Interface (un peu) raide [chronique Cyberpunk RED]

C’est la rentrée ?

Oh, OK, mais mollo, mollo. On va parler d’un jeu de chez R. Talsorian Games, là. alors, on a le temps, hein. Tran-qui-lle.

Par chez nous, Arkhane Asylum avait flairé le bon filon avec la VF de la nouvelle édition du mythique Cyberpunk, l’édition RED. Un jeu à succès avec de vraies qualités dedans. Un gentil petit filon nostalgique pour rôlistes de plus de 40 ans. Le buzz autour du jeu vidéo. Bingo. De fait, les gens de AAP n’ont pas chômé et on peut déjà se procurer dans la langue de Jean-Marc Ligny le kit de découverte en boîte, l’énorme livre de base et l’écran du MJ. Bien.

Pour la suite, on sent que cela va être plus dur. L’éditeur VO n’est pas réputé pour être très prolifique. Enfin, pour être précis, n’est PLUS réputé en tant que tel parce que, croyez-moi, dans les années 90, cela sortait des catalogues de flingos par paquets de douze ! Là, les gars de Mike Pondsmith; n’ont pas sorti grand chose de plus en VO, à part de dispensables Data pack et Netrunning deck qui, clairement, sont plus des goodies qu’autre chose. Ah, pardon, il y a aussi des posters et même des pin’s. Si, des pin’s. Rétrofutur, chomba’ !

Niveau matériel de jeu, il n’y a qu’un truc traduisible : l’Interface #1. Alors, soit. Ce premier supplément est donc dispo en VF depuis quelques semaines.

Sur la forme, comme souvent (toujours ?) chez Arkhane, c’est un sans faute. Le bouquin a beau être peu épais, il est doté d’une classieuse couverture rigide, d’un signet, etc. On dirait une très belle BD, en somme. A l’intérieur, on retrouve la mise en page et la qualité des illus du livre de base de RED : on est plusieurs divisions au dessus de ce qui était la norme à l’époque de 2020.On ne peut d’ailleurs s’empêcher de se demander si tout ce luxe est bien raisonnable pour un tel ouvrage : le prix s’en ressent et, bien souvent, on se dit qu’un livret souple noir et blanc aurait bien fait l’affaire…

En effet, pour rappel, les Interface – qui semblent devoir faire série – ne sont rien d’autres que les compilations des aides de jeu gratuites au format PDF disponibles en VO sur le site de l’éditeur. Alors, ce n’est pas sale, certes, mais ce n’est pas toujours bien bien indispensable non plus, pour tout dire. Ne serait-ce que pour l’impression, certains passages auraient tout simplement mérité d’en rester à l’état de PDF.

L’ouvrage de 64 pages s’ouvre avec une aide de jeu destinée à séduire avec force clins d’œil les vieux de la vieille : zyva, convertis ton flingo préféré de 2020 en édition RED ! Comme on le voit, cela ne vole pas très, très haut et, même, ce n’est pas très, très intéressant. Les conseils « techniques » se résument le plus souvent à de simples remarques de bon sens du style (attention, je cite, hein) : « Cherchez le type d’arme dans Cyberpunk RED qui se rapproche le plus de la vôtre ». Oui, il suffisait d’y penser, en effet…

La suite ne désorientera pas plus le vétéran puisqu’il s’agit d’un screamsheet, c’est-à-dire un mini-scénario composé d’un faux article de « journal », de quelques conseils et aides de jeu (plan, interface pour hacker…) et hop, tu tiens tout ton vendredi soir avec ça. Cela a le mérite d’exister mais ce n’est quand même pas très, très inspiré non plus. Sympa en bonus gratuit mais peu utile dans un ouvrage en dur à annexer à sa ludothèque.

La section suivante est du même ordre et c’est légèrement embêtant puisqu’elle occupe un bon tiers du bouquin : il s’agit d’une collection de PJ prétirés (transformables bien sûr en PNJ) suivie de quelques exemples génériques d’architectures Net à hacker. Clairement du matos utile mais que l’on aurait aimé avoir en feuilles volantes avec l’écran ou en simple PDF à imprimer au gré des besoins. Là, pour être utilisable, il va falloir… photocopier la compilation papier de PDF ! Ouah, cela devient vraiment chelou, en fait.

L’aide de jeu suivante est consacrée à une innovation technologique : les cybersièges (nan, rien à voir avec les toilettes japonaises…). Rigolo. Mais le propos s’étale sur trois pages là où, objectivement, cela tenait précédemment en une demi-page dans un quelconque Chromebook dont chaque édition contenait des dizaines et des dizaines d’objets de ce type. Un peu frustrant.

Le (presque) meilleur est pour le fin. Pas mal de pages sont en effet consacrées à une sorte de gros MMO médiéval-fantastique dans lequel les habitants de Night City aiment se changer les idées en devenant des archers elfes en mission pour sauver le monde des griffes des nécromants. L’idée est assise sur un fil précaire balançant entre gros potentiel à la Inception et joyeux foutoir un peu débile. Hélas, comme souvent avec les jeux cyber de R. Talsorian, c’est plutôt le second volet qui est abordé avec création de PJ spécifiques, armes médiévales, nombreux prétirés (encore !) archers elfes (oui, oui, on est encore dans Cyberpunk). Un jeu dans le jeu pour se défouler, quoi. A l’inverse, tout ce qui concerne les passionnantes interactions entre monde réel et mondes virtuels (PNJ se ruinant en pay to win, rendez-vous virtuel pour une affaire bien réelle, cyberharcèlement via le MMO, etc.) est peu voire pas du tout proposé par ces quelques pages qui, là encore, engendrent plus de frustration qu’autre chose.

Le livret se termine avec le passage le moins discutable : un topo plutôt consistant sur les animatroniques, soit les drones en forme d’animaux – plus ou moins – domestiques. Six de ces créatures, joujoux potentiels des PJ ou adversaires redoutables, sont proposés avec illustrations et caracs qui vont bien. Propre.

Bon, allez, trêve de plaisanterie : on attend maintenant du sérieux pour Cyberpunk RED et on peut l’espérer enfin pour dans pas trop longtemps puisque la VO s’est enrichie à l’occasion de la toute dernière GEN CON d’un recueil de scénarios : Tales of the RED. Il s’agit d’un recueil de 9 aventures prêtes-à-jouer (pas des screamsheets à la con…) montrant de nombreux aspects de ce que peut donner une ambiance cyberpunk. On l’espère prochainement en français pour donner un peu de consistance à la gamme.

 

Une pensée sur “Interface (un peu) raide [chronique Cyberpunk RED]

  • 16 septembre 2022 à 16:28
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    Merci pour cette critique: ça m’évite de « perdre » 25€ pour une compil de pdf gratuit d’un niveau moyen bof (le passage sur le siège netrunner… il arrache 😉 )

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