Hong Kong – L’interview en direct du Taonet

Le 6 novembre dernier débutait la souscription de Hong Kong – Les Chroniques de l’Étrange, l’adaptation rôlistique de la merveilleuse trilogie de romans de Romain d’Huissier (on en parle ici). A cette occasion (la souscription durant jusqu’au 4 décembre), nous avons été interviewer Romain d’Huissier et Cédric Lameire (co-auteur du jeu) pour en savoir un peu plus sur ce jeu d’urban-fantasy asiatique.

1. Enfin ! L’attente pour voir adaptées Les Chroniques de l’Étrange en jeu de rôle fut longue, voire inespérée ! Alors Romain, heureux ? Et toi Cédric, tu l’attendais ? Tu te voyais bosser dessus ?

Romain d’Huissier (RdH) :

Oui, ce n’est pas trop tôt ! L’idée d’adapter cette trilogie en jeu de rôle me trottait en tête depuis un bout de temps. À un moment, c’était même presque signé avec un éditeur mais ça a capoté en quelques mois… On appelle ça des « divergences artistiques », apparemment. Dommage car j’avais réuni une équipe, commencé à rédiger des textes… Enfin bon.

Puis le projet a traîné, été refusé moult fois à droite et à gauche ou parfois accepté sous des conditions qui ne me satisfaisaient pas. Et au final, c’est Antre Monde – encore une jeune boîte à ce moment – qui a accepté. Et j’en suis très heureux, déjà parce que leur édition de Knight est époustouflante mais aussi parce qu’ils ont su me proposer les collaborateurs parfaits pour le jeu.

Comme quoi : tout vient à point pour qui sait attendre (Confucius, je crois).

Cédric Lameire (CL) :

De mon côté, le hasard a fait que j’avais lu les romans sur les conseils d’un ami quelques mois avant qu’Antre Monde ne me propose de travailler avec Romain sur le sujet. Romain ne me connaissait donc pas, mais moi j’appréciais déjà son travail. Même si je ne l’avais pas vu venir, on peut dire que j’ai sauté sur l’occasion de participer au projet d’adaptation en jeu de cet univers !

2. Cela dit, Romain, tu fais des chroniques dans le FiX, tu tiens une rubrique dans Casus Belli et tu publies chez un éditeur apparenté à Rôliste.TV. Tu crois qu’on ne le voit pas que tu essaies de tenir dans tes mains toutes les synergies de l’information rôliste ?

RdH :

Ah ! ça s’est vu…

Bon, avouons-le, j’essaie de devenir incontournable dans le milieu. Tu vois, le nom qui vient immédiatement à l’esprit des éditeurs pour les projets les plus rémunérateurs, ceux qui vont toucher un maximum de personnes ! Que je gagne ma vie avec le jeu de rôle tellement on me sollicitera. Que plus un seul jeu de rôle ne se fasse dans ce pays sans que ma plume y soit associée. Et ensuite… le monde !

Bon, tu noteras que ça ne fonctionne pas trop bien pour le moment. Mais je garde espoir !

3. Cédric, durant notre précédente interview de Romain, il nous disait qu’il avait déjà presque tout écrit. Du coup, quelle a été ta contribution dans le jeu ? Romain avait tout mal fait ou bien tu as un emploi fictif ?

RdH :

J’ai dit ça, moi ?

