Lovecraft en 2017 (allégorie)

Ça y est, Sans-Détour retourne au financement pour publier la suite de la gamme à succès de L’Appel de Cthulhu. Comme prévu, il s’agit de publier la VF de deux campagnes célèbres, Les masques de Nyarlathotep et Le jour de la Bête (anciennement : Les fungi de Yuggoth).

https://fr.ulule.com/cthulhu-campagnes/

Bon, comme d’hab’, on a à peine le temps de commencer à rédiger la news que le financement est déjà atteint (on approche des 150 % à l’heure où j’écris alors que CF est en cours depuis… ce midi). Qualité du jeu, réputation sans faille de l’éditeur (disons qu’il n’a pas trop de casseroles dans sa sacoche… oh wait !), réputation même des deux campagnes déjà disponibles en VF (la première pas plus tard qu’en 2012, la deuxième dans les années 80 époque Descartes), offre bien troussée, etc. Un succès logique.

Pourtant, le foulancement est accompagné de nombreuses précautions inhabituelles : campagnes financées par paquet de deux (une première, non ?), palier d’annulation du projet à pas moins de 50 000 euros (à titre de comparaison, le palier minimum à atteindre pour la VF de The Sprawl est de… 2500 euros), frais de port en sus (on n’est plus à ça près, me direz-vous…), ticket d’entrée hors PDF à… 85 euros pour une seule campagne, la totale à près de 250 euros (prix d’ami).

Tout cela laisse un goût étrange. Trop sucré, trop gras, trop copieux. Trop.

Ce qui peut prêter le flanc à la critique dans un tel foulancement, ce n’est certes pas de rééditer des campagnes déjà traduites auparavant : elles ne sont plus guère disponibles aujourd’hui, les règles ont changé, il existe de l’inédit à traduire (venu d’Allemagne en particulier)… ça, c’est une logique commerciale et même éditoriale qui se défend bien.

Non, ce qui ne laisse pas de surprendre, c’est la nécessité de casser le CODEVI familial pour financer l’achat de ce qui n’est à près tout qu’un supplément de JdR.

En 1984, la version Descartes de Les Masques pesait grand maximum 150 pages en comptant tous les livrets et même les feuilles d’aides de jeu de la boîte. En 1998, la version dite Intégrales enflait à 224 pages. Celle traduite par SD en 2012 grimpait à… presque 700 pages. Enfin, la version à paraître fin 2017 sera grosso modo la même… avec quelques ajouts qui vont bien, voire un énième livret, totalement inédit, intitulé Les secrets des Masques (pallier à 100 000 e). De quoi passer allègrement la barre des 800 pages.

Du côté du Jour de la Bête, le gap est encore plus spectaculaire. A l’époque (1984 aussi), il s’agit d’un « module » de 78 pages en livret souple. Celle que l’on se propose de vous faire financer aujourd’hui est l’édition allemande de Pegasus qui est, des mots même de SD, un , je cite, « véritable monstre » de plus de 800 pages (et encore, ça, c’est avant de passer au français, langue bavarde s’il en est…).

Dans son argumentaire, Sans-Détour insiste d’ailleurs particulièrement sur l’argument « gros volume ». On n’achète pas deux campagnes mais, je cite, « plus de 5 millions de signes soit plus de 1200 pages ».

Or, la question n’est jamais posée mais : en quoi une campagne de 800 pages est-elle une meilleure campagne qu’une autre en seulement 78 pages ? Cela semble donné comme une évidence mais, pour votre serviteur et sans doute pour d’autres MJ, la réponse est loin d’être aussi univoque.

Bien sûr, le marché du JdR reste précaire et, commercialement, il est judicieux d’ajouter à chaque fois un petit quelque chose pour convaincre les plus complétistes d’entre nous de tout racheter (« ceci est une révolution ») pour l’avoir. Mais cela a pour dérive possible d’éloigner d’autres souscripteurs potentiels, effrayés par cette inflation de textes sans commune mesure avec ce qui est réellement utile autour d’une table de jeu.

A chacun, donc, de voir selon ses pratiques de jeu.

Une pensée sur “Lovecraft en 2017 (allégorie)

  • 28 février 2017 à 17:08
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    Vous oubliez de préciser que « Le jour de la bête » ne sera apparemment disponible uniquement pendant la campagne CF, et est proposé uniquement en version « Prestige », et pas en classique.

     
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