The lost diary of Z.

Rendre compte des foulancements, leur lancement, leur retard, leur sortie, etc., tout ça, c’est OK. C’est le job et on le fait avec plaisir pour vous informer. Mais, on doit bien l’avouer, il n’y a rien qui nous fasse plus plaisir que de tomber sur une pépite 100 % amateur signée d’un petit artisan du JdR qui fait tout à la main et qui lance ça dans le petit monde du jeu, juste comme ça. Pour voir.

Et là, c’est très exactement ce qui nous arrive avec la découverte du Journal de Z. : https://journaldez.fr/
C’est atypique, c’est un peu fou, ça a surtout beaucoup de charme. C’est ce qu’on appelait dans le temps une « aide de jeu », un truc un peu déconnecté des règles de tel ou tel jeu mais qui peut être drôlement utile pour améliorer l’ambiance et l’expérience de jeu autour de la table du vendredi soir.
En l’occurrence, il s’agit d’un manuscrit occulte inspiré des travaux de H. P. Lovecraft, qui retranscrit au jour le jour les recherches et indicibles découvertes d’un investigateur enquêtant sur le Mythe de Cthulhu. Autant dire que cela sera utile à tous les MJ de l’AdC, de Cthulhu Hack, de Chroniques Oubliées Contemporaines et d’une pléthore d’autres jeux baignant dans cette indicible ambiance.
Surtout, cela nous a vraiment donné envie de poser quelques questions à cet auteur mystérieux qui signe d’un Z. qui veut dire… euh… bon, bref : interview.
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1. Bon, n’y allons pas par quatre chemins : presque 200 pages écrites et illustrées à la main avec les tâches de sang et d’encre qui vont bien… t’as raté ton dernier jet de SAN, pas vrai ?

Je ne suis recherché par aucun institut si ça peut tout de suite vous rassurer. Du moins, pas sous cette identité.

Pour le reste, j’aurais bien aimé répondre que je ne suis pas fou, que ma mère m’a fait tester. Mais à vrai dire, je crois que je n’ai jamais été doté d’une très grande réserve de SAN dès le départ, même si je le cache bien. Il y en a un certain nombre pour en témoigner.

À y repenser, peut-être que l’éducation à base de Druillet et Gotlib, de Métal Hurlant et de Pif Gadget, n’était pas le cocktail le plus judicieux pour partir avec un esprit bien normé.

Mais là, oui, 192 pages de textes et d’illustrations avec du contenu caché, d’accord, j’avais besoin de pondre un truc qui fasse un peu trembler les murs de ma cellule. Au milieu des taches d’encre et de sang, les larmes et les traces de sueur de mon poignet en témoigneront (lavez-vous les mains après toute utilisation prolongée).

Disons sans rentrer dans les détails que le déclencheur est un jet de bluff raté de la part du monde de l’entreprise, et un jet de persuasion réussi de mon côté en représailles. J’ai gobé les prescriptions d’illusions qu’on me diagnostiquait pendant trop longtemps. C’est fini.

Et maintenant, le bestiau est là. À vous d’y tester votre propre tranquillité d’esprit si vous l’osez. Attention toutefois, la tentation de tourner la page suivante augmente au fur et à mesure de la lecture, ainsi que la difficulté du jet. Nous verrons bien ce que disent vos dés une fois jetés. Dans tous les cas, comme le dit l’adage, plus on est de fous, meilleure est la partie.

2. Hmmm, hmmm, si tu le dis… Et tes joueurs, ils vont bien ? Ils ne te disent pas des trucs du genre « mais nous on voulait juste un scénar’ avec une maison hantée et des Profonds ! » ?

Je n’ai ironiquement aucun groupe de jeu à l’heure actuelle. Déménagement dans une autre région, double plan social, fin du monde… je n’ai pas eu le temps de reconstruire un cercle autour de moi ou de me faire accepter dans un autre. Ce n’est pas l’envie qui manque pourtant.
Cela me fait quand même rire, parce que je reconnais ce genre d’injonction chez certains de mes anciens Meneurs. Oui, car j’ai plutôt passé ces quelques dernières années en face de l’écran à me la couler douce pour changer un peu.

Donc les : « Mais moi je voulais juste un background d’une demi-page pour ton perso à Empire Galactique…
— Ah. Bon bah t’as le rapport du haut conseil de Prima sur tous ses antécédents année après année, avec les pièces jointes et les illustrations thématiques de circonstance. Ça ira quand même, non ? »
Et autres : « Ok, c’était ton tour pour le compte-rendu de la partie de Z-Corps, mais j’attendais juste quelque chose de concis.
— C’est pas concis une nouvelle de 20 pages ?! »
…je n’en suis apparemment toujours pas soigné.