CL :

Sur Hong Kong – Les Chroniques de l’Étrange, la partie univers était franchement déjà bien posée avec les romans et Romain est arrivé avec de nombreux textes et idées qui ont ensuite été retravaillés. En revanche, pour la partie système, nous sommes repartis d’une page quasiment blanche. Au départ, je pensais travailler uniquement sur la mécanique mais, quand on a commencé à échanger, Romain et moi, j’ai tout de suite senti qu’on était sur la même longueur d’ondes. Je connaissais d’autres jeux que Romain avait écrits ou auxquels il avait contribué, et qui me plaisaient. Mais j’ai découvert qu’il aimait les shōnen, les super-héros et qu’on avait pas mal de points communs niveau culture et loisirs geek – si j’ose dire. Un vrai coup de foudre rôlistique qui nous a bien fait rire…

J’ai d’abord écrit un scénario, qu’on a challengé, testé et complété ensemble – et qui se trouve à présent dans le kit. Puis je me suis mis à fourrer mon nez un peu partout dans le jeu…

RdH :

Ouais, voilà, en fait l’éditeur précédent voulait que j’utilise le système un peu insipide de l’un de ses jeux-phares. J’avais donc abattu un gros boulot d’adaptation de l’esprit des Chroniques de l’Étrange à ces règles, qui a fini à la poubelle (entre nous : à mon grand soulagement).

Cédric a vraiment apporté un regard neuf sur tout ça et de brainstorm en brainstorm, on a abouti à un moteur qui nous plaît et que son regard de rule-master décortique à présent morceau par morceau pour tout équilibrer.

4. Et entre nous, est-ce difficile de travailler avec Romain ? Il paraît que c’est la diva du milieu, réputée pour son ego insupportable. Tu confirmes ?

RdH :

Faut vraiment arrêter d’écouter Dr Dandy, là…

CL :

Il paraît que, dans un couple, même d’auteurs, c’est « pour le meilleur et pour le pire », et comme jusqu’ici j’ai plutôt l’impression d’avoir eu « le meilleur », je crains avec une certaine anxiété ce qui va se passer quand j’aurai droit « au pire ».

Blague à part, il y a une communication très franche qui s’est établie entre Romain et moi – mais aussi avec l’éditeur Antre Monde. C’est très efficace et on ne se dit pas uniquement que des choses qui font plaisir. Ce qui fait que ça fonctionne, c’est que tout le monde reste constructif et bienveillant.

RdH :

Ah ! Dans ta gueule le Fix, avec tes questions insidieuses ! (Cédric, tu prends les versements par Paypal ?)

5. Bon, le jeu se déroulera-t-il avant, pendant ou après l’histoire des romans ?

RdH :

En parallèle, en fait. D’une certaine manière. Disons que les romans racontent une histoire de Johnny Kwan là où le jeu de rôle raconte l’histoire des personnages-joueurs. Peut-être que les événements de la trilogie ont lieu ou peut-être pas – voire même, le meneur de jeu peut en faire une campagne pour sa table !

Bref, les romans ne constituent pas une storyline figée qui aurait une influence sur le jeu de rôle, en constituerait un carcan.

CL :

Et en fait, rien n’empêche un MJ inventif de placer ses Chroniques à l’époque de son choix. Le livre de base propose la période des romans, soit les années 2010 à 2015 environ, comme décor emblématique, mais pourquoi pas faire jouer dans les années 1960 ou 1980 – voire même durant la rétrocession à la Chine ?

6. Justement, j’ai adoré l’histoire et les enjeux proposés dans les romans. Mais moi, modeste MJ, comment je peux faire aussi bien, voire mieux, avec mes joueurs ? Rassurez-moi. Ou pas.

RdH :

La question est piégeuse car un roman et un scénario / une campagne de jeu de rôle n’ont pas le même objectif et ne s’écrivent donc pas de la même façon. Hong Kong – Les Chroniques de l’Étrange propose aux lecteurs tout le nécessaire pour s’approprier ce décor de jeu afin d’y créer leurs propres histoires – sans avoir à complexer. Il y a largement de quoi concocter des intrigues et aventures dans la veine de celles des romans. Aussi bien, moins bien, meilleures : ce n’est pas la question. Le but est que le meneur de jeu s’y sente à l’aise et que toute sa table s’amuse – dans un esprit suffisamment proche.

