Les Héritiers, interview 2/2

Suite et fin de notre entretien avec Fabien Clavel et Gregory Lemonnier pour Les Héritiers, le prochain jeu édité par le Département des Sombres Projets et le premier jeu de l’éditeur à passer par un financement participatif (sur Ulule le 3 mars).

Retrouver la première partie de l’entretien ici.

Le Fix : À la vue du folklore proposé, j’aimerais jouer un Leprechaun pour pouvoir tricher ou abuser de la chance. C’est possible ?

Grégory : jouer un Leprechaun est tout à fait possible, il correspond à l’archétype du farfadet (certains archétypes ont plusieurs noms ou variantes possibles). Le farfadet dans Les Héritiers, outre un côté roublard et donc tricheur, a effectivement une affinité avec la chance. Il possède dès la création de personnage un avantage féerique, « porte-bonheur », qui permet à ses compagnons de réussir un test raté de peu une fois par séance. Par la suite, il pourra accéder à un pouvoir profond puis un autre légendaire qui lui permettront d’abuser vraiment de la chance… Mais Leprechaun ou non, les Héritiers qu’incarnent les joueurs ont la particularité de pouvoir Tricher avec le destin, comme vu plus haut.

Le Fix : Les Héritiers est un jeu personnel, jamais publié, vieux de 10 ans. Pourquoi le publier maintenant ?

Fabien : Le jeu a même plus de vingt ans ! Je me rappelle que ma première partie des Héritiers date de l’été 1997. Le jeu a failli sortir plusieurs fois : d’abord au début des années 2000, mais pour des raisons personnelles, Éric Paris, qui était à l’origine du jeu avec Isabelle n’a plus souhaité s’en occuper ; et puis au cours des années 2010 quand Isabelle a repris le flambeau et porté le projet à bout de bras. Sa mort brutale en 2017 a tout interrompu. C’est au cours de son enterrement que de nombreux contributeurs du jeu se sont rencontrés pour la première fois, alors que nous étions tous en relation avec Isabelle. Nous étions unanimes pour dire qu’on devait mener le projet à son terme. Il nous a fallu plus de deux ans pour nous ressaisir et terminer le travail.

Grégory : L’enjeu maintenant pour nous est de porter ce projet pour en donner la meilleure version et faire vivre à travers lui les beaux rêves d’Isabelle. C’est une manière de transformer notre souvenir d’elle en mémoire vive.

Le Fix : Depuis la reprise du projet, beaucoup d’auteurs et d’illustrateurs sont intervenus. Peut-on dire que le jeu qui sera publié prochainement est toujours celui d’Isabelle Périer ?

Fabien : Il y a eu quelques dessinateurs différents, notamment mon beau-père Zoltan Maros, dessinateur pour Disney pendant des années, qui avait effectué une couverture et des recherches de personnages. Yann Liéby avait aussi planché sur pas mal d’illustrations mais la direction artistique du jeu a un peu changé. Quant aux contributeurs des textes, il n’y en a pas eu tant que cela : Vincent Blanchard, Nicolas Bernard, Greg et moi. On travaillait déjà sur le projet du vivant d’Isabelle, en suivant ses directives. Et on poursuit dans la même voie. Donc, oui, ce sera bien son jeu.

Grégory : Depuis le début, ce jeu s’est inscrit dans une démarche collective, d’abord entre Isabelle et Éric Paris, puis avec le roman de Fabien. Au fil de nos parties, nous avons pensé ensemble à des améliorations, des idées de scénarios et de campagne, des twists, etc. En fait, le retard de la publication des Héritiers sous la houlette d’Isabelle s’explique par la nécessité de moderniser le système dont elle était consciente et qui avait été pointée du doigt par l’éditeur. On avait commencé à en discuter ensemble, mais le chantier s’annonçait conséquent et elle a dû le mettre de côté. Après son décès, c’est moi qui me suis chargé de cette refonte en concertation avec les Sombres Projets qui ont pleinement joué leur rôle éditorial, parce que j’avais été un collaborateur direct de ces remaniements envisagés. C’est ainsi que c’est devenu mon bébé aussi, surtout après 4 refontes successives du système, mais pas un enfant illégitime, au contraire. Nous veillons à ce que l’esprit du jeu reste intact et à chaque amélioration, nous devons pouvoir nous dire : Isabelle aurait adoré. Il s’agit de proposer quelque chose de plus au goût du jour qu’il y a 20 ans. Il aurait été dommage de nous contenter de publier tel quel ce qui avait déjà été écrit mais pas remanié tout en étant conscient des limites et maladresses de la première version. Nous voulons que ce jeu déploie son plein potentiel ludique en phase avec 2020.

