Les Encagés [chronique Cthulhu Hack]

Cthulhu.
Campagne.
Tristan Lhomme.

Habituellement, l’association de ces 3 mots est signe de qualité et suffisent à vous faire craquer.

Et ça tombe bien, Les Encagés est une campagne sur le thème de Cthulhu écrite par Tristan Lhomme (et publiée par Les XII Singes). Hop ! Emballé, c’est pesé ! Ma chronique est faite.

Comment ça, c’est trop facile ? Bon ok… Mais si, cette fois, vous avez su résister à l’appel du poulpe, pas de bol, cet article est là pour vous faire craquer. Car cette campagne a beaucoup de qualités au point d’être pour moi un « must have ».

Explications en détail.

Le gendarme, les gendarmettes et les tentacules

Il est vrai que le nom de Tristan Lhomme est souvent affilié au mythe de Cthulhu. Et le fait que la campagne soit motorisée par le système Cthulhu Hack renforce cette appréciation. Or, sachez ici que le mythe est peu présent. Il peut même être totalement gommé si vous souhaitez mettre de côté toute référence au fantastique et vous concentrer sur l’enquête pure.

Il est par conséquent tout à fait possible de faire jouer cette campagne à des amateurs d’enquêtes policières ayant aucune connaissance ou attirance pour le mythe. Si vous, ou votre entourage, êtes amateurs de jeux de société d’enquête tel que Detective, Chronicle of Crime ou Sherlock Holmes detective conseil, mais que vous vous sentez frustré par des mécaniques de jeux trop restrictive et un déroulement trop linéaire, continuez à lire cette chronique jusqu’au bout, vous y trouverez surement votre Graal.

En aides de jeu : rapport balistique, relevé d’appels téléphonique, analyse ADN, …

True Gendarme

Mais avant de parler de scénario, consacrons nous un instant sur ce que l’on joue et comment on y joue.

L’ouvrage fournit 5 pré-tirés. Vous trouverez pour chacun d’entre eux leur stats bloc pour le système Cthulhu Hack (cf. plus bas), une description efficace de leur personnalité, leur introduction dans l’histoire, leur rôle dans l’équipe et les relations avec leur collègues ainsi qu’une présentation de leur vie privée (du pain béni pour le MJ pour compliquer la vie des PJ ou pour ajouter un peu de roleplay pour se changer les idées entres deux récoltes d’indices ou après un passage difficile). Chaque pré-tiré se conclut par une liste d’améliorations que le joueurs devra choisir à chaque progression. Du clé en main pour les joueurs.

Background, relations, progression de personnage : tout vous est servi sur un plateau

Et toujours dans cette optique de fournir un produit tout en un et prêt à jouer, l’ouvrage intègre le système Cthulhu Hack simplifié (pas de création de personnage) et adapté à la campagne (outil de gestion d’indices).

Dérivé du système OSR Black Hack, Cthulhu Hack propose un système de résolution basé sur 1D20. Pour chaque situation comprenant un risque ou une menace, le joueur effectue un jet de sauvegarde sous l’une de ses 6 caracs.

Mais le véritable intérêt du système, et ce qui fait tout son charme, c’est la notion de ressource. Chaque enquêteur dispose de 5 ressources :

– Bagou : Gère tous les aspects sociaux
– Torche : Pour les tests d’enquête, instinct de flic, TOC
– Respect : Gère les relations avec les collègues des autres services (très utilisé pour accélérer une analyse)
– Vie : votre endurance physique
– Santé mentale : votre endurance mentale. Mais un gendarme de Bordeaux en a-t-il vraiment besoin ? Après tout, ce n’est qu’une simple enquête, hein, non, NON ?

Chacune de ces ressources est définie par un type de Dé (de D4 à D12). A chaque fois que l’une de ces ressources entre en jeu, vous devez lancer le dé correspondant à la valeur de la ressource – non pas pour savoir si vous réussissez l’action (car vous la réussissez obligatoirement) mais pour savoir s’il y a une complication et un épuisement. En effet, sur un résultat de 1 ou 2 le personnage rencontre une complication dans son action et le joueur diminue son dé d’un cran (passant de D8 à D6 par exemple). Si le dé passe de D4 à 0, le personnage est brisé, épuisé ou autre selon la ressource concernée. Bien évidemment, le système vous permet de repositionner une ressource à son niveau maximum en faisant un break le dimanche avec sa famille par exemple.

Voici pour les bases du système. Viennent s’ajouter à cette mécanique simple la notion d’avantage-désavantage, les jetons de fortune, la dépense d’expérience et les phases de combat.

Petit plus de la campagne par rapport au système de base : une section est dédiée aux analyses d’indice par la police scientifique (formuler les demandes, gestion du temps d’analyse et pour « accélérer » la procédure). C’est une véritable boite à outils simple et efficace qui est proposée au meneur pour gérer l’enquête d’une manière réaliste tout en lui donnant les cartes en mains pour donner le tempo à sa campagne.

