en livrer 200 initialement), qu’il s’agisse de monstres, de la faune ou des PNJ. Tout cela rassemblera aussi bien des classiques revisités que de l’inédit.

Cette nouvelle version a été accueillie avec enthousiasme par 75% des personnes qui ont répondu au dernier sondage. On reste sur des taux de participation bas (environ un quart des souscripteurs), mais ça donne une tendance. Les demandes de remboursement restent marginales, et nous en avons même certains qui ont décidé d’annuler leur demande depuis la dernière mise à jour. Bien sûr, nous sommes vraiment désolés pour toutes les personnes que nous avons déçues, et nous leur présentons une nouvelle fois nos excuses. D’un autre côté, nous sommes contents d’avoir trouvé un format qui semble convenir à la majorité, qui se rapproche du format initialement promis tout en nous permettant de livrer cette année et de développer l’univers d’Eana.

3. C’est assez difficile à suivre, du coup. Qu’est-ce qui a motivé une évolution du projet aussi rapprochée de la précédente ?

Ce sont les deux points que je viens d’évoquer : livrer tout le monde cette année tout en mettant un accent toujours plus fort sur le monde d’Eana.

Je vous l’accorde, tout cela est une histoire compliquée. Nous la vivons avec passion et nous sommes accompagnés par une communauté tout autant passionnée. La dernière mue présente la version finale de ce qui sera livré aux souscripteurs, toujours aux tarifs d’origine : le livre de base Aventuriers, le livre sur la magie Grimoire, un premier Bestiaire contenant 160 entrées, et un premier volume d’Encyclopédie détaillant quatre régions. Le tout accompagné des quatre modules, signés Ed Greenwood, Éric Nieudan, Benjamin Diebling et Fabien Fernandez. Ce n’est pas parfait, le chemin est chaotique, l’attente est longue mais nous espérons de tout cœur que les souscripteurs seront ravis, une fois leur contrepartie reçue.

Est-ce que tout cela va nous mener jusqu’en 2024, comme l’article le dit ironiquement ? Mais j’espère bien ! J’espère que c’est le début d’une longue aventure qui ne va pas s’arrêter avec la livraison des quatre livres cette année. Nous avons envie de voir cet univers évoluer, grandir et se développer. Et avec un peu de chance, prendre le chemin d’Esteren aux USA, qui a connu ces dernières années un très gros succès.

4. Les souscripteurs mécontents peuvent toutefois demander un remboursement sur lequel vous retenez une somme correspondant aux PDF déjà livrés. Sur le fond, cela semble fair play. Qu’en est-il de la forme ? Notre article relevait des passages des Conditions Générales d’Utilisation de Ulule qui semblent en contradiction avec votre vision des choses. Qu’en est-il ?

Effectivement, nous retenons 20 € pour 800 pages livrées. Il est important pour nous que le PDF ait une valeur, parce qu’il ne sort pas de nulle part, parce qu’il est le résultat d’une somme de travail. 20 €, ce n’est pas tant que ça lorsque l’on voit tout le travail abattu par les équipes d’auteurs et d’illustrateurs pendant trois ans. Sur le reste, les conditions d’Ulule parlent de changements dans les contreparties. Comme je l’ai expliqué, l’offre finale est plutôt raccord avec la promesse de tétralogie [Rappelons à nouveau que ce n’était pas le cas lors de la précédente mise à jour du projet : d’où notre article].

Le projet n’est pas abandonné, il ne change pas non plus radicalement. À chacun d’en juger.

5. Le propos de notre article était aussi de constater que les rôlistes qui ont souscrit début 2016 au projet Héros & Dragons porté par BBE et basé lui aussi sur le SRD de D&D5 peuvent désormais jouer avec une gamme étoffée. Ce n’est pas le cas de ceux qui ont souscrits à la même date à Dragons. Quel regard portes-tu sur l’évolution différente de ces deux projets assez proches ?

Nous ne faisons pas la course. Ils travaillent à leur rythme et avec leurs objectifs, nous travaillons avec les nôtres. Je ne trouve pas que ces deux projets soient proches. Ils ont certes un système en commun, mais ce n’est ni la même démarche, ni la même approche. Et franchement, c’est une très bonne chose pour la communauté rôliste car elle a ainsi plus de choix.

