Jaune et joli

Nous vous l’annoncions en avant-première ici et nous continuons de pousser notre avantage en allant jusqu’à poser quelques questions sur le nouveau projet estampillé Keutulu chez les XII Singes : La Ville en Jaune. Pour faire le tour du sujet, nous avons mis sous le feu de nos questions non seulement l’auteur, Eric Dedalus, mais aussi son directeur éditorial, Jérôme Barthas. Hopla geis !

1. Ah, OK, donc l’auteur c’est Éric Dedalus. Tristan Lhomme n’était pas dispo ?

[Jérôme] : Tristan est très occupé, ça a été une chance qu’il ait le temps de travailler sur les Encagés pour la gamme Dark Monkeys. C’était un projet personnel qu’il nous a proposé, et qui nous a emballés. On fonctionne beaucoup à l’instinct pour choisir un projet, et la Ville en Jaune a été un coup de cœur par sa thématique, son ancrage dans le paysage français et son déroulement si particulier. C’est pour cela qu’on a choisi d’éditer ce projet, porté par Éric Dedalus.

Par ailleurs, on a pas mal d’autres auteurs que Tristan Lhomme : Benoît Attinost (Rouge Delaware) et Thierry Crouzet (L’Affaire Deluze) par exemple. Sans compter notre équipe sur les suppléments Cthulhu Hack : Maxime Plasse, Nicolas Guérin et moi-même.

2. J’ai remarqué, Éric, que ta seule autre publication lovecraftienne était un scénario pour l’AdC qui se déroulait… en Alsace. Tu ne serais pas un peu casanier comme garçon ?

[Éric] : Je suis un peu casanier en effet, mais pas autant que je le voudrai ! Tu fais référence au scénario publié chez Sans Détour dans le recueil de création française Murmures par-delà les songes, qui se passe en partie à Strasbourg. Mais j’ai aussi publié dans Casus Belli et JDR MAG d’autres scénarios lovecraftiens qui ne prennent pas place dans la région. Le scénario Les corps et les esprits tournent dans l’air du soir se déroule au Pérou, L’autre en moi prend place dans un petit village qui n’a rien, mais alors vraiment rien d’alsacien et Notre père qui es aux cieux est situé dans la Station Spatiale Internationale. Et il y en a un qui ne devrait pas tarder à sortir se déroulant à … Arkham ! Du coup l’Alsace, c’est plutôt l’exception, non ?

D’ailleurs avec la sortie de La Ville en Jaune et du Guide Occulte de Strasbourg, j’en aurai fini avec la région. J’ai essayé d’aller le plus loin possible dans l’exploration lovecraftienne de la ville avec ce projet qui me tient particulièrement à cœur. En plus de la campagne, il y aura une quarantaine de graines de scénario dans le Guide Occulte si le palier correspondant est débloqué, et je ne vois pas ce que je pourrai y ajouter par la suite. Ce sera l’heure de partir vers de nouveaux horizons.

3. Mes joueurs sont bretons ou normands. Pourquoi pourrais-je avoir envie d’envoyer leurs PJ en Alsace ?

[Jérôme] : Pour avoir le plaisir (virtuel) de manger dans une winstub ! Et puis qui sait, s’ils jouent le jeu, on pourrait réfléchir à une campagne qui se passe à Quimper ou à Rouen !

[Éric] : Ils s’en voudraient toute leur vie d’être passés à côté du mystère de l’indicible choucroute tentaculaire ! Pas le choix, ils vont devoir faire le voyage !

4. Mouais mais quand même. En matière d’années 1920, mes joueurs sont habitués à la Ford T et à la tommy gun. Une campagne en Alsace, ça va faire un peu province, non ?

[Éric] : Et oui, il va falloir ranger la tommy le temps de la campagne car elle ne servira à rien… aux confins de l’univers ! Ça va être difficile d’en parler sans tout spoiler, mais si la campagne commence en Alsace, elle prend une tournure cosmique que même la capitale va nous envier. Franchement, vous avez Carcosa au seuil de votre porte à Paris ?

[Jérôme] : Et puis Strasbourg est quand même une grande ville en 1920. La campagne commence par une enquête urbaine : quasiment toute l’intrigue se déroule dans Strasbourg. Avec ses immeubles en construction, le chantier de la Grande Percée, la magnifique cathédrale, c’est un superbe cadre pour une ambiance inquiétante.