Je crois que je n’aime pas beaucoup les règles, les cases et la mesure. À quoi bon ?

3. Plus concrètement, ce journal, tu l’as écrit pour être réellement utilisé en jeu ou c’est juste un délire de passionné ?

C’est vraiment un outil de jeu. Je l’ai conçu de cette manière dès le départ.

À l’origine, pour être exact, je cherchais simplement à me réexercer à l’écriture de scénario. Je souhaitais en écrire un petit, d’introduction, pour initier une personne ; et pourquoi pas sur l’Appel de Cthulhu, tiens ?! Donc j’ai débuté quelque chose d’original : ça se passait au bord de la mer, il y avait une vieille maison perchée sur une falaise, les rumeurs disaient qu’elle était hantée, les villageois étaient taciturnes et ça se terminait au milieu d’une tempête avec des créatures marines rôdant dans les flots. À la réflexion, je me suis dit qu’écrire un scénario pour l’Appel de Cthulhu n’était peut-être pas la meilleure des idées en considérant l’abondante littérature qui s’accumule depuis la création de la licence. Et puis le vieux journal déchiré qui devait être retrouvé dans une corbeille à papier par les investigateurs allait, soit paraître risible si je n’en écrivais que quelques extraits, soit me demander plus de travail que le scénario en lui-même si j’avais à l’écrire.

J’ai donc pris le problème à l’envers. Pourquoi ne pas faire une sorte de carnet d’aventurier, comme si un investigateur avait rédigé ses mémoires et ses recherches, jour après jour au fil de ses enquêtes ? Là, d’un coup, il y avait beaucoup moins de ressources à disposition. Autant en faire quelque chose d’intéressant alors, qui puisse être utilisé pour illustrer ou même pour animer des scénarios. De plus, sur le thème de l’horreur lovecraftienne, il y avait de quoi faire… Suffisamment générique, bourré de références, proposant des jeux dans le jeu, visuel : défi relevé !

Un carnet de cuir, une plume de calligraphie, un traitement de texte, un historique de recherche qui a depuis viré à l’ésotérique, et pas mal de temps plus tard, voilà : le Journal de Z.

Les trames narratives sont sciemment décousues pour permettre d’y insérer ou d’y superposer ce que l’on veut. Les conclusions sont suffisamment floues pour autoriser différentes interprétations ou proposent des pistes ouvertes. Des méta-jeux plus ou moins complexes émaillent l’ouvrage.
C’est un corpus de ressources ludiques que les Meneurs de Jeu peuvent s’approprier, modifier, étendre.

4. C’est quand même un peu intimidant. Qu’est-ce que tu donnerais comme conseils pour un usage en douceur d’au moins une partie de ton journal ?

J’en conviens. Je vois plusieurs approches progressives pour s’approprier le contenu du Journal :

1) Vous souhaitez illustrer les savoirs interdits ou les études étranges que vont découvrir vos investigateurs. (Ça sert à rien, mais ça fait joli sur la table au milieu des chips.)

Dans ce cas, les illustrations ésotériques qui parsèment le Journal peuvent représenter les fragments de parchemins trouvés dans le repaire d’un cultiste. Les croquis annotés d’artefacts, de cercles de pierre ou d’effigies liées à Cthulhu constitueront les notes scellées de cet éminent scientifique disparu. Ces écritures griffées, raturées et mal alignées seront les pages chiffonnées retrouvées dans la corbeille d’un individu ayant récemment sombré dans la démence.

Il suffit d’imprimer les pages qui vous inspirent…

2) Vous voulez faire travailler vos investigateurs au cours de la partie en leur offrant quelques énigmes à résoudre. (Ces prétentieux jouent les gros bras devant les abominations ? Très bien, faites chauffer leurs méninges pour voir qui se la joue encore…)

Utilisez les énigmes qui sont intégrées au Journal et explicitées sur le wiki dédié. Elles peuvent facilement s’inscrire dans tout type d’aventure. L’une est une incantation à décrypter puis à traduire pour contrer l’Indicible. Une autre utilise un alphabet codé, une feuille de route énigmatique et une partition chiffrée pour une finalité laissée à la discrétion des Meneurs. Une autre encore requiert de l’alchimie, un peu de cryptographie, une bonne dose de déduction et une sacrée part d’organisation de la part des investigateurs. Etc.

Lire la section appropriée du wiki et imprimer quelques pages seront les seuls prérequis.

3) Vous désirez utiliser une partie du Journal dans le cadre d’un scénario. (On joue là, c’est sérieux ! Il faut une mise en scène aussi réelle que possible pour mes chums.)

