Les Singes lèvent le doigt pour se faire interviewer

Ils sont partout mais c’est facile, ils sont douze. Leur actu la plus chaude, c’est bien sûr le foulancement en cours de la VF de Index Card RPG. Même si la rumeur bruissait depuis un bon moment déjà (cf. notre planning), on n’avait guère eu d’infos jusqu’à H – 72 avant le lancement du CF. Cela demandait donc bien quelques précisions que nous avons tenté d’arracher au plus Singe des Singes, Franck Plasse.

 

1. L’auteur-là, Brandish, il est tellement fier du nom de son jeu qu’il ne vous a pas laissé en changer ? Ou c’est vous, les Singes, qui le kiffez trop ?

Cela n’a pas fait l’objet de nos échanges. Il était évident dès le départ que le nom ne changerait pas. D’une part car la traduction n’a aucun sens, comme le Fix l’a d’ailleurs souligné à sa façon en proposant un titre VF ridicule dans un récent billet. Et d’autre part, car ICRPG c’est pour nous une « œuvre » totale : c’est la manière de jouer, la façon d’écrire et le style de dessin de l’auteur. Donc on est allé jusqu’au bout et on a gardé le nom.

2. N’empêche, vu vos précédents avec Into the Odd ou Maze Rats, vous avez sûrement été super frustrés de ne pas pouvoir refaire la moitié du jeu, non ?

En fait, c’est trois démarches différentes. Into the Odd est fascinant par la radicalité de son système de jeu et le monde esquissé. Donc si tu aimes et que tu commences à y jouer tu te retrouves de fait avec des lieux davantage décrits pour les besoins de tes parties et des scénarios. Donc quitte à traduire le jeu, autant proposer le matériel additionnel permettant d’y jouer. Maze Rats, c’est juste des règles, plus comme un socle. Donc forcément tu te retrouves vite à bricoler un truc par ci et par là, bref à faire ton rôliste. C’est pour cela qu’on a ajouté à la suite de la traduction, la version avec laquelle on joue, ainsi que notre monde et une campagne. ICRPG c’est encore autre chose car il y a déjà tout, sans doute même beaucoup plus que ce que l’on pourra jamais joué, donc inutile de créer davantage.

3. Du coup, vous n’avez quasiment pas eu à recruter de pigistes sur cette trad’. Juste Kobayashi, en fait. Pourquoi lui ?

En fait, c’est une situation vraiment inédite, car il a écrit un supplément non officiel en anglais, avant même que l’on ne signe pour la traduction. C’est un chouette setting, entre Judge Dred, Blade Runner, Mad Max. Il a totalement intégré le style de l’auteur d’ICRPG qui prend plein de références familières et les combine de manière cohérente et hyper motivante. On trouvait sympa que sa création en VO rejoigne la VF, ça bouclait la boucle.

4. Dégommer tout le temps des points de vie avec un dé, c’est sympa mais s’il n’y a que ça dans la système, on doit vite s’en lasser, pas vrai ?

Ce n’est pas bien critiquer l’ancêtre des jeux de rôles… Ah, tu parles d’ICRPG ? Alors oui, ICRPG a exporté cette idée hors du combat. Ça marche du tonnerre, surtout qu’à cela s’ajoute l’idée d’un compteur. Prenons une scène, où un PJ essaie de crocheter une porte avant que n’arrive une patrouille. D’ordinaire, c’est géré avec un seul jet de dé, de crochetage ou assimilé. Là, tu vas avoir un compteur qui te dit que la patrouille arrive disons dans 3 rounds. Le crocheteur fait un test par round, et quand il réussit il lance un dé d’effort (l’équivalent d’un dé de dégâts en combat) et le résultat est retiré des « points de vie » de la serrure. Quand ceux arrivent à zéro, ça s’ouvre. Déjà, ça introduit du suspens. Et ça permet de gérer plein de trucs. Un autre PJ vient l’aider, pas de problème ses jets d’efforts s’ajoutent à ceux du premier. Un PJ va essayer de retenir les gardes, pas de problème s’il réussit ça ralentit le compteur. Ce n’est donc pas juste dégommer des points de vie, c’est toute une mécanique. Et bien sûr, ça s’applique aux scènes qui le méritent. Pour les autres, un seul test réussi suffit (c’est à dire qu’infliger un seul point d’effort est suffisant, ce qui rend inutile de lancer le dé d’effort).

5. Des figurines en papier et des tokens. OK. Mais pourquoi faire, en fait ?

Aucune idée. Il parait qu’il y a des rôlistes qui jouent en ligne et utilisent des tokens. Moi, je joue à l’ancienne, à une table réelle, donc je n’utilise pas cela. Quand aux miniatures, il parait qu’il y a des rôlistes qui jouent en matérialisant les combats sur la table. Moi, je ne joue pas autant à l’ancienne et je me passe de ces accessoires pour jouer à ICRPG. Ou généralement, je le fais avec quelques dés et pions.