Avec ces pré-tirés et son système accessible et efficace, Les Encagés ne se contente pas d’être une « simple » campagne (un peu comme Pax Elfica), mais un véritable ouvrage complet prêt à jouer.

La vérité est ailleurs

Habituellement, chroniquer un supplément de campagne est un exercice assez difficile si on veut éviter le moindre spoiler. Heureusement, Les Encagés bénéficie de tellement de bonnes choses qu’on pourrait en parler pendant des heures sans rien divulguer.

Prenons les aides de jeux par exemple. Présentes en nombre et bénéficiant d’un rendu visuel exceptionnel, elles favorisent l’immersion (les rapports d’autopsie, relevé technique, …) comme elles faciliteront l’enquête (quasiment tous les PNJ ont leur portrait).

Je pourrais également vous parler des scénarios « hors procédure » : 4 aventures supplémentaires, et optionnelles, que vos joueurs pourront débloquer au cours de leur enquête. Imaginez : votre personnage découvre que l’enquête a un point commun avec une autre affaire passée. Vous allez aux archives pour récupérer le dossier et au moment où vous commencez à lire le rapport, le MJ vous distribue des pré-tiré pour vivre cette histoire. Bien évidemment, cette option de jeu n’est pas obligatoire. Si la table n’a pas beaucoup de temps de jeu de disponible et souhaite se consacrer sur l’enquête principale, il est tout à fait possible que le MJ raconte l’affaire sans la faire jouer. Là encore, tout est une question de rythme et de temps selon les souhaits ou contraintes de la table.

L’enquête se passe en 2013 : vous aurez l’essentiel présenté dans l’ouvrage. Là encore, très peu de recherches personnelles à faire en amont.

Mais tout ceci mit bout-à-bout ; les aides de jeux, les affaire annexes, les nombreux PNJ, … met en lumière une des difficultés du jeu : le nombre d’information que le MJ doit assimiler.

Mais attention, même si la tâche est conséquente, elle n’est en rien rédhibitoire. Parce que tout est là pour aider le MJ dans la gestion de SA campagne : comment tel PNJ va réagir si les PJ font telle action, quelles sont les possibilités pour exploiter au mieux tel indice, etc. Le meneur n’aura que très peu de travail de recherche et de préparation à faire en amont. Tout lui sera servi sur un plateau. Un très gros plateau, certes, qu’il faudra savoir trier et organiser selon la sensibilité de chaque MJ. Mais là encore, des outils et aides de jeu sont là pour vous aider (comme un calendrier pour gérer le temps que prennent les analyses).

Mais toutes ces qualités ne sont là que pour porter la principale d’entre elles : l’intrigue. Vous avez là une véritable enquête policière (rôliste en manque de COPS ** clin d’œil…. Clin d’œil**).

Tout débute le 9 mai 2013, quand vos personnages gendarmes sont appelés d’urgence par le lieutenant pour se rendre sur une scène de crime dans leur secteur : une maison en flammes dans laquelle les pompiers ont retiré 2 corps portant des impacts de balles. Pour en savoir plus et découvrir la forêt qui se cache derrière cet arbre, il va falloir mener l’enquête.

Un petit mot sur l’édition

Durant la souscription, la campagne était proposée sous plusieurs formats: l’option PDF, le livre seul, le livre + les aides de jeux, etc. Un choix à la carte en quelque sorte. Mais en boutique, Les Encagés est proposé sous un seul format : une boîte contenant la campagne (ouf.), les aides de jeux, l’écran, les portraits de PNJ, les livrets des joueurs et l’agenda du meneur.

Il aurait, par exemple, été dommage de passer à côté de l’écran qui est adapté à la campagne et comprend un tableau reprenant tous les PNJ : leur nom, le numéro de portrait correspondant, leur type (gendarme, témoin, presse, etc.) et les pages où ils sont mentionnés dans la campagne. Bref, vous l’avez compris, malgré le prix d’entrée qui peut paraitre élevé, c’est un pack idéal pour apprécier le jeu et s’immerger complétement dans l’enquête. Et il aurait été dommage de proposer moins.

L’index des PNJ derrière l’écran. Une aide de jeu très utile au vue du nombre de protagoniste.

Conclusion

Oubliez le mythe et les campagnes de Cthulhu auxquelles vous avez pu jouer. Les Encagés est avant tout une véritable enquête policière. Accessible à tous, rôliste comme amateur de jeux d’enquêtes, de par son matériel proposé, il est toutefois à réserver à des personnes avec le cœur bien accroché.

Merci à Tristan Lhomme de nous proposer toujours et encore du contenu de qualité tout en sachant se renouveler et nous surprendre malgré sa production longue comme une tentacule de poulpe géant.

Par contre, ça va être difficile de proposer un jeu d’enquête moderne après Les Encagés car la qualité éditoriale sur le fond, comme sur la forme est telle qu’il y aura clairement un avant et un après Les Encagés.

En bas, la campagne (344 pages). En haut, la pochette d’aides de jeux. y’a de quoi faire…

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