6. Un point sur lequel nous serons d’accord : la création originale et de qualité, ça prend du temps. Iris, selon ses propres mots, est « auteure principale, à raison de 50% à 99% du contenu inédit des ouvrages, avec également charge importante en direction artistique et coordination ». N’est-ce pas là le nœud du problème des délais ? N’est-il pas envisageable d’avoir une équipe plus étoffée sur ce projet ?

Si tu jettes un œil aux crédits, l’équipe est déjà bien étoffée, crois-moi. Il n’en demeure pas moins qu’Iris est l’auteure principale de Dragons et qu’il s’agit là d’une marque de fabrique de notre studio : chaque gamme est un travail d’auteur qui va imprimer son style et sa démarche. J’ai ce rôle pour Esteren, tout comme Julien Blondel le possède pour Vermine 2047.

Nous nous mettons déjà une grosse pression au quotidien et il nous serait difficile d’aller plus vite. Nous nous considérons bien plus comme des artisans que comme des artistes. Aller au bout d’un livre de jeu de rôle impose de passer par plusieurs étapes, dont certaines sont longues et fastidieuses, comme les relectures. Nous avons des procédures très strictes et nous ne lâchons rien sur la qualité. Bien évidemment, nos travaux ont de nombreux défauts que nous sommes les premiers à repérer après coup. Mais lorsque nous les concevons, nous sommes très exigeants sur la qualité. Si un élément ne va pas, texte ou illustration, nous reprenons. La question des délais passe après, et c’est la raison pour laquelle nous n’annonçons plus de dates pour nos créations.

7. Pour élargir un peu le propos, certains éditeurs ou auteurs indépendants se sont pris de passion pour les jeux courts voire très courts ces derniers temps. Quel regard porte le Studio Agate, visiblement amoureux des volumes épais et touffus, sur ce genre de productions rôlistes ?

C’est un choix que nous comprenons bien car il associe liberté de création et réalisme économique. Nous sommes une anomalie de la scène associative du jeu de rôle. Quand nous avons accouché du premier bouquin Esteren en 2010 avec Forgesonges, c’était une production indépendante, qui sortait de nulle part. Avec mon ami Valentin, co-fondateur d’Agate, nous avions alors emprunté 20 000 € à la banque avec caution personnelle pour l’imprimer. La période bénie sans financements participatifs où pour faire du jeu de rôle, il fallait hypothéquer sa machine à laver. Avec le recul, c’était bien sûr de la folie, mais notre passion était plus forte que les rappels à l’ordre de notre raison.

À titre personnel, je trouve ça génial de pouvoir développer de nombreux univers et expérimenter, comme le fait Yno par exemple. J’ai d’ailleurs dans le coin de la tête une collection de jeux indés courts. Ah, on me dit dans l’oreillette qu’il faut d’abord que je termine Secrets [NDLR : ah, là, c’est pas nous, on plaide non-coupables !]. Nous recevons parfois de belles propositions, mais il faut l’avouer, nous manquons de bande passante pour gérer ça. Pour l’heure, nous ne pouvons que laisser ces projets de côté en espérant que leur heure viendra. L’avenir nous le dira.

8. Pour en revenir à votre usage du crowdfunding, une autre chose nous a surpris ces derniers temps, c’est votre façon de financer en deux fois les suppléments (Les Terres d’or et de feu, par exemple) pour la gamme 7ème Mer (que, pour rappel, nous conseillions à l’achat lors de la publication de notre guide de Noël). Ce que nous comprenons, c’est que la traduction et la maquette du supplément sont financées comme palier dans un premier CF puis l’impression à l’occasion d’un deuxième CF. Est-ce bien raisonnable ?

C’est indispensable, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le studio rassemble de nombreux créatifs et nous nous efforçons de rémunérer chaque intervenant. Chaque livre représente un gros budget. Le financement participatif permet enfin à ceux qui font les livres, auteurs, illustrateurs, traducteurs, maquettistes, relecteurs, et j’en passe, d’être rémunérés correctement. Par correctement, on entend quelque chose qui se rapproche du smic horaire, hein. Il n’en demeure pas moins que de pouvoir vivre de la création de jeu de rôle est une véritable avancée. La plupart des membres les plus actifs du studio ont abandonné leur métier alimentaire pour se consacrer à 100 % au jeu de rôle. Cela implique certains sacrifices, comme un statut précaire et selon les mois, gagner deux ou trois fois moins qu’avant. Mais quelle aventure !

