Oh my Lord !

Sullivan Lord, plus connu de nos services pour ses romans que pour ses activités de rôliste, a surpris son monde en appelant les foulanceurs à l’aider à financer un projet de jeu de rôle d’initiation « évolutif » basé sur son roman, Utopia, penser nuit gravement à la santé. Ce n’est pas peu dire que deux ou trois bricoles de ce CF nous ont surprises. Du coup, le mieux, c’était de demander directement au Lord.

1. On est un peu surpris par tes références en matière d’édition de JdR : les jeux TSR des années 80 (D&D, Marvel Super Heroes…). Ouch. T’es sincère ou bien en fait t’es juste vieux ?

Les deux. Peut-être aussi un brin de nostalgie. De TSR, je garde surtout la magie d’un éditeur qui sortait un tout petit ouvrage et te permettait de jouer avec pendant des années grâce à ton imagination. On n’avait pas besoin de te filer dix pavés de 200 pages pour t’expliquer que tel quartier était comme ça. Tu avais quelques lignes et tu brodais le reste. C’était ça le jeu de rôle. C’est vers cette magie que je veux revenir.

Mais ta réflexion est judicieuse en ce qui concerne ma vision particulière de notre loisir favori. Allez flashback. J’ai commencé le jeu de rôle à 11 ans, écrit mon premier scénar pour Chroniques d’Outre Monde à 16, finalisé Cobra le jeu de rôle à 23 et publié mon premier roman, Elégie pour un vampire, à 26 ans. Mais je te rassure, je suis loin d’être aussi vieux qu’on pourrait le penser vu que j’ai commencé très jeune. Après ce que j’ai toujours adoré chez TSR, ce n’était pas uniquement leurs mondes, mais surtout les dizaines et dizaines de scénarios qu’ils éditaient. Et quand on est un MJ boulimique, du scénar il en faut des masses si on veut jouer tous les week-ends. A titre d’exemple, j’ai mastérisé l’intégralité des modules de Dragonlance et la quasi totalité de ceux de Ravenloft ou de Marvel. J’ai pas peur de dire que je suis devenu bilingue grâce aux romans et aux gammes de TSR. Aujourd’hui encore, si un jeu ne possède ni scénario ni campagne, no way. Je ne m’y attarde pas. Après tu me parles de jeux poussiéreux, mais Cthulhu (dont j’apprécie les scénarios, mais pas nécessairement le système vérolé) n’est pas de prime jeunesse, non plus. Je préfère amplement le Gumshoe qui serait clairement parfait sans aucun dé.

2. Ce qui nous étonne également, c’est le montant fixé comme objectif : 20 000 euros. Ça semble beaucoup par rapport aux standards des crowdfundings de JdR. Pour mémoire, l’objectif de la VF de la 7ème édition de L’Appel de Cthulhu, c’était 10 000 euros. Tu as prévu de refaire ta toiture ou d’installer une piscine, c’est ça ?

On a voulu sortir des livres cartonnés, en couleur avec du papier de qualité photo, ce qui n’est clairement pas donné. On voulait également éditer une gamme complète en une seule fois, pour éviter le coup de l’éditeur un peu pépère qui sort son livre tous les ans ou tous les deux ans. Moi, quand j’ai envie de jouer à un jeu, je n’ai pas envie d’attendre 2 ans qu’on me le traduise ou qu’on me l’écrive. Quand je jouais à Vampire, j’achetais toujours les extensions en Anglais. Plus rapide. Plus efficace. Devoir se dire j’attends deux ans un supplément, c’est pas ma tasse de thé. On a également engagé d’excellents dessinateurs qu’il convenait de dédommager décemment pour les heures qu’ils avaient passées sur leur planche à dessins ou devant leur tablette graphique et pour le coup, ils sont tous sacrément doués. L’objectif était de dédommager tout le monde, de l’artiste à la partie expédition des colis. On avait également mis un montant assez élevé pour pouvoir acquérir une très grosse licence derrière, s’associer éventuellement à un autre éditeur à parts égales et révolutionner un peu le milieu du jeu de rôle. Si si. Malheureusement, on va devoir changer notre fusil d’épaule sur ce coup car effectivement, malgré une promo correcte, les rôlistes ne nous ont pas suivi et c’est bien dommage. Cet échec va retarder d’autant nos futurs projets.

 

3. Pour le moment, on peut dire que le CF avance assez doucement. Tu restes confiant ou tu commences à baliser ?

Le bateau coule et nous avons déjà prévu nos gilets et nos canots de sauvetage. Pour pouvoir réussir notre pari, il faudrait qu’une centaine de joueurs et de joueuses se disent soudainement « Hey, les graphismes arrachent, l’univers a l’air sacrément cool, faisons-leur confiance ! ». Cela dit, je suis quelqu’un de pragmatique. Être un bon joueur, c’est aussi savoir perdre et notre pari est clairement perdu. Nous n’avons pas réussi à séduire ni les jeunes joueurs, ni les vétérans. Il nous reste deux solutions. Soit on part sur une plateforme concurrente et on revoit nos objectifs financiers à la baisse. Cette fois, on vise clairement les joueurs expérimentés (et on abandonne les débutants, malheureusement). Soit on tente un Kickstarter en langue anglaise et on vise le monde façon Docteur Evil. Car Utopia est sorti outre-atlantique, et ce serait plutôt bien pensé. Mais dans ce cas, on sort un jeu entièrement en anglais. En clair toute la démarche recommence.