Commencez par choisir l’un des chapitres thématiques du Journal. La Cité sans nom, le Roi en Jaune, Cthulhu, Ithaqua, une confrérie secrète, le personnage de Z. Il y a le choix. Lisez cette trame narrative avec le wiki en parallèle, et voyez ce que cela suscite dans votre imaginaire. Il y aura certainement de quoi brosser un ou deux scénarios correspondant à vos investigateurs. Les pages présélectionnées du Journal viendront imager la partie, que ce soit en préambule ou en éléments contextuels.

C’est l’habituel travail d’écriture de scénario, mais vous disposez déjà des annexes nécessaires.

4) C’est le Journal dans son intégralité que vous ambitionnez de mettre au centre d’une campagne. (Vous cherchez un but à votre vie, ou à devenir le Tristan Lhomme du Z.)

Lisez l’ouvrage, je le pense suffisamment évocateur pour susciter de nombreuses idées. Le wiki apportera lui aussi son lot de pistes et d’intrigues. À partir de là vous êtes libres. Réalisez votre propre création, contribuez au groupe de travail qui commence à se lancer sur Casus NO, contactez-moi directement. Il y a de la place pour tout le monde dans l’optique de créer une œuvre collective.

5. La gamme Trail of Cthulhu a un superbe supplément qui s’articule autour de vrais-faux documents manuscrits : l’Affaire Armitage. C’est une inspiration ou pas du tout ?

Je ne connaissais absolument pas l’Affaire Armitage jusqu’à ce qu’on me l’évoque sur un forum. J’en ai vu des commentaires assez polarisés sur la manière d’utiliser son contenu, mais ne l’ayant pas eu entre les mains je ne peux pas émettre d’avis.

Pour digresser, très honnêtement, j’ai un peu perdu de vue le suivi des gammes liées à l’Appel de Cthulhu. Je n’y comprends plus rien. Entre les V6, V7, Trail, Cobalt, Hack, Kami, Byzance, Achtung, Laverie, Gumshoe et j’en passe, qui se suivent à moins d’un an d’intervalle… je ne sais plus quel éditeur fait quoi ni dans quelle continuité tout cela s’inscrit. J’ai donc assez peu de connaissances sur ce qui a déjà été fait ou non ; ce qui ne m’empêche pas de reconnaître l’intérêt de beaucoup de parutions que j’ai pu compulser. Il ne manquerait plus qu’un Cthulhu Valhalla peut-être ? Pour un crossover hommes du nord et mythologie nordique versus Grands Anciens ?

Allez, trêve d’irrévérences gratuites. Mes inspirations sont bien plus simples et hétéroclites. Les récits de Lovecraft ont évidemment été les matériaux de base. Les films d’Indiana Jones ont grandement influencé la forme de l’ouvrage. Le jeu de rôle de l’Appel de Cthulhu a guidé les fils conducteurs et les enjeux de la narration.

Pour les contenus cachés, on peut lister pêle-mêle un peu de déformation professionnelle pour les chiffrements, du Tintin et le Secret de la Licorne beaucoup plus élaboré pour le concept des textes à superposer, et les synergies créées par mes intérêts larvés pour les jeux de société, les jeux d’énigmes et autres ARG (Alternate Reality Game).

Différentes références à des auteurs que j’apprécie et qui m’ont construit parsèment également le Journal. Pour n’en citer que deux assez mis en valeur, il y a ce symbole tiré des 6 Voyages de Lone Sloane de Philippe Druillet, ou encore cette formule de protection issue du Mystère de la Grande Pyramide d’Edgar P. Jacobs.

Enfin, Wikipédia est un formidable agrégateur de connaissances insolites. J’y passe toujours énormément de temps, que ce soit pour des savoirs conventionnels ou, à l’inverse, les affaires classées sans suite, les phénomènes dits « étranges » et les obscures anecdotes historiques.

6. Mais sinon, tu sais qu’avec le crowdfunding et le nombre de jeux qui utilisent le contexte lovecraftien, il y avait sans doute moyen de le vendre ton bijou là ? Pourquoi pas ? T’aimes pas l’argent, en fait ?

Vous avez certainement raison. Peut-être que le Fix devrait lui-aussi « crowdfunder » sa rubrique du lundi ?

Non, j’estime que proposer des ressources libres et sans contreparties doit continuer à faire partie du paysage des productions rôlistiques. D’ailleurs, je salue bien cordialement tous les passionnés qui produisent scénarios et jeux complets sans aucune contrepartie ! Beaucoup d’éditeurs proposent également çà et là du contenu gratuit pour leurs licences, et c’est toujours admirable de leur part. Merci au Fix de nous tenir informer de toutes ces parutions.

