Oh, les Nains ! [chronique – Les Terres d’Arran]

Je commence à avoir un bon passif sur la prolifique gamme des Terres d’Arran. Je me suis fait bombarder chroniqueur du Fix sur cette gamme à la surprise générale. La mienne la première. Je rappelle, sans raconter ma life à l’excès, que je ne connais pas la BD dont ce jeu est une déclinaison et que je ne suis pas trop branché sur le medfan traditionnel à base de nains, elfes, donjons, etc.

Pour autant, cela nous a semblé une bonne idée de voir si cette gamme, qui s’appuie notamment sur pas moins de deux boîtes de découvertes (celle estampillée Elfes, chroniquée ici : http://lefix.di6dent.fr/archives/13029 et, donc, celle marquée Nains dont il va être question ici), était à même de surprendre le béotien en lui donnant envie de sortir ses D20 et ses figouzes en carton pour emmener quelques amis explorer de sombres souterrains. Si vous n’êtes pas un fidèle lecteur du Fix (ouuuh), je vous la fais courte : plutôt oui, en dépit de quelques bémols (surtout concentrés sur le livre du MJ ici : http://lefix.di6dent.fr/archives/14812)

Et même carrément oui si on s’en tient à la seule boîte Elfes qui, je l’admets aisément, m’avait fait tomber sous son charme plutôt rustique. C’est donc avec plaisir que je découvre cette boîte Nains. Mais les yeux de Chimène ne me font pas perdre toute raison. J’aborde aussi cette chronique avec une question lancinante : pourquoi Diable un jeu aurait-il besoin de deux boîte d’initiation publiées coup sur coup en moins d’un an ?!

Quand on ouvre cette jolie boîte en carton fort, on a une impression de déjà vu (à prononcer avec l’accent hollywoodien) et on retrouve donc la profusion de chouette matos qui fait envie et qui était déjà présent dans Elfes. D’emblée, cela lève le risque d’une éventuelle confusion : avec ses dés, son écran et tout, cette boîte est bel et bien totalement autonome et ne nécessite en rien de posséder Elfes dont elle serait la suite (pas comme dans Quintessence du même éditeur, vous voyez ?). On est donc bien devant cet étrange objet : une boîte d’initiation bis à laquelle on demande de faire exactement le même job que la précédente, peut-être en rajoutant la contrainte « montrer que le jeu est riche et pluriel » en plus. C’est un peu comme les kits de découverte des jeux Star Wars de FFG mais eux avaient au moins l’excuse d’être présentés comme autant de jeux indépendants (même si, en fait…).

Nous avons donc des livrets (on y revient), un bloc de plans et d’aides de jeu à détacher (itou), des fiches de prétirés bien illustrées, un bloc de feuilles de PJ vierges au cas où, des ‘gurines en carton avec leur socle, un set de dés maronnasse, une grande carte plastifiée effaçable à sec et bi-face. Et même un écran. C’est là où ça devient un peu chelou. Les livrets et le bloc d’aides de jeu, c’est pour la campagne inédite. La carte aussi. Les prétirés pareil (spoiler : ce sont des nains, pas des elfes). Les figouzes en carton, ça fait toujours plaisir et les dés… euh… on pourra toujours les rétrocéder à un neveu ou une petite cousine. Mais l’écran ? C’est déjà le troisième écran publié pour un jeu qui n’a même pas encore un an. Je crois que je suis devenu trop vieux pour ce monde (soupir).

Bon, en revanche, si vous aviez fait l’impasse sur Elfes et que l’écran en béton armé hors de prix de la gamme complète n’est pas pour vous, cela vous fait quand même un chouette écran, bien illustré et fonctionnel et tout. C’est du souple mais les vrais le savent : le souple, c’est le Bien. Ceux qui ont mal au dos et jouent hors de chez eux savent de quoi je parle, pas vrai ?

Minuscule originalité par rapport à Elfes, le gros livret unique a ici été remplacé par trois petits livrets tout mince : l’un pour les règles, les deux autres pour les quatre épisodes de la campagne. Pourquoi pas ? Ce n’est pas franchement indispensable mais ce n’est pas plus mal non plus.

Le livret de règles est légèrement différent de celui de Elfes… non, je veux dire : en plus d’être illustré par des tonnes de naines et de nains. Même s’il conserve deux petites pages (bien faites d’ailleurs) sur « qu’est-ce que le JdR ? », il a en revanche abandonné toute velléité, même minimale, d’expliquer ce que sont les Terres d’Arran. Pour moi qui est tout le reste de la gamme, c’est tant mieux. Cela peut quand même surprendre celui qui voulait vraiment découvrir cet univers de jeu en n’achetant que cette boîte là. Cela dit, comme pour Elfes, la découverte de l’univers de la BD se déroule essentiellement à travers les différentes Voies des personnages et, bien sûr, par la campagne.

Comme pour Elfes, un bon tiers du livret est donc occupé par la description des différentes Voies, culturelles et d’occupation, spécifiques aux nains. Curieusement, celles-ci présentent quelques différences avec celles des règles complètes et s’arrêtent au rang 4 (au lieu de 5). Cela fait un peu mesquin, quand même… A noter qu’il existe aussi des règles suffisantes pour créer son PJ nain avec tout ça et qu’il n’est donc pas indispensable d’utiliser les prétirés fournis dans la boîte.