CL :

Je pense que Romain et moi partageons cette idée que les PJ doivent être les héros d’un jeu de rôle. Afin de laisser de la place à ces nouveaux protagonistes, nous n’avons pas voulu trop insister sur les personnages et situations issus des romans.

C’est le même univers, la même ville, la même ambiance permettant de vivre vos propres aventures ésotériques dans le Port parfumé. Cela permet aussi aux personnes qui n’ont pas lu les romans d’accéder au jeu très facilement – et de leur donner envie de les lire ensuite, bien sûr !

7. Le livre de base semble être très complet. Voire auto-suffisant. Vous allez vous en tenir là ou il y aura une gamme derrière ?

RdH :

La réponse prudente serait de dire que tout va dépendre du succès du financement. Mais forcément, on a déjà pas mal d’idées avec l’éditeur et Cédric. En attendant, si les Taonet sont débloqués, ils fourniront déjà un chouette suivi.

En tout cas, l’objectif initial reste bien évidemment de fournir un livre de base conséquent qui permette de profiter à cent pour cent du jeu. Si suppléments il doit y avoir, ce sera essentiellement du matériel à jouer (scénarios, campagne) et de l’optionnel (des jiugwaai supplémentaires, de nouveaux arts martiaux, etc.). Pas de secrets indispensables pour profiter de la substantifique moelle de l’univers et qui ne paraîtront qu’après la Quatrième Grande Pandémie du vingt-et-unième siècle… (un devin chinois m’a filé des tuyaux sur le futur)

8. Au fait, pourquoi le jeu contient « Hong Kong » dans le titre ? Parce que Les Chroniques de l’Étrange, c’est pas assez connu pour que les rôlistes situent ça direct en Chine ?

RdH :

En fait, c’est exactement ça. Hong Kong est une part essentielle de l’identité du jeu. Il fallait donc qu’elle soit évoquée dès le titre – afin de localiser l’action.

9. Cédric, j’espère que Romain t’a laissé faire le système de jeu parce que sinon, un pote forumiste m’a assuré que ce serait brouettes de dés et autres lourdeurs imbuvables. Rassure-moi !

RdH :

J’aime les dés. [smiley qui rougit]

CL :

Je lui ai proposé de le motoriser par Apocalypse ou avec le système Chaosium, mais il a refusé…

Blague à part, je pense que Romain et moi partageons cette idée qu’un système doit servir l’ambiance d’un univers. Il sera donc question de lancer jusqu’à une dizaine de dés à dix faces et de compter des succès pour réussir un jet contre une difficulté. Mais comme on ne voulait pas que les pauvres dés qui n’ont pas fait de succès ne servent à rien, on leur a aussi trouvé diverses utilités en s’inspirant de la numérologie chinoise.

Tout en réussissant à retranscrire une ambiance unique (la circulation de l’énergie, la coopération d’un groupe de fat si, l’intervention du Ciel par la main du MJ), les concepts qu’on a utilisés pour créer notre système sont des choses qui sont familières : compétences, spécialités, niveaux de difficulté, avantages et désavantages, dés bonus… Même le système de crans pour l’initiative ou les paliers pour la santé sont des choses qui existent sur d’autres jeux.

Lors de nos tests, le système de résolution est généralement pris en main en deux ou trois jets par des joueurs de bonne volonté. Et surtout, je tenais à ce que, de l’autre côté de l’écran, ce soit facile à gérer pour les MJ. Sur Hong Kong – Les Chroniques de l’Étrange, le meneur de jeu ne jette jamais les dés – seuls les joueurs le font. Ce système asymétrique assure que les PNJ soient faciles à utiliser et même à créer à la volée. Cette astuce, je l’avais déjà pas mal travaillée en tant que MJ sur Capharnaüm ou auteur sur Knight et Nodachi. C’est vraiment quelque chose qui me tenait à cœur et à Romain également. Je suis souvent MJ, c’est sans doute pour ça !