J’en profite pour éclaircir un malentendu : nous sérions les premiers à vouloir réduire notre usage du financement participatif, car cela implique une grosse charge de travail et beaucoup de stress. Il serait bien plus facile pour nous de mener notre projet si nous pouvions nous adosser au système classique de distribution en boutique. Hélas, c’est impossible, les ventes ne sont pas suffisantes et le système actuel ne le permet pas. Comme tous les auteurs, nous sommes ici confrontés aux difficultés pour les créatifs de vivre de leur travail. Nous espérons que les choses vont évoluer et permettre un nouvel équilibre. En attendant, nous continuerons avec ce modèle.

Ce qui a changé, c’est qu’aujourd’hui, nous avons à cœur de lancer les projets lorsque le processus de production est quasi-finalisé. C’est ce qui s’est par exemple passé pour le financement participatif du Croissant et du Nouveau monde. Lorsque nous l’avons lancé en mai 2019, L’Empire du Croissant était finalisé à 100% et le Nouveau monde était en maquette. Nous nous sommes engagés pour une livraison en septembre. Les souscripteurs ont eu les livres mi-octobre. Ce n’est pas parfait, ça reste un retard… mais un retard plutôt limité. Parvenir ainsi à mieux contrôler les délais de rendu et notre agenda de publication, c’est ce que nous visons aujourd’hui. Bien sûr, nous avons quelques projets non-livrés à honorer, mais nous travaillons dessus d’arrache-pied pour en venir à bout : la suite de la gamme pour Vampire ; Melwan pour Esteren ; les deux derniers livres de Dragons : tout devrait sortir cette année.

Qu’est ce que cela veut dire, concrètement ? Et bien par exemple, une partie de la souscription du Croissant et du Nouveau monde pour 7e Mer a servi à débloquer la trésorerie nécessaire pour lancer la traduction du prochain livre : Les Terres d’Or et de Feu. En l’occurrence, il nous paraît normal que ceux qui permettent cela puissent avoir accès au résultat de ce travail, d’où le fait que le PDF leur soit envoyé. Par la suite, si ce travail leur convient, s’ils veulent recevoir un exemplaire papier, alors ils pourront participer à la souscription suivante permettant de financer l’impression et les éditions collectors. Comme je le disais plus tôt, le PDF est le fruit d’un travail, il a une valeur. Le livre physique est la concrétisation matérielle de ce document numérique, il a également une valeur supplémentaire liée à la fabrication.

Un livre de jeu de rôle, c’est la somme de tout cela. Diviser les coûts en deux – immatériel et matériel pour schématiser – me semble refléter la réalité de ce marché. Nous ne prenons pas les souscripteurs en otage, rien ne les contraint à participer au financement suivant. Et si c’est le cas, il bénéficiera de toute façon d’un PDF d’avance dans la gamme (ceux qui nous ont soutenu dans Les Terres d’Or et de Feu vont recevoir les Sociétés Secrètes). Ça nous semble fair play.

9. Comme son nom l’indique, le Studio Agate, c’est avant tout de la création. La licence vous permet-elle d’envisager de créer du contenu original pour 7ème Mer ?. Notre chroniqueur, Romain, par ailleurs enthousiaste sur la qualités de cette édition, déplore notamment le manque de scénarios prêts-à-jouer dans celle-ci.

En effet, nous sommes un studio de création avant tout, un groupe de créatifs indépendants qui se sont associés. Pour 7e Mer, notre contrat inclut la production d’une campagne officielle, dont nous allons également assurer la publication en anglais, sous licence Chaosium. Nous sommes quatre à y avoir travaillé dont deux vieux briscards, Vincent Lelavechef et Benoît Attinost et une nouvelle auteure de talent, Destiny, à qui l’on doit d’ailleurs le titre de la campagne : Le Prix de l’arrogance. Le développement de cette campagne est en cours.

À plus brève échéance, nous allons publier des recueils de scénarios. Il s’agissait du cœur de notre dernier financement participatif : un nouveau supplément et cinq recueils de scénarios. Nous avons eu l’autorisation de réadapter ceux parus dans le cadre de la première édition (qui étaient très bons, il aurait été dommage que les nouveaux venus n’en bénéficient pas), et nous proposons des scénarios inédits. Au bout du compte, il y aura au moins un scénario se déroulant dans chaque nation de Théah, et nous commençons à aller explorer le reste du monde (avec un scénario se déroulant dans le Croissant). Avec les deux déjà parus, le public français aura à disposition une douzaine de scénarios. C’est pas mal, non ? Effectivement, je rejoins Romain sur le fait que ça a tardé à arriver, mais nous n’avons pas eu l’autorisation de John Wick de publier la majorité des scénarios parus aux États-Unis, et la création est toujours plus longue que la traduction.