Le Journal de Z. est à libre disposition pour qu’il puisse servir à l’envie et au plus grand nombre. J’ai le souvenir de toutes ces années que j’ai passées à lorgner les étagères de la Crypte du Jeu avec mon argent de poche. Trop peu pour acquérir ce R.A.S. qui me faisait tellement baver d’envie à l’époque, et juste assez pour hésiter cruellement entre une simple extension d’INS/MV et un écran de jeu pour Feng Shui.

Vous devez connaître cette période où l’on dispose de temps mais pas d’argent pour acquérir tous ces ouvrages qui nous font fantasmer. Et qui s’oppose à cette autre période où l’on dispose enfin des sacro-saints kublars pour collectionner compulsivement tout ce qui est édité, mais où le temps nous fait finalement défaut. Le Journal est une petite avance gracieusement offerte à tous ceux qui ont encore le temps…

En revanche, si je tiens assez à ce que la version numérisée du Journal de Z. soit libre d’accès, l’idée d’un ouvrage papier me plairait beaucoup. Plus qu’un contenu, cela deviendrait un bel objet pour les aficionados d’horreur cosmique.

Toutefois, je n’ai absolument aucun contact dans le domaine de l’édition, peu de connaissances sur la manière dont fonctionne ce milieu et pas le début d’un plan pour amorcer un tel projet.

On va me rétorquer que l’autoédition existe. Mais là aussi j’ai une vision assez floue de la manière de concilier le Journal en tant qu’objet visuel et l’aide de jeu qu’il faut lui accoler pour en tirer le meilleur parti. Je suis ouvert aux suggestions.

7. Question de rigueur : tu nous en prépares d’autres des comme ça ou bien tu as tout donné là ?

Très, très loin de là. Je manque juste désespérément de temps.

Concernant le Journal de Z, j’essaie pour le moment de faire connaître l’ouvrage en faisant le tour des forums, en essayant de contacter Casus et JDR Mag, et en espérant que la communauté s’approprie la création. J’ai bien encore quelques idées pour des ajouts de méta-jeux et d’annexes visant à compléter, encore mieux si possible, le carnet. Mais j’aimerais avant tout que la réalisation fasse des émules et puisse peut-être aboutir à une sorte de production collaborative. Qui sait, peut-être qu’à côté des Masques et des Oripeaux, on parlera un jour de la campagne du Z. ? Soyons présomptueux pour cette œuvre sans prétentions, ça ne fait de mal à personne.

Mon autre actualité n’est pas liée au monde du jeu de rôle. Je travaille sur un roman pour un univers littéraire collaboratif assez connu des joueurs de jeux vidéo. Malheureusement, un célèbre auteur de science-fiction m’a très récemment coupé l’herbe sous le pied. Je me pose donc la question de la légitimité à poursuivre ce projet, tout en me rétorquant que la légitimité, on se l’octroie soi-même.

Que ce livre soit mené à bien ou non, j’ai encore des ébauches de chantiers pour le JdR. Peut-être pas pour l’Appel de Cthulhu dans l’immédiat. Mais tout dépend. Si je vois que le Journal de Z. accroche du monde, ce n’est pas improbable que je revienne dans le secteur secouer un peu vos jets de ToC.

En attendant, je crains que vous n’entendiez pas parlez de moi avant la concrétisation finale d’un nouveau projet ou d’un autre. J’aime bien travailler dans l’anonymat et la discrétion pour sortir des grosses réalisations (tout est relatif) quand personne ne les attend.

Pour livrer un dernier message, j’ai souhaité, avec le Journal de Z., offrir un outil de jeu inspirant, qui puisse contribuer à la communauté de notre enthousiasmant passe-temps. Et surtout, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, je ne peux que vous encourager à lire Lovecraft !

En vous souhaitant les meilleurs jets de dés.

Z.

2 pensées sur “The lost diary of Z.

  • 17 septembre 2020 à 21:08
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    Ah, c’est chouette que le Fix mette en valeur cette petite merveille. Bravo et merci à l’auteur pour son travail colossal !
    Une suggestion : vous voyez le contenu de la réponse à la question 4 ? Il faudrait l’ajouter sur le site du journal de Z. Parce qu’effectivement, c’est beau, mais c’est un document long et quelque peu intimidant au début, alors ça faciliterait bien les choses aux MJ d’avoir directement des pistes pour l’utiliser 🙂

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    • 18 septembre 2020 à 14:10
      Permalink

      Merci du retour. Je vais prendre votre avis en compte et proposer une notice d’utilisation sur le site. C’est une très bonne suggestion !

      Répondre

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