Beau comme un Troll

Le foisonnement actuel permis par l’interaction des fans isolés fait qu’il n’y a pratiquement plus de jeu au passé mythique qui ne puisse pas exister en VF et ce que le jeu ait un an ou quarante (bon, OK, y a Traveller, je n’ai rien dit…). C’est ainsi qu’on se surprend parfois à se rappeler que, oui, l’ancêtre Tunnels & Trolls vit bel et bien sa petite vie au pays de Guiserix et Rosenthal.

C’est à l’association Grimtooth (vous pouvez adhérer, y a pas de piège…) que l’on doit ce petit exploit. Des fans à toute épreuve, reliés par la magie d’Internet et qui ont accès, comme tout un chacun, aux prodiges de Lulu (ou autre distributeur en POD) et hop, le jeu mythique traverse ses 45 ans d’âge et s’incarne, dans votre boîte aux lettres, dans une version toute pimpante, en bon français et sous couverture rigide.

Mieux même. Après avoir traduit et édité le livre de base et la flopée de modules (souvent solo) qui font l’identité de ce jeu medfan à l’ancienne, les gens de Grimtooth se sont attaqués à un très gros morceau : publier le premier vrai supplément pour T&T (de la dynamite, que je vous dis !). Oui, direct en français. Comme ça. Tout en étant officiel et signé de l’auteur originel, Ken St. Andre. Si, c’est possible.

Bien qu’à l’origine conçu pour être un jeu tout ce qu’il y a de plus générique (des tunnels, des trolls, que demander de plus ?), le jeu a développé au fil des modules et autres supports (romans, jeux vidéo, etc.) tout un univers de référence pour lequel il n’existait pas encore de présentation complète (en dehors de la 8ème édition de luxe – américaine – publiée en 2015, qui comporte un chapitre intitulé « Trollworld Atlas »). C’est chose faite ! Ce gros livre de près de 300 pages, intitulé Le livre de la Terre des Trolls, compile et lisse toutes les références à l’univers de jeu jusqu’ici disséminées ailleurs (et donc quasi inaccessibles à part aux fans core).

Le livre, sobrement mais clairement présenté (à l’ancienne, quoi), débute par une bonne  vingtaine de pages consacrées à l’historique du monde. Cela remonte très loin, dans le passé… mais aussi dans le futur. C’est à ça qu’on reconnaît le style sympathiquement portnawak de ce jeu : si vous voulez donner une touche post-apo ou même SF à votre campagne, c’est possible ! Pour le reste, la lecture de cette loooongue chronologie n’est pas toujours des plus digestes (et pourtant, l’estomac d’un Troll…) mais elle heureusement égayée de loin en loin par des encarts de conseils de jeu bienvenus.

La suite relève du genre « atlas géographique » et là on ne mégote pas ! Sur plus de 150 pages, on a la description de pas moins de trois continents y compris des cités entières  (dont la célèbre cité de Knor – celle où les gens sont un peu soupe au lait), décrites par le menu sur une bonne quinzaine de pages chacune. Donc, le supplément n’est pas qu’un livre d’érudition sur le monde de T&T, il est directement jouable et sert pour animer les scènes entre deux tunnels.

Le tout est accompagné de force cartes et plans détaillés qui finissent de donner une identité essentiellement géographique à ce supplément.

De façon plus surprenante, l’atlas est brutalement interrompu par… un long scénario prêt-à-jouer se déroulant dans une des contrées décrites. Bon, pourquoi pas ? Il occupe certes une bonne trentaine de pages de ce que l’on croyait être un supplément de background mais, au moins, cela confirme le caractère « à jouer immédiatement » de cet atlas.

Il est à noter d’ailleurs que, en dehors des éléments nécessaires à ce scénario, le supplément comporte assez peu de références précises aux règles de T&T. Si vous souhaitez donc utiliser un autre système de jeu pour faire évoluer vos PJ dans cet univers, cela est tout à fait envisageable.