10. Pour terminer, pouvez-vous nous dire si vous avez l’intention de lancer de nouveaux projets pour cette année 2020 ?

Nous avons déjà beaucoup à faire avec le suivi de Dragons et d’Esteren, mais aussi avec la livraison du Kit de Survie pour Vermine 2047. Le suivi pour 7e Mer et Requiem va se poursuivre également avec l’arrivée en boutique de nouveaux suppléments. Sans conteste, notre nouveau projet pour 2020 est la publication de Demon : the Descent, une gamme du Monde des Ténèbres totalement inédite en France. Nous avons hâte de la présenter à la communauté. À l’heure où j’écris ces lignes, la traduction du livre de base est terminée et le livre suit ses étapes de relecture. Nous avons également plusieurs négociations en cours, mais il est trop tôt pour en parler. 2020 devrait être un excellent crû !

https://www.studio-agate.com/fr

15 pensées sur “Entretien fleuve avec Agate

  • 23 janvier 2020 à 13:40
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    Merci pour cet article. Effectivement ça donne « l’autre » point de vue, celui de l’éditeur et permet de se faire un avis éclairé: le projet « Dragon » était une opportunité pour faire un beau CF mais sûrement pas un beau projet, la nuance est de taille: l’éditeur explique lui-même les nombreux changements qui ont émaillé ce projet, en cours de CF (on par le la parenthèse: on change la souscription pour racheter la licence DD5?) et même après.

    C’est une funeste plaisanterie de venir dire que les médias sont méchants et s’acharne alors que le contenu de l’interview vient conforter ce qui est dit… cqfd

    Bref, nous sommes tous des passionnés, pas des pigeons crédules ^^

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  • 24 janvier 2020 à 09:23
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    Bizarre, Agate n’explique toujours pas ce qui leur permet de changer l’offre après le financement et ce, en contradiction avec les conditions d’utilisation d’ulule.

    Quant au remboursement, c’est marrant de faire le calcul suivant:

    Offre de base: 4 livres et 4 pdf à 59€. Agate retient 10€ par pdf, soit 40€. Agate considère donc que le livre physique vaut 5€ environ (19€/4)

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  • 24 janvier 2020 à 11:58
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    Trop souvent dans le jdr – ça ne concerne donc pas seulement Agate – sous couvert d’artisan / artiste / passionnés, un éditeur oublie que son métier est d’éditer, pas d’écrire ou illustrer.

    Bref un boulot plus ingrat et surtout qui se doit d’être dépassionné…

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    • 24 janvier 2020 à 15:52
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      Salut Mathieu, notre métier est bien d’écrire ou d’illustrer. Aucun d’entre nous n’est éditeur de métier. Nous sommes des créatifs qui avons fait le choix de nous auto-éditer. Cela, ajouté au fait que nous traduisons des licences comme 7e Mer, fait sans doute de nous des éditeurs dans l’esprit de beaucoup. Nous le comprenons. Mais nous restons des créatifs en premier lieu et nous le revendiquons : nous nous auto éditons, ceci afin de pouvoir vivre de notre travail et garder un contrôle complet sur la direction artistique.

      Attention, cela ne nous dédouane pas de nos obligations, en particulier vis-à-vis de notre communauté. Mais cela explique là où nous mettons les priorités, notamment la question de la qualité avant celle de la quantité ou des délais. Chacun son truc et il est sain que chacun ait bien conscience de notre démarche de studio de créa et non pas d’éditeur.

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      • 24 janvier 2020 à 21:17
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        Merci Nel pour la réponse et l’éclairage.

        Je reprécise que mon commentaire peut s’appliquer à beaucoup d’autres structures et ne pointait pas qu’Agate. Autres structures qui potentiellement auraient une réponse similaire d’ailleurs.

        Fondamentalement pas d’accord avec cette perception, mais ce n’est pas moi qui taffe chez vous ou ailleurs, donc la prime à ceux qui font.

        Bonne continuation et bon courage !

