Abstract Steampunk [chronique]

Abstract Donjon a été, pour moi, une véritable révélation coup de cœur de 2019 (le jeu est sorti en décembre 2018). Si vous aimez jouer de façon pulp et décomplexé, le système de jeu proposé dans Abstract Donjon est un vrai vent de fraîcheur libérateur pour les joueurs et le meneur. La seule – grosse – difficulté se situe côté meneur qui doit apprendre à changer ses habitudes et à savoir gérer le pool de dés (Cf. notre critique pour plus de détail).

Même si, suite à une souscription des plus réussie, les XII Singes ont eu le bon goût de proposer plusieurs scénarios dans divers univers (histoire de montrer tout le potentiel du système),  ce n’était pas suffisant pour consolider ces nouvelles pratiques rôlistes (pas simple d’apprendre de nouvelles habitudes…).

Alors si, comme moi, vous aimeriez qu’on vous montre comment se joue une campagne épique « façon Abstract », penchons nous ensemble sur la…pardon… les dernières sorties pour le jeu regroupées sous l’appellation Abstract Steampunk.

Abstract Donjon Initiative

La gamme Initiative!, éditée par les XII singes propose un concept fort attrayant : pour 10 € vous avez votre ticket d’entrée pour découvrir un univers, un système ou les deux. Tous les gros jeux de l’éditeur ont le droit à cette déclinaison (Hexagon universe, Skull&Bones, Trinités, Krystal, wastburg et bientôt Nephilim) et la formule semble plaire puisque chaque « numéro » se retrouve vite épuisé.

Aujourd’hui, l’éditeur fait d’une pierre de coup puisqu’il vous propose de découvrir le système Abstract Donjon (foncez !) et introduit par la même occasion l’univers pour sa campagne Abstract Steampunk.

Comme ses grands frères issus de la même collection, l’ouvrage de 32 pages contient un présentation du système, de l’univers et un cours scénario mettant tout cela en œuvre.

Côté système, vous avez la base expliquée et agrémentée de nombreux exemples. Seul manque à l’appel les conseils pour le meneur de jeu. Mais rien d’indispensable pour jouer et faire jouer le scénario inclus dans le livret. Au contraire, les quelques conseils utiles au MJ sont prodigués dans le scénario. Vous ne ressentirez donc aucun manque. Et si vous vous posez des questions, pendant la partie, sur comment gérer au mieux le pool de dés alloués pour le MJ, pas de panique, c’est un peu le passage obligé de tout nouveau meneur à Abstract Donjon.

L’univers est également présenté succinctement. On y décrit l’année 1890 version steampunk avec quelques spécificités telle que l’organisation des Ethernels (et de leurs sbires: les mousquEthers !). Ces quelques paragraphes annoncent clairement le ton pulp et fun. Une ambiance que l’on retrouve également dans le scénario proposé en fin d’ouvrage.

Dans ce dernier, les PJ sont recrutés pour participer à la première expédition vers le pôle nord. En concurrence avec un délégation allemande. Bien évidemment, le voyage ne se passera pas comme prévu. L’aventure prend place en 1898, soit un an avant le début de la campagne Abstract Steampunk (vous pouvez tout à fait garder les mêmes personnages si vous comptez poursuivre l’aventure).

Le livret est accompagné de 3 aides de jeu et de 5 pré-tirés. Un petit regret sur ces derniers : on aurait aimé que le verso soit utilisé pour reprendre la mise en page si particulière d’une feuille de personnage d’Abstract Donjon plutôt que de rester vide.

Quoiqu’il en soit, sans surprise quand l’on connaît le reste de la collection, cet Abstract Steampunk Initiative reste un très bon livret de découverte et propose tout le nécessaire pour passer un excellent moment de jeu.

Abstract Aventures Steampunk

Après cette mise en bouche proposée par son livret initiative, attaquons-nous au cœur de cet Abstract Donjon à la sauce steampunk : la campagne sans nom intitulée par défaut Abstract aventures Steampunk.

Composée de 5 scénarios, cette dernière vous fera voyager en France, mais également en Afrique, en Russie et en Amérique. Chaque destination sera l’occasion de jouer dans des ambiances et des thématiques différentes (exploration, politique, colonialisme, etc.). Malheureusement, même si l’intrigue en tant que telle (et les scènes de jeu qu’elle amène) est bonne, le supplément manque cruellement d’illustrations qui lui permettrait de renforcer son cachet steampunk.

Oh bien-sûr, on y retrouve des armures « mecha » à vapeur, des dirigeables et d’autres inventions exotiques (que les joueurs pourront récupérer et utiliser sous forme de cartes), mais le manque de visuel inspirant se fait cruellement ressentir.

Ceci étant l’immersion, dans l’aventure à défaut de l’univers, se fait aussi et surtout à travers les nombreuses aides de jeux proposées dans le supplément et dans une pochette dédiée vendue (d’ailleurs, cette pochette est d’autant plus appréciable que les aides de jeux y sont proposées en couleur).

Univers steampunk, immersion à travers les aides de jeux, ok. Mais qu’en est-il de l’intrigue ?

Classique dans son approche, mais intéressante dans sa réalisation, l’introduction de la campagne débute par la réception d’un courrier par les PJ. La simple lecture de l’expéditrice de ce courrier, Mme John Oppenstein Junior, est l’occasion de lancer un flashback riche en péripéties qui a tout de suite le bon goût d’immerger les joueurs dans l’histoire et de créer une relation forte avec les premiers PNJ rencontrés.