4. Les jeux adaptés d’œuvres littéraires n’ont pas toujours bonne réputation car le récit et les héros préexistent aux PJ et à leurs actions. Tu arrives à surmonter ça dans Utopia, le jeu ?

Je te rejoins tout à fait. Comment faire ses marques dans Star Wars quand on a pas été crée par Georges Lucas himself ou dans Marvel quand on a pas été crée par Stan Lee ? Sur ce coup, je peux te rassurer doublement. Il existe plusieurs villes d’Utopia différentes. Autrement dit, on limite les risques de ce genre (mais on ne s’interdit pas une rencontre éventuelle au détour d’un scénar avec 451 le héros du roman). Qui plus est, comme le disent certains joueurs qui ont joué à Utopia, le roman c’est clairement le trailer du jeu. Et je suis assez d’accord avec ça. Utopia, penser nuit gravement à la santé présente l’univers, Baptême du feu jette ton agent du Sécu-Réseau dans les flammes. Ni plus ni moins. Enfin, les PJ sont les vrais héros du jeu et ils vont vraiment influer sur le monde. Ce ne sont pas des persos interchangeables à la Chtulhu devant un décors de carton pâte. Si Utopia est détruite, on efface pas tout d’un coup de baquette magique pour refaire un autre scénar. Façon, bon Cthulhu a gagné. On la refait, les amis ? Pour le coup, à Utopia, les ruines resteront et le Grand Ancien, aussi.

5. Allez, avoue. Le style dystopique, là, c’est pour plaire aux filles, non ?

Bien sûr. A fond ! Après je te dirais que j’ai toujours eu majoritairement des joueuses à ma table. Là où les autres ont une ou deux filles et quatre mecs, moi j’ai l’inverse question parité. Voire les joueurs sont en très nette infériorité numérique. Au fil du temps, j’ai appris à écrire et concevoir des intrigues qui plaisent aux joueuses, là ou d’autres MJ (qui veulent jouer entre potes) les font fuir. Alors si Hunger Games me permet de blinder mes futures tables de joueuses et bien, ce ne sera que justice ! Après tout, j’ai toujours fait en sorte de les intégrer. Autrefois, je prônais la reconnaissance du jeu de rôle, aujourd’hui, je souhaite que ce média évolue et s’ouvre à la gente féminine dans son ensemble ! Pas à une ou deux exceptions comme c’est le cas aujourd’hui, mais bien à toutes celles qui veulent s’y essayer ! Et Utopia y participera !

6. J’ai un peu de mal à voir ce que donne concrètement un système de jeu à la difficulté évolutive. C’est juste une base simpliste qui devient ensuite imbuvable à force d’ajouts et d’options ou bien c’est plus malin que ça ?

C’est une très bonne question. Tu évoques les jeux de Steve Kenson à la GOT avec sa base simpliste et ses dizaines d’ajouts qui finissent par en faire un cauchemar pour les joueurs de Rolemaster ? Et bien non, ce n’est pas l’idée. Surtout pas pour des débutants ! En fait, il y a une base qui sert pour toutes les actions et ensuite, des règles optionnelles et des variantes permettent d’ajouter tel ou tel aspect. Chaque groupe va pouvoir composer son jeu avec ce qui lui plait. Si un groupe se sent plus à l’aise avec des ressorts narratifs, les points d’Utopie seront là pour y pourvoir. Si d’autres joueurs veulent savoir exactement où atterrit chaque tir de laser, ils pourront utiliser une table de localisation et ainsi de suite. Mais il y aura toujours une base commune au jeu, notamment pour les tournois. On a aussi prévu du metagame pour les joueurs vétéran avec du jeu dans le jeu et tout un tas de trucs un peu barrés, façon Utopia.

7. Ta structure, Stat Games, c’est aussi d’autres projets de jeux dans les cartons ou bien Utopia est conçue comme une aventure éditoriale one shot ?

Utopia c’est le tremplin vers cette grosse licence dont je te parlais plus haut. C’est une licence très couteuse, mais qui je pense, a le potentiel de faire dans les 100 000 ventes, à l’époque bénie où on

employait encore le terme l’industrie du jeu de rôle car c’était un secteur florissant. J’ai aussi des vampires dans mes cartons, deux nouveaux romans, une murder qu’on écrit les gens qui travaillent avec moi. Donc ce n’est clairement que le début. Dès qu’on aura correctement repris notre envol. Pour l’heure, on va oublier Ulule et faire un break. Après, on reparlera peut-être sereinement de relancer une nouvelle campagne.

Et si vraiment on se plante, on montera une chorale. Non, je plaisante 😉

https://fr.ulule.com/utopia-le-guide-de-survie/

 

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