Cédric Ferrand : D3

On a eu des nouvelles de Wenlock, l’ancien brillant rédacteur de Di6dent disparu dans des circonstances mystérieuses ! On a retrouvé sa trace dans le Casus Belli #14 à paraître ces prochains jours. Il y cosigne le jdr complet (mais en feuilleton, enfin, je me comprends…) D3. On a donc été voir le runner à l’origine de ce projet et qui semble l’avoir exfiltré, un certain Cédric Ferrand.

Cédric Ferrand. Dans Casus Belli. J’ai envie de dire : ça alors.

Disons qu’après la fin de l’ancienne nouvelle nouvelle formule, j’ai vécu une traversée du désert du point de vue magazinal. Telle une vieille actrice qui attend que le téléphone sonne, à l’annonce de la reprise du titre par BBE, je me suis demandé quand est-ce que j’allais être repêché par la nouvelle administration. J’avais donné à Casus mes plus belles années, et puis d’un coup, je n’intéressais plus les rédacteurs en chef. C’est comme ça, la pige, c’est un monde ingrat. Di6dent m’a fait du pied, mais ce n’était pas pareil. J’ai pris des habitudes, chez Casus, alors je n’ai pas donné suite.

Et puis Tristan Lhomme et Philippe Rat m’ont fait revenir dans le giron Casus par la petite porte. Un scénario Wastburg, une aide de jeu, une lettre d’opinion… Je fais même les baptêmes et les barmitsvas, si jamais vous avez besoin.

Publication dans la presse, en plusieurs épisodes, écriture à quatre mains… D3, c’est un peu le Fantômas du jdr, en somme ?

En fait, ce n’est pas vraiment un jeu écrit à quatre mains. Pour paraphraser le poète basque Bixente Delermazu c’est « Comme si nous avions pratiqué dans des piscines parallèles la natation synchronisée ». J’ai écrit la description du décor (le survol de la ville de Détroit, la présentation des Affaires internes) et les scénarios dans mon coin. J’avais même conçu un système de jeu à base de jetons. Et c’est là que Wenlock a débarqué dans le projet : il m’a encraoudé avec des mots compliqués, genre « intentions ludiques », et je me suis retrouvé à lui sous-traiter la partie mécanique du projet. Par contre, comme j’avais déjà tout rédigé de mon côté, mon travail intègre bien moins le travail de Wenlock que son système colle à ma campagne. J’ai fait le gros œuvre, il s’est coltiné les finitions.

C’est quoi ce titre avec un D majuscule et un chiffre ? Tu as voulu placer un discret hommage à Di6dent jusque dans les pages de Casus, c’est ça ?

Le titre, c’est la première chose à laquelle je pense dans un projet. J’imaginais le titre D3 comme revenant à plusieurs reprises dans l’enquête, comme un leitmotiv. Tout débute par un suicide dans une chambre de motel. Forcément, la chambre a le numéro D3. À un moment, Wenlock a même envisagé de baser son système de jeu sur des dés à trois faces, c’est dire.

Wastburg, Moscou à l’ère sovok, maintenant Détroit… toi, tu as un problème avec les villes déliquescentes et crépusculaires, non ?

C’est vrai qu’il y a une tendance qui se dégage. Je vais devoir changer mon fusil d’épaule si je ne veux pas devenir le gars qui écrit systématiquement des histoires en tons de gris dans une ville qui se casse la gueule. Le pire, c’est que ceux qui me connaissent pourront vous dire que je suis optimiste de nature. Pourtant dès que j’écris de la fiction, c’est cynique. Mon éditeur voudrait que j’écrive un texte lumineux, un jour.

Mon petit doigt m’a dit qu’il avait été sérieusement question d’une sortie de D3 chez un éditeur traditionnel. Vas-y, sous le couvert de l’anonymat, tu peux te lâcher : pourquoi ça ne s’est pas fait finalement ?

Alors, le plan initial, c’était de sortir un gros bouquin chez John Doe avec mon moteur de jeu à base de jetons et différents décors policiers écrits par des bonnes gens du milieu. Certains m’ont pitché d’excellentes idées, ça s’annonçait très bien… et très demandant. Je me connais : je me lasse vite. Une semaine je craque sur un jeu, la semaine suivante je deviens obsédé par un autre. Alors l’idée de fédérer tout ce petit monde et de gérer une équipe très variée, uniquement à distance, c’était perdu d’avance. Du coup je me suis tourné vers Casus car l’idée de publier ça par épisode imposait une certaine rapidité d’exécution. Ce n’est pas possible de retarder le truc : le texte doit partir en relecture à telle date, il faut donc rendre son travail en temps et en heure. Pas le temps de niaiser, comme dit l’autre.

C’est bien gentil la publication en mook mais je fais comment si je veux l’écran du MJ de D3, hein ?

Ça fait des années que je maîtrise sans écran, pour moi c’est un accessoire vraiment inutile. Je n’ai donc aucun regret sur ce point. Et puis photocopier les illustrations du magazine pour fabriquer son propre écran, ça fait partie du charme du DIY.

On ne se le cache pas : ici, on aime bien ce que tu fais. C’est quoi la suite ?

J’alterne un JdR et un roman, maintenant, donc là c’est le tour au roman. Je suis dans la phase de recherche, car ça se déroulera à Montréal dans les années 30. La ville ne sera donc pas crépusculaire, elle est au contraire en pleine expansion à cette époque. Et mes personnages sont plutôt pulp, pour changer.

La gamme de Wastburg continue son petit bonhomme de chemin grâce à l’équipe qui a su prendre ma suite. Le prochain supplément est signé par Tristan Lhomme et c’est une campagne de première bourre qui s’appelle « L’Opéra de Quat’Gelders ». D’autres livrets sont en cours de rédaction, c’est loin d’être la fin.

On verra comment D3 est reçu, mais si c’est un succès et qu’il y a une suite à donner dans Casus, ça sera à d’autres de reprendre la balle au bond. Chacun son tour.

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