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  • 24 janvier 2020 à 14:34
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    « Factuellement, ça fait un moment que votre rédacteur en chef nous envoie des missiles, parfois de façon tout à fait gratuite. Le «Agate, déjà peu habituée à jouer les timides en matière de foulancement», par exemple, c’est juste un petit tacle mesquin dans le contexte actuel où le financement participatif est massivement utilisé par la plupart des éditeurs. […] Libre à lui de nous critiquer à longueur de temps. C’est la liberté des médias et nous ne nous la défendons. En revanche, lorsqu’il commence à relayer des informations fausses, on commence à se demander où s’arrête la « liberté de ton » et où commence « la volonté de nuire ». »

    C’est sûr, le Fix n’a que ça à faire de nuire à un éditeur issu du milieu même dont il traite et, par là même, de se tirer une balle dans le pied… Non non, vous y parvenez fort bien tout seuls.

    Ou alors, peut-être que la petite communauté des rôlistes (et pas seulement le rédac’ chef du Fix) se rend compte justement des limites dudit système participatif, limites qu’un projet qui avance totalement à l’aveuglette, trébuche et se cogne dans les meubles contribue à mettre en évidence de manière criante.

    C’est sûr, c’est plus facile de se draper dans une dignité imaginaire et d’accuser les médias d’être des nuisances que de reconnaître avec classe qu’on a pu se planter. L’article précédent était factuel, plein de liens avec des infos vérifiables, et n’établissait rien d’autre que l’enchaînement des faits.

    Bref, excuses, faux fuyants, une dose de condescendance et une posture de victime injustement attaquée : un peu facile, en somme.

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    • 24 janvier 2020 à 15:44
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      Salut Gal’el !

      Non, l’article n’était pas factuel et comportait pas mal d’erreurs, volontaires ou non. Nous avons demandé un droit de réponse et nous sommes contents que le Fix nous ait proposé cette interview afin que nous puissions corriger tout ça.

      Quant aux attaques du Fix, elles sont surtout le fait d’une seule personne, qui est aussi le rédacteur en chef, qui est lui même un auteur publié chez les 12 Singes. Et oui, ça fait des années que ça dure. Comme dit dans nos réponses : il peut critiquer autant qu’il veut mais pas raconter n’importe quoi. Un minimum de réserve de sa part serait sans doute pas mal pour apaiser les choses.

      Sur le reste, sur tes opinions sur ce que nous sommes ou notre travail, chacun sa perception 🙂

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      • 24 janvier 2020 à 17:04
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        Pour les « erreurs », nos lecteurs ont les deux articles sous les yeux : laissons-les juger par eux-mêmes, ils feront ça très bien.
        Pour ce qui est des XII Singes, nous suggérons à Nel’ de les laisser en dehors de tout cela. Nos profils sont publics (voir site Di6dent) et, oui, nous sommes plusieurs à aimer cet éditeur et à être ou à avoir été publié chez cet excellent éditeur. Nous en sommes fiers. Pour tout ce qui concerne les théories du complot, nous sommes nettement moins clients, en revanche…
        Enfin, pour rectifier cette « erreur » (il est taquin ^^) dans le commentaire de Nel’, inutile de chercher à diviser pour mieux régner : nous lui assurons la pleine et entière solidarité de l’ensemble des rédacteurs du Fix pour l’intégralité des articles publiés en ces pages. A bon entendeur…

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      • 24 janvier 2020 à 17:29
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        « Cette nouvelle version a été accueillie avec enthousiasme par 75% des personnes qui ont répondu au dernier sondage. On reste sur des taux de participation bas (environ un quart des souscripteurs), mais ça donne une tendance. »

        A partir d’un sondage ne posant pas la question de savoir si on préférait l’ancienne version (celle validée à la fin du financement), je ne vois pas quelle tendance vous pouvez en tirer. A part qu’entre la première mutation et la deuxième, la majorité des personnes ayant répondu préfère la deuxième. De là à dire qu’ils la préfère à ce qui était prévu, il y a un pas qu’il serait malhonnête de franchir.

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  • 24 janvier 2020 à 17:57
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    Merci pour cet article et celui du 07/01/2020 que j’avais manqué…

    Ce droit de réponse apporte de bonnes précisions et pour m’a part me conforte dans mes avis sur l’éditeur : de somptueux matériels, un contenu de grande qualité mais un flirt avec la ligne rouge et un détournements des souscriptions qui me sidère.

