Le charme des LDVELH en JdR [chronique Troïka]

Si vous êtes fâché avec les sigles, j’éclaire immédiatement votre lanterne : LDVELH signifie Livre dont vous êtes le héros, une catégorie littéraire de livres jeux qui a connu un immense succès dans les années 80 et qui aujourd’hui profite d’un bon retour en grâce.

Quel rapport entre ce JdR Troïka et les LDVELH ? A vrai dire presque tout. Le charme, le système, la sensation de liberté de création et d’action. La seule vrai différence visible est pour moi ce qu’apporte magnifiquement ce JdR : Troïkavous permet de faire jouer du LDVELH en version JdR, donc de partager cette expérience assez singulière avec un groupe de joueurs autour d’une table de JdR traditionnel. Mais en plus de cela, il faut bien dire que réduire Troïkaa cette référence (certes forte) aux LDVELH serait réducteur car le jeu apporte quelques intérêts supplémentaires loin d’être secondaires.

Voyons tout cela d’un peu plus près …

Mise en forme et édition : Pattern Recog éditions aux manettes de la VF

Troïkaest à l’origine un JdR de l’auteur britannique Daniel Sell. Ce jeu a été financé via Kickstarter en 2018 et édité sous l’égide du Melsonian Arts Council. La version française a été menée par Pattern Recog éditions et financée via Game on Tabletop en 2021.

Ce jeu se présente sous la forme d’un livre petit format de 110 pages, dont les textes sont aérés, servis par une police de caractère assez grande, et dont la mise en forme est très simple malgré l’apport de quelques illustrations couleur.

Vous l’aurez compris, nous ne sommes pas face à un de ces JdR massif à la charte graphique très travaillée, même si Troïka dégage un vrai charme de vieux bouquin agréable à lire et servi par des illustrations assumant un style très marqué.

Sans surprise à la vue de mon introduction, cette mise en forme du jeu ne pourra que rappeler aux anciens comme votre serviteur la forme que pouvaient prendre les LDVELH des années 80, même si ces derniers étaient plutôt dotés d’illustrations plus classiques et figuratives que celles de Troïka.

De manière générale nous sommes face à un ouvrage très facile à lire, et son épaisse couverture (qui est une autre différence avec les LDVELH des années 80 d’ailleurs) rend sa prise en main rassurante et agréable. Tout ceci étant dit, voyons ce qui se cache derrière ce JdR se présentant comme une proposition de Science Fantasy.

La proposition ludique de Troïka : Liberté et accessibilité des mécaniques

Contrairement à mon habitude, je ne vous ferai pas une présentation du jeu selon le schéma habituel règles + univers. La raison à cela est simple : vous ne trouverez aucune partie dédiée à l’univers dans cet ouvrage.

Ce que Troïka vous propose c’est une présentation d’un système de jeu très simple à gérer permettant de lancer très vite une partie, et au cœur de cette présentation l’auteur glisse à chaque fois qu’il en a l’occasion des éléments d’univers qui viennent donner cette couleur décalée et très libre à l’ensemble.

Cela signifie surtout que l’univers de jeu sera ce que vous en ferez, toutes les possibilités sont ouvertes avec une idée de sphères ouvrant toutes les possibilités de récit qu’un multivers peut apporter. Et Daniel Sell ne se bloque pas à des idées convenues avec une telle liberté. Il enchaîne dans l’ouvrage les inspirations aussi drôles que savoureuses qui, à mon avis, ne sont pas sans rappeler un autre auteur britannique nommé Terry Pratchett et son célèbre Disque-monde.

Côté mécaniques de jeu nous sommes dans une inspiration directe des célèbres LDVELH de la série Défis fantastiques des années 80. Nous retrouvons les trois caractéristiques spécifiques venant de ces ouvrages : Habileté, Endurance et Chance et Troïka utilise exactement le même système de résolution des combats avec son jet de 2D6 + Habileté en opposition pour déterminer qui provoque une blessure à l’autre. Troïka profite cependant de son format JdR pour proposer quelques enrichissements de mécaniques par rapport à ses illustres inspirateurs, mais soyons clairs nous restons sur un système très instinctif et très facile à mettre en jeu. Je pense particulièrement au système d’initiative par un tirage au sort de jetons qui semble bien fun à la lecture, ou au système de compétence qui se veut volontairement incomplet et ouvert à tout rajout. Si vous vous demandez s’il y a un système de magie, la réponse est oui mais la magie fonctionne de manière très simple et la description des sorts vaut le détour par elle-même. Côté dés ne vous posez pas de questions, il vous faudra juste 2D6 et vous serez prêts à l’aventure.

Ce côté “clef en main” est d’ailleurs renforcé par un point essentiel, sûrement l’élément central de la proposition de jeu de Troïka selon moi : la création de personnage. En effet, au-delà d’une petite détermination aléatoire des trois caractéristiques majeures dont je parlais plus haut, le point majeur de Troïka est le fait de déterminer un Antécédent. Il s’agit de déterminer aléatoirement ce dernier (même si on peut totalement remanier tout ça à volonté selon le principe de liberté narrative dont j’ai déjà parlé) et d’en tirer les compétences, l’équipement et surtout le background de votre héros. Et c’est dans cette proposition de jeu posée à travers un archétype que le charme de Troïka opère principalement.

Ce ne sont pas moins de 36 Antécédents qui sont proposés (les résultats possibles d’un D66) et la lecture de ces profils est l’élément principal qui vous fera apparaître les contours de l’univers imaginé par l’auteur (avec une page par Antécédent nous sommes sur une section qui occupe un tiers du livre d’ailleurs). Je ne peux résister au plaisir de vous donner trois exemples de ces Antécédents qui parleront mieux que n’importe quelle description.

A part cela le livre propose aussi un bestiaire de 24 pages et un petit scénario nommé Blanc-manger & Chardon dont je vous laisserais le charme de la découverte. Sachez juste que ces deux éléments amènent eux aussi des éléments disparates sur l’univers sous-jacent de Troïka, et soyons clairs ce n’est pas de la fantasy classique. C’est bel et bien un mélange de sciences étranges, de cultures loufoques et de personnalités déviantes qui valident assez bien le cadre de Science Fantasy annoncé dès le départ.

Conclusion : Du charme et une mécanique éprouvée

Je ne vais pas en faire mystère, Troïka m’a projeté à la lecture dans la nostalgie de mes lectures de LDVELH durant les années 80. Je me suis rappelé comment le charme de ces ouvrages nous donnaient à l’époque envie de pouvoir en explorer les univers plus loin et avec plus de liberté.

Et bien Troïka offre tout ce qu’il faut pour faire cela en s’appuyant intelligemment sur leur système de règles qu’il développe, juste à peine, pour en garder et même augmenter la saveur. Mais au-delà de la simple référence Troïka se démarque par ses illustrations très particulières et son univers transmis au goutte à goutte qui est pour le coup extrêmement spécifique et assez délirant.

Pattern Recog nous offre ici une traduction agréable d’un jeu qui invite à la liberté de ton et d’inspiration qui ravira les meneurs et joueurs bien au-delà des nostalgiques de la gamme Défis fantastiques.

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