Bref, je dirais que c’est techniquement la deuxième version des Héritiers, comme ça a été le cas pour Maléfices, Pavillon Noir, Ecryme et qu’Isabelle l’aurait menée à bien si elle en avait eu le temps.

Le Fix : En quoi a consisté cette modernisation du jeu ?

Grégory : La modernisation du jeu a suivi plusieurs intentions : rééquilibrer, simplifier, fluidifier (moins de jets de dés) et rendre plus fun, tout en proposant un aspect tactique plus ou moins prononcé selon la préférence des tables (règles optionnelles).

J’ai repensé la progression des personnages qui était simple sur le papier mais pas très équilibrée sur le long terme. J’ai introduit des profils (aventurier, érudit, gentleman, etc.) pour mieux différencier les archétypes et faciliter le roleplay et j’ai réorganisé et réduit considérablement le nombre de compétences pour en proposer des plus polyvalentes.

Enfin, outre un rééquilibrage, la refonte des archétypes a eu pour objectif de les rendre tous attractifs et jouables. Ce n’était pas forcément le cas, certains fonctionnaient excellemment en tant que PNJ ou perso de one-shot et moins bien pour des personnages jouables sur le long terme. D’autres étaient parfois un peu trop caricaturaux. J’ai aussi ajouté un pouvoir profond et un pouvoir légendaire à chaque archétype histoire de rendre le développement du personnage encore plus intéressant à haut niveau. J’ai moi-même envie de tout jouer ! C’est pour ça que je suis MJ.

Fabien : Si Greg s’est penché surtout sur les règles et les archétypes, j’ai à cœur, au niveau narratif, de prendre en compte le virage des séries télé et de proposer des ensembles achevés, notamment dans la campagne. On pourra jouer autant qu’on veut sur des scénarios hors méta-intrigue, mais on aura tous les éléments pour aller au bout de la promesse du jeu. Mais cette idée était déjà en germe dans le projet des Héritiers, Isabelle étant une grande fan de séries.

Le Fix : Fabien, on connaît ton imaginaire et ton talent d’écrivain. Qu’as-tu apporté au jeu alors que tout a déjà été imaginé il y a 20 ans ?

Fabien : En fait, j’étais là presque au début. Le roman Les Héritiers a été terminé en septembre 2000. C’était même mon premier roman achevé. L’univers m’avait tellement plu que j’avais proposé alors à Éric de lui faire un roman dans l’univers du jeu. Du coup, quand Isabelle a repris le projet toute seule, il y avait déjà eu porosité entre les deux. Et puis, on a beaucoup échangé sur le sujet. Ainsi, des personnages du roman sont devenus des PNJ, alors que des PNJ avaient été introduits comme personnages de roman. Par exemple, le personnage de l’inspecteur Ragon, que j’ai créé puis développé dans Feuillets de cuivre, vient directement des Héritiers. Là, je travaille sur la campagne qui proposera un dénouement en 1914 avec l’idée d’en faire quelque chose de romanesque. Pour l’instant, tout cela n’est qu’à l’état d’ébauche, mais j’aimerais que les personnages du roman comme Ragon, Raphaël, Una ou Béla reviennent en filigrane dans la campagne, en parallèle du parcours des joueurs. Et, si tout va bien, je rêverais de proposer la novélisation de la campagne, racontée du point de vue des personnages du roman. En tout cas, le (premier ?) roman des Héritiers est prêt. Il pèse un million de signes et devrait sortir après la livraison du jeu de rôle.

Le Fix : En dehors de cette grosse sortie, quels sont les autres projets à venir du Département des Sombres Projets ?

Le Conseil d’Administration du Département des Sombres Projets : Dans quelques mois, le Département proposera sa quatrième gamme après Wasteland, Mournblade et Les Héritiers. D’après une rumeur instante – qui a peut-être volontairement fuitée – elle porterait sur une incarnation du Champion éternel. Cette rumeur dit peut-être vrai.

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