    Si ça continue les projets aurons droit à un troisième financement participatif pour les frais de transport.
    Sans moi.

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  • 24 janvier 2020 à 19:14
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    Trop d’optimisme sur le temps de réalisation de Dragons à l’origine : voilà la seule véritable erreur et le péché originel que quelques personnes (souvent bien plus vindicatives ou aigries que la majorité silencieuse) rebalancent sans cesse à la figure d’Agate et de ses membres.

    Pourtant, ces derniers bossent comme des acharnés, pour peu d’argent, pour fournir un travail d’une qualité d’innovation, visuelle et d’écriture largement au-dessus de ce que propose Héros&Dragons qui a certes pour lui une certaine solidité technique. M’enfin, qu’on n’essaye même pas de commencer à comparer ne serait-ce que les maquettes.

    Quand on est passionné et qu’on se donne à fond, évidemment qu’on a envie de se défendre et d’expliquer face aux attaques et sous-entendus à deux balles.

    Constat : le trop petit monde du jdr français est quand même assez hostile. Trop de guerriers des claviers et autres avocats du dimanche perdus dans leurs croisades débiles, prêts à prendre d’assaut le donjon du SAV avec leurs balistes « J’voulais 4 livres, pas 1200 pages de contenu, ouin, ouin »

    La grande majorité des joueurs et souscripteurs attendront (un peu trop longtemps) sagement et profiterons du résultat fin 2020, on croise les doigts.

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    • 25 janvier 2020 à 11:55
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      Personnellement, je n’avais aucun problème avec le temps d’attente pour Dragons (c’est le lot de beaucoup de financement). Par contre, le changement de cap après le financement me laisse un gout bien amer dans la bouche. C’est la base même d’une relation contractuelle: un objet et son prix. Et quoi qu’on puisse en penser, un CF reste une relation contractuelle.

      Quant à la comparaison de maquette, pourtant on peut la faire. Dragon est certes plus beau (à mon avis) mais H&D est plus lisible et pratique (toujours à mon avis). Or, dans un ouvrage de jeu qui est fait pour être lu, consulté fréquemment, la lisibilité et la praticité me semble plus important. Donc au jeu de la comparaison de la maquette, H&D gagne la mise de mon côté. Je n’ai aucun doute que certains vont préférer la maquette de Dragons, et ils en ont tout à fait le droit (on a chacun nos sensibilités), par contre penser qu’il ne puisse même pas y avoir de comparaison possible ne fait qu’étaler l’absence d’objectivité de ton avis.

      Quant au reste, tu as raison, franchement, ces gens qui espèrent juste qu’un éditeur respecte ce qu’il a promis de livrer, alors qu’ils devraient juste remercier qu’il daigne leur livrer quelque chose sont juste des personnes qui ont des croisades débiles…

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  • 26 janvier 2020 à 15:49
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    J’étais entré dans le foulancement en me disant que je pourrais ainsi initié mon fils avec la nouvelle édition du même jeu de rôle que j’avais pratiqué moi-même dans les années 80… J’étais un peu naïf…

    Malgré les changements, je suis resté dans le financement parce qu’Agate avait réussi à capitaliser plus de sympathie que l’éditeur concurrent sur la V5 de DD. Par contre, je profite des réponses apportées à l’article du Fix pour réagir… après 4 ans…

    « Alors que nous venons de fêter le quatrième anniversaire du lancement de la souscription, le projet a opéré sa dernière mutation, avec l’objectif de livrer la dernière partie de la souscription cette année. »

    Pour être exact, je n’ai reçu de souscription jusqu’à maintenant. Parce que j’ai souscrit pour des ouvrages physiques. Les pdf sont un plus, pas la contrepartie. Que l’on ne me réponde pas que j’aurais pu payer davantage pour obtenir les bouquins vendus en boutique lors de leur sortie et non pas attendre d’avoir l’entier de la parution parce que cela coûte trop cher d’envoyer tous les bouquins séparément [ouf c’était long]… C’est une blague. Cela fait partie du jeu éditorial. Soit on s’arrange pour tout avoir et on expédie en une fois, soit on expédie en plusieurs fois. Ce n’est pas aux souscripteurs de supporter le manque d’organisation du porteur du projet.