Cette introduction est aussi, pour le meneur, l’occasion de montrer tout le potentiel narratif du système Abstract.

Le fil rouge de la campagne est de sauver le fils de Mme John Oppenstein Junior. Ce prétexte sera l’occasion d’emmener les PJ en Province, en Afrique, en Russie et…. c’est une surprise pour les joueurs qui iront jusqu’au bout de l’aventure.

La campagne comporte de nombreuses qualités : son intrigue, qui donne l’occasion à des scènes épiques, mais aussi de mettre en jeu des personnalités historiques. Mais son point faible réside dans la restitution de l’univers flamboyant – visuellement – qu’est le steampunk.

Un univers en kit

A défaut de visuels inspirants, le meneur peut s’en sortir grâce aux suppléments de contextes : Le guide de survie du MJ Steampunk (générique pour tout univers steampunk) et le très bon Criminels, mercenaires et comploteurs.

Dans le premier, vous trouverez huit tableaux pour générer de l’aléatoire sur les thématiques suivantes :

– Noms de rue (ex : Avenue de la poudrière)

– Personnes à rencontrer en ville (ex : Eva Lee – femme de 32 ans, costumière dans un théâtre, qui a pour habitude de porter certain costume qu’elle réalise)

– Personnes à rencontrer en marge des grands centres urbains (ex : Cornie Burett – femme de 21, sans profession. Nouvelle dans la région, elle est venue ici pour chercher fortune en mettant le grappin sur un homme riche)

– Des livres publiés au XIXe Siècle (ex : Anatomy : Descriptive & Surgical de Henry Gray. 1858, anatomie humaine illustrée)

– Des traités et romans plus ou moins scientifiques (ex : Dans les profondeurs de Julius Ever. Fiction. Plagiat de 20 000 lieux sous les mers de Jules Verne)

– Des objets divers (ex : une cravache, utilisé pour l’équitation)

– Des objets de sciences et d’industries (ex : Ampoules à incandescence. En verre. De différente taille et puissance)

– Des curiosités en extérieur (ex : Une paire de poteaux de bois d’environ un mètre de haut et planté dans le sol. Au dessus, se trouve un cadre en bois sculpté. Il est vide)

Le second est ô combien plus consistant (128 pages. Autant que la campagne en elle-même) et vous propose la description de 15 factions, un scénario et 6 pré-tirés. Chacune écrite par des auteurs ayant œuvré chez les XII Singes. Cette diversité de plumes se ressent dans la variété des thèmes et des genres décrit dans ces groupes.

Un adage dit que pour faire une bonne histoire, il faut un bon méchant. Alors, vous imaginez mon intérêt et mon enthousiasme pour un supplément intitulé Criminels, Mercenaires et Comploteurs !

Disons le tout de suite, je trouve ce supplément plus intéressant qu’un bestiaire (si vous me permettez la comparaison) : les protagonistes ont de vraies ambitions ou projets dans lesquels les PJ pourront contribuer ou interférer, le temps d’un scénario ou plus.

Pour chaque faction, vous trouverez une présentation de l’organisation, son histoire, son aire d’effet géographique, ses ressources, ses méthodes et, pour conclure, 2-3 pitchs d’intrigues dont certains sont vraiment inspirants.

Vous trouverez bien évidement quelques encarts techniques décrivant les statistiques des principaux protagoniste à la sauce Abstract.

Le supplément se termine par un scénario calibré pour des personnages expérimente. Idéalement, à jouer après la campagne Abstract Steampunk, mais des pré-tiré sont proposé en fin d’ouvrage si besoin.

Dans une ambiance très pulp, le pitch offre l’opportunité aux personnages de compléter une collection du Louvre. Pour ce faire, il devront se rendre au Nicaragua sur les traces de San Marco. Un scénario qui aurait pu être un Indiana Jones écrit par Jules Verne.

L’un des points forts du supplément, est que malgré le nombre et la diversité des auteurs (une faction = un auteur), il y a des interactions dans leur description (une faction connaît l’autre, ou l’une à infiltré l’autre, etc.). Ce qui donne de l’épaisseur et de la cohérence à l’univers. Ce ne sont pas juste des patchwork épars venus faire du remplissage ici ou là.

Vapeur toute !

Au final, Abstract Steampunk est une bonne campagne dont le principal « défaut » est son manque d’illustration. A la lecture, l’intrigue peut paraître linéaire, mais le supplément Criminels, Mercenaires et Comploteurs peut apporter un peu de diversité et de dynamisme à votre campagne.

Et il faut également faire confiance au système pour « ouvrir la narration » (exemple : les personnages interrogent un prisonnier. Ce dernier leur révèle quelques informations matérialisées sous la forme de 3D. Plus tard, quand les joueurs voudront utiliser ces informations, ils peuvent dépenser l’un de ces dés pour raconter ce qu’ils ont appris et comment ils l’utilisent).

Mais en dehors de ce que l’on peut attendre d’un supplément de campagne de JdR « classique », Abstract Steampunk a aussi la force de nous montrer, à nous MJ, comment maîtriser une campagne Abstract et nous montre par la pratique comment exploiter le potentiel du système. Ce n’est pas forcément un point mit en avant, mais c’est ce aussi ce que j’attendais de ce supplément. Et de ce point de vue, là aussi, je ne suis pas déçu.

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