5. A part ton expérience personnelle, Éric, où as-tu puisé ton inspiration pour cette campagne ?

[Éric] : J’ai été très marqué par Les Cités Obscures, la grande œuvre de Schuiten et Peeters qui placent la ville au centre de leur imaginaire pour en faire non pas un simple décor plus ou moins passif, mais un moteur essentiel du récit. Évidemment c’est assez éloigné du mythe de Cthulhu, et je ne me souviens pas avoir croisé le moindre tentacule en parcourant leurs cités obscures, mais le fait de dérouler la narration dans un jeu de variations urbaines a été bien plus puissamment inspirant que des pelletés de monstres entassés sur l’héritage d’un vieil oncle. Et comme en jeu de rôle on n’a pas besoin de faire valider un budget décor pour transformer une ville, je me suis fait plaisir : la ville est devenue un gigantesque terrain de jeu qui n’en ressort pas indemne ! Il faut aussi préciser que la ville de Strasbourg est bien plus qu’un simple décor dans la campagne, c’en est un des enjeux.

Et l’autre source d’inspiration c’est… l’histoire singulière de la ville elle-même que j’ai tissée et entremêlée à la trame de la campagne pendant des années de recherches. En se plongeant dedans et en tournant les pages jaunies de vieux volumes oubliés, on découvre une histoire plus qu’inspirante pour une campagne de jeu de rôle : un peintre interné en 1920 peignant des toiles maladives dans des tons parfois jaunâtres ? Un moine rédigeant d’obscures chroniques dans lesquelles il compile tous les faits étranges ? Une gravure représentant deux soleils au-dessus de la ville ? La ville fourmille d’inspirations insolites et étranges dès qu’on sort un peu des sentiers battus.

6. Tu as donc déjà publié pour l’AdC mais là, cette fois-ci, c’est pour le Cthulhu Hack des XII Singes. Ça change quelque chose pour toi ?

[Éric] : Et comment ! Avec le système Cthulhu Hack les PJ ne risquent plus d’être bloqués par un échec à un test de TOC, du coup tu peux te concentrer sur l’histoire plutôt que de chercher à tout prix à trouver une deuxième (voire une troisième !) manière de leur permettre d’obtenir l’indice crucial pour avancer dans le scénario. Jouer avec Cthulhu Hack c’est mettre le système au second plan. Il est là, mobilisable dès qu’on en a besoin, mais les jets de dés ont moins d’importance qu’avec le système de la V7 puisque l’obtention d’un indice ne dépend plus du jet de dés. En revanche cela rend les joueurs plus soucieux d’éviter de faire des jets inutiles puisqu’à chaque test ils risquent de voir leur dé de Torche ou Bagou réduire de taille. L’attrition comme base du système : c’est finalement très lovecraftien !

7. On commence à connaître la petite musique des foulancements de campagnes lovecraftiennes des Singes : on croit qu’on vient y acheter une campagne et on repart avec plein d’autres livres et goodies. Là, si je veux vraiment m’en tenir qu’à la campagne, c’est jouable ou je rate des choses ?

[Jérôme] : La campagne s’appuie sur le Guide occulte de Strasbourg, qui est un ouvrage utilisable même en-dehors de Cthulhu Hack (c’est une mine d’or d’inspiration, Éric a fait un superbe travail pour exhumer les légendes et les expliquer à la sauce Lovecraft).

Après, comme d’habitude, on propose un pack contenant des bonus, qui sont des versions imprimées à part afin de faciliter la prise en main et d’accroître l’expérience ludique : plan de la ville, écran de jeu, aides de jeu, trombinoscope, livrets de personnages. C’est optionnel, mais de notre côté on ne joue plus sans ce genre de matériel. Comme depuis les débuts des XII Singes, notre objectif reste le même : proposer du matériel ludique, pour que les joueurs aient des choses à manipuler. C’est la raison pour laquelle on a toujours publié beaucoup de scénarios, et maintenant grâce aux financements participatifs on peut aussi proposer des packs MJ qui contiennent du matériel qu’on n’aurait pas pu produire avant. Donc pour répondre à ta question, oui c’est jouable sans, mais ce serait dommage !

8. Dîtes, les XII Singes, vous avez trouvé un filon, là. Après, ça va être quoi ? Bouillabaisse de Profonds à Marseille ? Nyarlathotep fait des crêpes à Carantec ? Hein ?

[Jérôme] : La Ville en Jaune est vraiment un projet personnel d’Éric. Le Guide occulte de Strasbourg suscite déjà l’enthousiasme sur les réseaux sociaux, et il y aurait matière à créer des Guides occultes d’autres villes. Si des auteurs ont des propositions en ce sens on les étudiera. Mais dans tous les cas, on songe à effectuer des guides d’autres villes si celui de Strasbourg a du succès.

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Le foulancement de toutes ces belles choses très jaunes débute sur Game On Tabletop dans une poignée de jours.

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