    « Dans les faits, nous allons livrer une tétralogie (Aventuriers, Grimoire, Bestiaire et Encyclopédie vol. 1) cumulant 1 200 pages de contenu, avec quatre scénarios publiés à part, aux mêmes tarifs qu’à l’origine du projet. Le projet met-il beaucoup plus de temps que prévu à arriver ? Indubitablement. Les souscripteurs ont-ils été volés sur la marchandise ? Je ne pense pas… »

    La vraie question est: est-ce que cela sera pratiquable? Je veux dire: à part ouvrir les volumes et d’extasier devant les belles pages, est-ce que cela sera pratique pour jouer? Présenté de manière à faciliter la lecture et la recherche d’information en cours de partie? Rapidement lu? 1200 pages, cela représente un investissement en temps pour le souscripteur qui n’avait pas demandé autant lors de la souscription. Il ne faut pas dire: on vous en donne plus vous n’allez pas pleurer. La encore la question est: est-ce que le but est atteint? Est-ce que l’on a fait ce que l’on était supposé faire?

    « Cette nouvelle version a été accueillie avec enthousiasme par 75% des personnes qui ont répondu au dernier sondage. On reste sur des taux de participation bas (environ un quart des souscripteurs), mais ça donne une tendance. »

    Ce sont des chiffres qui font froid dans le dos. N’importe quel régime démocratique n’accorderait que peu d’importance à ceux-ci. Encore une fois, la vrai question est: pourquoi 75% ne se sont pas prononcés? Pour ma part, c’est par lassitude. J’étais actif (si si) sur le forum du projet et je me suis lassé. Trop gros, trop long, trop de mutations.

    « Effectivement, nous retenons 20 € pour 800 pages livrées. »

    Là encore, je n’ai pas eu envie de devoir déployer des efforts pour suivre une demande de remboursement qui me laisserait avec une partie de pdf inutilisables car les autres morceaux manquent.

    Au final, pour le médiéval-fantastique, j’ai opté pour un autre jeu, et on est passé à d’autres jeux couvrant d’autres mondes et époques et genres par la suite…

    La seule chose que j’espère maintenant – mais qui suis-je pour oser espérer? – c’est que l’envoi (en 2020 m’avez-vous dit) me parviendra sans surtaxe d’aucune sorte.

    Il me semble avoir lu quelque part – mais est-ce que cela a changé aussi? – que les souscripteurs recevraient les modules imprimés également. Si c’est le cas, je pourrai montrer le module de Greenwood en disant que j’ai joué ses premières créations. Voilà, voilà.

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  • 30 janvier 2020 à 00:47
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    Bonsoir,
    Je découvre avec grand intérêt cet article, l’article précédent, et le site. Je suis souscripteur du Dragons d’Agate, et souhaite donc partager mon expérience sur cette longue campagne à rebondissement. Par ailleurs, je ne peux m’empêcher de faire avec compassion un parallèle avec mon activité professionnelle, où je gère des projets informatiques affichant quelquefois des retards considérables…
    Très intéressé au départ afin d’initier mes enfants dans un monde à découvrir, avec une belle qualité graphique. Malheureusement, l’attente interminable (je viens d’avoir les livres physiques!) a fait que j’ai du utiliser AideDD (Merci à ce site magnifique au passage!) et quelques éléments PDF qu’Agate a livré au compte-goutte. Clairement, ce n’est pas normal d’annoncer une livraison 9 mois plus tard et de mettre plus de 4 ans!
    C’est la première grave erreur sur le contenu du projet, mais je dois signaler également une communication calamiteuse à base de promesses jamais tenues: « le mois prochain », « dans x mois »… »au printemps/été/automne/printemps année suivante »! De plus, d’un point de vue commercial, le fait d’arriver sur le segment D&D en dernier, avec une gamme incomplète, c’est se tirer une balle dans le pied du point de vue des revenus en boutique. Résultat: dans ma boutique, 1 seul tome Dragons, vs nombreux exemplaires et suppléments D&D5, H&D… c’est sans appel!
    Certes la qualité du résultat est magnifique, mais comme signalé par un commentateur, est-ce jouable (2 très gros livres dans le sac et d’autres en prévision…)?…Le but n’est pas de livrer une montagne de pages en 2029, mais le minimum utile pour jouer et d’enrichir progressivement la gamme (En plus ça fidélise le client). Là je fais un parallèle avec les projets informatiques, pour ceux qui connaissent…
    Rajoutons à cela un parcours du combattant à travers la gestion Ulule, puis Backerkit, puis Kickstarter, (Fateforge), des péripéties de blocage de compte, des versements supplémentaires demandés pour livraisons « intermédiaires » (En tant que souscripteur, devoir payer en plus une livraison alors que le premier livre est dispo en boutique depuis des mois n’est vraiment pas tolérable!!)…ça fait un paquet de « fumbles »!
    A ce stade il m’est hélàs encore impossible de jouer dans le monde d’Eana, et j’attends donc avec impatience (et inquiétude) les premières encyclopédies (promis pour 2020, mais malheureusement que personne n’y croit!)
    Je n’ai aucun doute sur le fait que les p’tits gars et filles d’Agate font leur maximum d’artisans/artistes exigeants sur la qualité, et que cela nécessite du temps. Je suis également conscient qu’une souscription comporte des risques. Si Agate tient ses engagements d’artistes sur la qualité, il ne tient pas ceux d’éditeur sur les dates, la forme, le prix, le respect de ceux qui rendent le projet possible.
    En conclusion de ce long message , comme beaucoup, je suis assez amer. Sans demander de remboursement (ce serait un non-sens!) je ne participerai sûrement pas à d’autres souscriptions Agate!