Dans le même ordre d’idée, le livret se termine par un bestiaire conséquent d’une douzaine de pages qui dépasse le cadre de la campagne fournie. En clair, le livret peut suffire à créer ses propres scénarios pour peu qu’ils s’inscrivent dans le contexte présenté dans la campagne (sa suite ou un épisode spin off, par exemple). La campagne prévoit une montée jusqu’au niveau 5 pendant que les règles fournies peuvent permettre de pousser les persos jusqu’au niveau 9. L’usage de la boîte ne se limite donc pas strictement à la campagne prête-à-jouer. Ça, c’est plutôt fair play.

Celle-ci est très similaire à celle de Elfes : elle a été prévue pour les prétirés quand même, débute de façon très directe (in media res dirait ma prof de latin du collège), est découpée en 4 courts épisodes (c’est plus une mini-campagne voire un très gros scénario qu’une réincarnation des Masques de Nyarlathotep) et est globalement très beaucoup directive.

A titre personnel, elle m’a moins séduit que celle de Elfes. Cela dit, avant d’en venir à la douloureuse, je voudrais rappeler l’immense qualité qu’elle partage avec sa grande sœur aux oreilles pointues : elle est plug & play. Tout est très bien décrit. Il y a de nombreux encadrés et notes marginales qui vous prennent par la main : un MJ débutant se sentira rassuré. Et un MJ expérimenté pourra jouer aux jeux vidéo jusqu’à 15 mn avant l’arrivée de ses joueurs tout en s’en sortant quand même. Surtout, la boîte se justifie en fournissant un incroyable confort matériel au MJ : la grande carte à étaler devant les yeux ébahis des joueurs, la fiche illustrée du moindre PNJ et, surtout, les plans et autres indices à distribuer sont tous reproduits sur un bloc couleurs facile à détacher. Il n’y a pas que les PJ qui sont sur des rails, le MJ aussi !

Malgré tout, je classerais cette campagne Nains un cran en dessous de la précédente, notamment parce que j’ai ressenti moins de diversité dans les ambiances. Il y a un peu trop de passages dans de sombres donjons et un peu moins d’autres paysages à explorer. Ça sent un peu le renfermé, quoi.

Surtout, il m’a semblé que le côté directif était ici parfois excessif, jusqu’à remettre en cause la viabilité du jeu au cas où, chose incroyable, les PJ feraient autre chose que ce qui est prévu dans le script. C’est surtout gênant dans l’acte 4 qui repose sur du retournement de situation à grand spectacle ; or, cette mécanique bien huilée ne peut advenir que si les PJ font exactement ce que le script a prévu pour eux… sans forcément les y contraindre explicitement. Or, de mon expérience des loustics, jamais de la vie je ne vois un groupe lambda de PJ se comporter comme l’auteur espère qu’ils le feront. Pour un MJ encore naïf, cela risque d’être la douche froide.

Pour le reste, la campagne présente une situation intéressante et donne justement le beau rôle avec des PJ qui auront à faire face à des dilemmes et des cas de conscience cruels… mais choses qui s’accommodent mieux d’une fin ouverte plutôt que scriptée, forcément. Il faudra donc un peu de travail à un MJ expérimenté pour adapter cette fin de campagne. Les autres, je le redis, prennent des risques…

Au final, même si elle se classe un cran au-dessous de Elfes (en même temps, pour des personnes de petite taille, c’est plutôt logique…), la boîte Nains continue de posséder suffisamment de qualités pour que vous la considériez d’un bon œil : c’est prêt-à-jouer  (ou presque, donc…) et le rapport qualité-prix du matos fourni est assez exceptionnel.

En revanche, on reste peu convaincu de l’utilité d’une deuxième boîte de découverte : elle ressemble beaucoup à sa prédécesseuse mais en légèrement moins bien. De plus, il est compliqué de combiner le matériel de cette boîte avec les livres de base et encore plus de connecter les deux campagnes Elfes et Nains (pas les mêmes peuples, deux campagnes prévues pour des bas niveaux…). On attend donc avec impatience la campagne officielle du jeu qui permettra d’emmener son groupe de niveau 5, soit de nains, soit d’elfes, vers des horizons plus lointains.

2 pensées sur “Oh, les Nains ! [chronique – Les Terres d’Arran]

  • 15 octobre 2021 à 21:06
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    Pour avoir la gamme en boutique, c’est un vrai plaisir d’avoir un tel choix de boîtes d’initiations ! Après tout, Donjon&Dragons viens de faire la même chose avec son Kit d’initiation et son « L’Essentiel ».
    On le voit en boutique aussi comme l’option suivante : un ou des joueurs qui auraient découvert le jeu via une boîte d’initiation peuvent se procurer la seconde pour cette fois s’essayer à la maîtrise, plutôt que refaire les scénario qu’ils ont déjà joué.
    Pour un univers aussi « polarisé » que les Terres d’Arran, dans la logique des BD qui sont également types « Nains » « Elfes » « Magiciens » etc, ce n’est pas trop choquant de retrouver ces divers éléments en jeu de rôle.
    Enfin, les clients de leur côté n’ont pas de sentiment de surcharge mais plutôt de choix dans la pratique.

    Merci pour cette superbe étude en tout cas, ça donne envie ! On sent tout de même une plume moins séduite que pour « Elfes ». Mais qu’à cela ne tienne, j’ai toujours été « team nains » alors c’est cette boîte que je maîtriserais en association ^^

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  • Ping : BBE coince la bulle - Le Fix

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