10. En fait, j’ai déjà Monster of the Week et j’aime beaucoup. Pourquoi j’aurais besoin des Chroniques de l’Étrange en plus, hein ?

RdH :

Que ce soit Monster of the Week ou d’autres jeux d’occulte-contemporain d’ailleurs (Nephilim, le Monde des Ténèbres…), ils se déroulent tous en Occident au sens large – essentiellement États-Unis et Europe. Ils utilisent donc un imaginaire qui est devenu très familier, un bestiaire commun qui comporte des vampires, des loups-garous, des fées, des mages… Et ils le font très bien ! Chacun possède son angle ludique original qui le distingue des autres et va le faire préférer à ses petits camarades (mon chouchou : Meute – d’ailleurs son auteur Julien Moreau signe un scénario pour Hong Kong – les Chroniques de l’Étrange, et ouais !).

Pour Les Chroniques de l’Étrange (et là je parle des romans), je voulais explorer ce genre (l’urban fantasy, comme disent les anglosaxons), mais en le transposant dans une mythologie que je connaissais bien et qui – de par son exotisme – apportait une touche d’originalité. Donc le jeu qui adapte tout ça récupère cette approche et amène à mon avis une façon de jouer très différente des titres cités – tout en gardant une saveur familière. Hong Kong modèle les histoires qui s’y déroulent et diffère réellement beaucoup de New York, Londres, Paris ou la Nouvelle Orléans.

CL :

Romain a tout dit : pour l’exotisme !

11. Dans les romans, j’ai l’impression que le héros ne fait que manger pour se ressourcer. Comment cela sera intégré dans le jeu ? Il y aura des recettes de cuisine dans le livre de base ? Des cup noodles à débloquer en palier du foulancement ?

RdH :

Ah, sacré Johnny ! C’est vrai qu’il adore bouffer mais il ne grossit pas pourtant, le salaud ! (pas comme moi…)

CL :

Oui, moi aussi ça me rend jaloux tous ces gens qui peuvent manger sans grossir. Mais Johnny ne mange pas n’importe quoi ! La cuisine cantonaise est connue pour ses qualités et sa diversité. C’est le paradis des gourmets et on en parle déjà un peu dans le livre de base. Ce n’est pas pour rien que, dans le kit de découverte, la base des PJ est un restaurant…

RdH :

Sérieusement, les pauses repas de Johnny sont en effet transcrites dans le jeu : il s’agit pour les PJ d’un rituel qui soude leur groupe et leur permet de se ressourcer. Ce n’est pas obligatoirement un repas au restaurant : cela peut être une soirée karaoké, un pèlerinage sur la tombe du sifu, une petite séance de kung-fu, un ciné… Il y a un effet technique à ce rituel et il met aussi l’accent sur ce qui unit les PJ.

12. Dans les paliers à débloquer, justement, il y a les « Taonet », des aides de jeux proposées au format PDF. Euh… c’est quoi ?

RdH :

Des sortes de suppléments fourre-tout qui seront mis à disposition en PDF. Hum bizarre, c’est comme si tu avais eu la réponse directement dans ta question… Tu débutes en journalisme ?

CL :

Tous ceux qui connaissent bien le fonctionnement des éditions Antre Monde sur Knight, avec les Codex, ont à mon avis déjà une bonne idée de ce qu’on pourra trouver dans un Taonet. Des textes d’ambiance, des aides de jeux, des lieux et des rencontres possibles ainsi que bien sûr des scénarios prêts à jouer…

RdH :

Voyez les Taonet comme une table couverte de mets chinois appétissants dans lesquels chaque convive peut puiser selon ses goûts. Il y a un peu de tout et chacun peut donc y trouver son compte !


Si vous voulez découvrir l’univers du jeu ou ses mécaniques, l’éditeur Antre Monde a diffusé un actual play sur la chaine Youtube de RôlisteTV. La seconde partie sera mise en ligne vendredi 27 novembre à 21 h.

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