6. Les univers fournis, c’est juste pour faire croire que ce n’est pas un système générique ou il y a une vraie plus-value ?

Il y a deux univers dans le livre de base, Alfheim et Warp Shell. Alfheim, c’est du med fan, assez classique. Ma première réaction, cela a été de penser, encore un. En un sens, c’est vrai. Mais, ICRPG c’est une idée par ligne (et encore dans les mauvaises phrases…) donc ça fourmille tellement dans toutes les directions que finalement tu as vite envie d’y jouer. Sans compter les tonnes d’illustrations et de plans en tout genre… Warp Shell, c’est la même recette, façon SF. Ce n’est pas trop mon type d’univers, mais c’est de la SF fantasy, qui est également très séduisante. Il y a quelques pages pour jouer horreur cosmique. Très sincèrement, ça  ‘apporte pas grand chose. Sinon, il y a pas mal d’autres propositions. On en a deux dans la gamme VF que l’on présente : Ghost Mountain, du weird west, vraiment excellent sous la forme d’un micro-monde et d’une grande campagne ainsi que Sang & Neige, dans des terres glacées à l’aube de l’humanité, qui a le mérite de pouvoir être exploité avec Alfheim, Warp Shell ou indépendamment.

7. Alors, comme ça on a des goûts de chiotte ? On aime les écrans avec un gros logo moche au milieu, hein ?

Je ne comprends absolument pas cette question. Tu dois te tromper de jeu, car l’écran du MJ d’ICRPG ne comporte pas de logo au milieu, mais est intégralement illustré.

8. Dîtes donc, les Singes, les traductions de jeux US, ça va bien deux minutes mais je croyais que la raison d’être des XII Singes, c’était de publier de la création francophone de qualité. Vous vous y remettez quand ?

J’avais bien dit que je ne voulais pas être interviewé par un stagiaire, qui n’a même pas pris le temps de lire les anciens numéros du Fix ! Pfff. Jamais un pro habituel du Fix ne m’aurait posé une telle question, car lui il aurait su que l’on vient de remporter le prix Rôliste pour Pax Elfica, que l’on vient d’être jeu de mois sur le Grog avec Hexagon Les partisans, que l’on vient de financer le jeu Logos et la campagne générique 7 sorcières. Et que notre prochain projet est un nouveau jeu de rôle dans l’univers des romans Thoan avec les éditions Mnémos. Que des créations françaises…

[Franck a alors quitté le salon privé du Ritz où nous le recevions en toute simplicité, ce qui a mis fin à la fois à l’interview et à une carrière, il est vrai fort peu prometteuse, de journalisme]

https://www.gameontabletop.com/cf491/icrpg-vf.html

 

7 pensées sur “Les Singes lèvent le doigt pour se faire interviewer

  • 8 avril 2021 à 15:14
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    « Tu dois te tromper de jeu, car l’écran du MJ d’ICRPG ne comporte pas de logo au milieu, mais est intégralement illustré »

    C’est pas ce qu’on voit sur l’image de présentation, mais j’imagine que c’est « visuel non définitif » ?

    (J’ai pas été lire la page de foulancement, le jeu m’intéresse pas)

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      • 13 avril 2021 à 09:28
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        On peut en effet créditer l’éditeur d’avoir écouté les commentaires pour l’écran, et nous éviter les pratiques et visuels US hyper moches avec logo, code barre ou tables côté joueur.

        En revanche, quel dommage qu’il n’ait pas retenu la traduction du titre proposée de Petite Fiche Bristol, le JdR, proposée par Le FIX 🙂

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          • 13 avril 2021 à 23:34
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            Ce sont vraiment des gens impitoyables, prêts à tout pour se goinfrer de la manne très lucrative de notre loisir !!

          • 15 avril 2021 à 10:27
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            Tout à fait ! Tiens, d’ailleurs, il faut que je pense à augmenter le tarif de nos espaces publicitaires sur le site…

  • 9 avril 2021 à 21:37
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    J’adore les jeux que traduisent les 12 singes mais c’est dommage qu’ils transforment de petits jeux indépendants en objets de luxe ( ex into the ODD à 100 €, une boite en carton fragile avec des fascicules inutiles).Cette année ils proposent un livre à 39 € en couverture souple, idem pour l’écran. Ils passent en rigide suivant les différents paliers. C’est cher comparé à ce que proposent BBE avec les ombres du seigneur demon. Ils devraient revoir leurs tarifs à la baisse ou laisser des éditeurs indépendants(Grumph, kobayashi,…)les traduire et les proposer à des prix plus raisonnables.

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