Après cette interruption, on reprend le fil d’un supplément de description d’un univers de fantasy avec l’indispensable chapitre sur les peuples non-humains. Les races, bonnes ou mauvaises (pour les PJ, s’entend !), sont passées en revue assez sommairement. Il y a parfois quelques précisions de règles mais on reste plutôt au niveau de la description générale. A noter d’ailleurs que tout ce qui concerne les magies spécifiques à chaque race (elfes, lutins, etc.) est renvoyé vers un futur supplément annoncé dans la gamme.

Le livre se termine dans la plus pure tradition bouchère façon « y en a un peu plus, j’vous le mets quand même ? ». En vrac, on y trouve quelques pages sur les langues, des factions diverses puis un chapitre un peu plus consistant sur les cultes de la Terre des Trolls. Celui-ci se termine par un deuxième scénario ou, plus exactement, comme un lieu décrit par le menu avec ses PNJ qui peut devenir un lieu de scénario. C’est bienvenu dans le sens où cela permet d’ajouter un peu de prêt-à-jouer dans un livre devenu un peu plus encyclopédique et exhaustif au fil de ses dernières pages.

Alors, OK, mais est-ce que c’est bien ? N’étant franchement pas dans le cœur de cible, je peine un peu, à titre personnel, à me faire un avis définitif sur ce livre.

La première chose à constater est que c’est bien fait. Le livre dispose d’une reliure en béton armé et, pour peu qu’on soit sensible à l’esthétique un peu old school, l’intérieur est bien présenté. C’est vraiment un travail qui, en dehors des pages couleurs papier glacé, n’a rien à envier à certaines productions pro. Sur ce point, soyez rassurés.

D’autre part, il y a du contenu. Dans 300 pages, vous avez plein, plein de background, trois cités décrites avec leur plan respectif, deux scénarios, des idées d’autres scénarios à foison… le tout pour moins de 30 euros. Record battu.

Non, la question se pose juste sur le feeling propre à cet univers. On sent qu’on est dans le light, dans le léger, dans le marrant, dans le clicheton assumé. Si vous êtes dans ce même délire et que aimez les univers qui permettent de jouer à peu près tout et n’importe quoi sans se prendre la tête, La Terre des Trolls est une option imparable à considérer. Sinon, cela risque de vous laisser dubitatif.

Pour vous déterminer, je vous propose le test dit « des hippopotames pourpres de la mort » (non, j’invente pas – voir photo ci-dessus). Y a deux écoles. Soit le fait de jouer dans un univers où on peut rencontrer des hippopotames roses volants qui lâchent des flatulences mortelles est pour vous rédhibitoire, soit vous trouvez ça fun.

A vous de voir !

https://tunnels-et-trolls.eu/

http://www.lulu.com/spotlight/Grimtooth

2 pensées sur “Beau comme un Troll

  • 20 novembre 2019 à 09:37
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    Ce livre a priori foutraque, comme vous le mentionnez, fonctionne vraiment très bien. Je trouve que terminer votre présentation par les hippos de la mort est un peu biaisé. On risque de ne retenir que cela. Glorantha se résume-t-il aux hommes canards, D&D aux beholders ? Ce « délire » de Ken St Andre ou ses acolytes – il est vrai qu’il en a fait quelques-uns – est anecdotique en comparaison de tout le reste du bouquin qui est sacrément bien fait et plein d’accroches et d’informations qui stimulent immédiatement l’imaginaire (vous l’avez d’ailleurs rappelé dans son côté prêt à jouer). Donc c’est un peu dommage car le reste de votre critique était plutôt bien faite et objective. Grimtooth a réalisé un énorme travail de compilation, de création et de réorganisation pour rendre tout cela accessible. Là où les Américains ont droit à 80 pages environ de descriptif dans l’édition Deluxe T&T, les « frenchies » peuvent bénéficier de plus de 200 pages de présentation du monde, sans compter les scénarii, le descriptif des espèces, des guildes, des religions, etc.

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