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  • 3 février 2020 à 16:50
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    Ouch lecture de l’entretien et des commentaires finis. Et on peut pas dire qu’agate arrive à convaincre.
    D’abords il faut leur rappeler qu’un foulancement est considéré en France comme une précommande et pas comme un blanc-seing au porteur pour faire ce qu’il veut et modifier à sa guise, après des votes peu représentatif, ce qu’il a promis à la clôture du foulancement. Le studio a de la chance qu’un foulanceur quelque peu tatillon n’exige pas le remboursement intégral de son financement notamment grâce aux conditions d’Ulule.
    Le coeur du problème est qu’agate se considère plus comme un studio d’artistes/créateurs que comme un producteur de jeu de rôle avec ses contraintes de coût/délais/autres. Et quand on lit cet article on a même l’impression d’un certains dédain auprès des foulanceurs. C’est notre projet et on en fait ce qu’on veut et quand on veut. Il faut rappeler qu’on parle de création d’un jeu de rôle qui finalement va servir à jouer autour d’une table et pas d’une oeuvre d’art qui devrait finir à prendre la poussière sur une étagère ! Même si la création/imagination est la base pour tous jeu de rôle il ne faut pas oublier que ce n’est qu’un jeu utilisable. Malheureusement l’attitude de nombre de créateurs dans le milieu du jeu de rôle comprend souvent un côté hautain d’ailleurs très typique au milieu culturel français. Moi je fais de beaux textes et/ou de jolis dessins et ce n’est pas le bas peuple qui peu me critiquer.
    Le foulancement a instillé cette tendance à faire produire des ouvrages de très grandes qualités pour le contenu et le contenant mais qu’on ose plus ouvrir à une table de jeu. Certes je reste sensible à la présentation d’un livre de jeu de rôle mais franchement est-ce utile que cela devienne une oeuvre d’art ?
    Et vivre du jeu de rôle est une belle utopie. De tout temps peu on pu vivre du jeu de rôle et le système de foulancement mis en place par agate ressemble à une fuite en avant. Un foulancement apporte les fonds nécessaire à produire le projet, le temps passe et on est obligé de créer un autre foulancement pour avoir les fonds pour finir le premier foulancement et ainsi de suite. D’ailleurs cela me fait penser que je dois faire le point sur Melwan et voir si il n’y a pas des frais de port qui s’ajoute pour l’envoi en plusieurs fois. Comme beaucoup de foulanceur une fois payé le projet je ne reviens pas dessus même si il tourne au vinaigre. Alors le fait que peu veuille se faire rembourser ne prouve en rien qu’on est satisfait de la tournure d’un projet. Et le foulanceur a appris à être très très patient et ce avec quasiment tous les projets de ce milieu.
    Mais agate peut se rassurer ce n’est pas les seuls à ne pas être très scrupuleux notamment sur les délais mais par contre très en avance avec les changements de projet et la production chaotique très au fil de l’eau.
    En résumé un droit de réponse qui est très loin d’être satisfaisant et qui confirme plutôt mon opinion dans une certaine branche du milieu du jeu de rôle un tantinet élitiste voir prétentieux.

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