C.O.P.S + Cthulhu = Rouge Delaware

Rouge Delaware est un setting, un contexte de jeu servi clé en main qui vous propose une situation de départ, mais pas de fin. Libre aux joueurs et au meneur de décider de cette dernière selon les aventures vécues et les décisions prises.

Aujourd’hui, on a tendance à appeler ce type de supplément « bac à sable ». Mais ici, le terme ne correspond pas vraiment puisque Rouge Delaware est également un jeu à mission. Les PJ faisant partie d’une unité spéciale de la police appelée « Les liaisons », ils devront enquêter sur des phénomènes étranges ou sur des faits qui révéleront les aspects les plus sombres de l’espèce humaine.

Pour la gamme Cthulhu Hack, l’éditeur voit les choses en grand !

Un supplément de Benoît Attinost

Ce n’est malheureusement pas indiqué sur la couverture, mais Rouge Delaware est un supplément Cthulhu Hack écrit par Benoit Attinost. Un des co-auteur de C.O.P.S, l’auteur de Within ou encore de Maudit (une mini-campagne pour Chronique Oubliée Contemporain). Un nom qui à lui seul doit susciter votre intérêt si vous aimez un temps soit peu les enquêtes policière, l’occulte ou l’horreur.

« Bienvenue à Phila’ » !

Le terrain de jeu de Rouge Delaware prend place dans deux villes voisines, mais appartenant à deux états distincts (ce qui peut compliquer la liberté d’action et les échanges avec le FBI) : Philadelphie et Camdem, deux villes séparées par le fleuve Delaware (l’analogie est magnifiquement représentée par l’insigne brisé en couverture).

Il est à noter également que les événements du supplément se situent dans un futur proche (aux alentours de 2025), proposant ainsi une situation géographique, politique et technologique différente d’aujourd’hui et offrant une grande liberté au meneur pour s’approprier ces villes en y ajoutant ses éléments urbains et ses envies de jeu.

Ainsi, Philadelphie est surnommé « East Vegas ». Ville lumière dirigée par les mafias : Les Italiens s’occupent de casinos, les Géorgiens de la prostitution et des combats d’arènes, les Irlandais gèrent les docks et les Chinois détiennent le marché de la drogue.

Tout ça peut paraître bien organisé. Trop carré, voire même contre nature. Comment font toutes ces organisations criminelles pour se partager ainsi la part du gâteau en « paix » sans grignoter celle du voisin ? La réponse se nomme « la noblesse ». Un club très fermé qui fait peur au plus redoutable des mafieux et qui distribue les cartes du business de la ville.

Camdem, quant à elle, est malheureusement plus proche de la réalité. Ville abandonnée laissée aux mains des gangs (Bikers, Jamaïcains et Latinos) où la violence règne en maître.

La description de chaque élément de jeu est un compromis parfait entre « proposer assez de précision pour amener du jeu » et « offrir assez de liberté au meneur de jeu pour s’approprier le tout ». Pour donner un exemple plus parlant, une mafia se décrit par ses activités, ses leaders et ses relations avec ses voisins. Apportant ainsi assez d’éléments au MJ pour savoir comment et quand les jouer. Par contre, la description s’arrête là. C’est à vous de savoir quelle est la différence entre une mafia italienne et une mafia chinoise. A vous de connaître leurs règles et leurs codes. Et à vous donc de jouer ces organisations criminelles selon votre sensibilité et selon la saveur que vous souhaitez leur donner en jeu.

Autre exemple : Dans le descriptif des PNJ, en plus de leur présentation « classique » (passif, caractère, relation), vous trouverez également leur « fin » (ce qu’il va devenir pendant la campagne) ou leur réaction suite aux actions des PJ. Mais, encore une fois, libre à vous de décider du « comment ».

Le mythe

Rouge Delaware pourrait se contenter d’être un excellent setting policier moderne destiné aux amoureux du genre ou aux nostalgiques de C.O.P.S (dont je fais partie). Mais il va plus loin en saupoudrant le tout d’une dose de Mythe de Cthulhu. Car vous vous doutez bien que toute cette violence et cette dépravation dont sont victime les deux villes depuis quelques années doit trouver son origine quelque part ? Vous ne croyez pas ?

Si, juste au dessus, j’emploie le terme « saupoudrer », c’est pour une raison bien particulière. Même si le mythe est bien présent, l’auteur parle « d’étrange » (dans le cadre des enquêtes policières) et conseille même de ne jamais nommer les créatures que les PJ rencontrent. Cela permet aux joueurs qui connaissent le Mythe sur le bout des doigts de garder une part d’inconnu et de mystère.

Je ne détaillerai pas plus ici cette partie, car il serait maladroit de révéler les secrets. Sachez par contre que vous trouverez dans les 96 pages que comprend ce supplément toutes les réponses dont vous avez besoin. Aucun mystère n’est laissé en suspens.

Le bac à sable à missions

Mettre en jeu une ville « bac à sable » est une chose. Le faire pour deux villes peut donner le vertige à un MJ peu habitué à cet exercice. Rassurez-vous, l’ouvrage propose deux scénarios d’enquêtes et se conclut par quelques pistes et éléments à mettre en jeu. Bref, vous êtes pris par la main pour profiter tout de suite du supplément.

Dans la première enquête, les PJ se verront affectés à une enquête somme toute pas si étrange : une femme a été retrouvée morte, une balle dans la tête, le long du Delaware. Par contre, on a également retrouvé une langue (qui n’est pas la sienne) dans ses sous-vêtements. Hum. Cette affaire est un excellent prétexte pour mettre en jeu les différents éléments de l’univers.

La deuxième enquête, plus courte, s’avère encore plus étrange : des membres humains, appartenant tous à la même personne, ont été retrouvés éparpillés dans Philadelphie et Camdem (seule la tête manque à l’appel). Plus orienté action, ce scénario peut avoir une durée de jeu plus conséquente si vous souhaitez privilégier les fausses pistes.

Conclusion

Rouge Delaware est un supplément de 96 pages de pur background prêt à jouer. Enquêtes policières, gangs, mafias et mythe de Cthulhu s’avèrent être un cocktail savoureux d’autant plus quand il dosé juste comme il faut.

Si le contexte vous attire un tant soit peu, il serait dommage de vous arrêter au fait qu’il soit présenté comme un supplément de la gamme Cthulhu Hack. Car la partie système du supplément est quasi inexistante (quelques blockstats pour les PNJ et conseil de jet de dés dans les scénarios), ce qui en fait un supplément générique dont il serait dommage de se priver.

Et ça tombe bien, j’étais en manque de COPS.

Une pensée sur “C.O.P.S + Cthulhu = Rouge Delaware

  • 26 février 2020 à 09:31
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    Super critique, ça donne envie merci 🙂
    Les jeux de flics manquent. Je vous conseille la mini série Criminal sur Netflix d’ailleurs.

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