Ta vie en une page

Nous, chez le Fix, on aime bien Côme Martin. D’abord, parce qu’il vient toujours avec des propositions de jeu qui nous font lever le sourcil et, du coup, on peut se lâcher dans nos interviews en lui posant des questions à la con. Et on l’aime bien, deuxio, parce qu’il répond du tac au tac et que ça donne des échanges sympas et qui, on vous laisse en juger, donnent selon nous envie d’en savoir plus sur les curieux jeux de cet auteur « pas comme les autres ». Aujourd’hui, Côme vient nous parler de son audacieux pari de faire financer lors du Zinequest de cette année des… jeux en une-page réunis sous l’intitulé, La trilogie de la vie. Et sur Kickstarter en plus. Avouez que cela méritait bien quelques questions à la con, non ?

1. Un foulancement pour des jeux en une page ? Je… Tu… C’est une blague, j’imagine ?

Eh oh, tu sais combien ça coûte un jacuzzi en or ? Tu sais combien je dépense pour payer mes prête-plumes qui écrivent mes jeux de rôles à ma place, hein ?
Note que j’aurais pu écrire ici une blague sur le coût du papier qui augmente, sauf que ça n’est pas une blague 😀
En tous les cas, oui, j’ai besoin de faire un foulancement pour payer la mise en page et l’impression de jeux en une page, à la fois en français et en anglais, ce qui nous amène à la rondelette somme de 2000 euros ; je pourrais casser ma tirelire pour ça, mais c’est pas avec les 280 euros par mois que j’ai touchés l’année dernière grâce au JdR que je vais faire fortune. Bref, comme je ne fais pas ça pour l’argent, mais que je ne fais pas ça non plus pour perdre de l’argent, ben j’ai besoin d’en appeler au bon vouloir des souscriptrices et souscripteurs, que ce soit pour des jeux de 130 pages… ou d’une seule page !

2. Moi, naïvement, je pensais que les jeux en une page, c’était pour favoriser la diffusion (dans tous les sens du terme) du JdR auprès de tous les publics. Ce n’est pas un peu antinomique avec une version payante et forcément un peu confidentielle (tout le monde ne va pas sur les plate-formes de crowdfunding rôlistes). ?

Je suis tout à fait d’accord avec toi, les jeux courts sont très bien pour favoriser la diffusion du JdR, c’est même pour ça qu’on a co-créé troplongpaslu.fr avec Melville et Julien Pouard il y a quelques années !
Mais figure-toi, et j’espère que tu es assis parce que personnellement ça m’a fait un choc, qu’il y a un monde en dehors d’Internet et même que certaines personnes ne connaissent pas ce site ! Je sais, c’est un scandale. Heureusement pour elles, je propose régulièrement mes jeux ainsi que ceux de tout un tas de gens incroyables au sein du collectif Le Rayon Alternatif, qui sillonne les conventions de France et de Navarre ; du coup, proposer des jeux courts en version imprimée, à petit prix, permet de toucher ce public-là, qui vient pour acheter du Donj’ et se rend compte, en passant devant notre stand, que tout un autre monde existe !

3. Bon, admettons. Alors, t’as fait comment : tu en as pris trois au hasard et hop, ça fait un recueil ?

Comment j’ai fait ma sélection ? Ben, en lançant 1d20 + modificateurs, je suis pas un monstre quand même.
Nan, le truc c’est que des petits jeux, j’en ai plein ma besace : 41 au dernier recensement. Et forcément, quand tu écris plein de jeux, à un moment tu te rends compte que certains ont un air de famille, des thèmes qui reviennent, des obsessions qui se révèlent.
C’est le cas pour ces trois jeux-là : ils partagent un certain goût pour l’expérimentation, comme la plupart de mes jeux courts (y a pas de MJ, pas de dés, c’est fait pour des parties courtes) mais aussi et surtout un côté chill et feel good tout à fait revendiqué. J’assume le côté « film français » du titre du projet : ce sont bien trois jeux sur la vie, sur ce que la banalité de l’existence peut avoir de beau, sur les petits détails qui font la différence à la fin d’une journée. Bref, ce sont des jeux sur l’espoir et la poésie du quotidien, parce que je sais pas toi mais personnellement j’ai bien besoin d’un peu de douceur en ce moment.

4. Mais, en fait, pourquoi QUE trois ? Ça fait un peu ratcho, je trouve.

C’est vrai, mais figure-toi que faire imprimer 41 jeux sur du papier un peu chouette et les remettre tous en page, ça coûte une certaine somme… Et puis le monde n’est pas prêt pour « La Trilogie du chelou » qui contiendrait un jeu écrit sur papier toilette, un jeu où il faut empiler des dés sans les faire tomber et un jeu où tu joues pour faire disparaître ton personnage. Oui, j’ai écrit ce genre de choses aussi…

5. OK, OK… mais pour moi, trois jeux en une page, cela fait déjà beaucoup. Tu me connais bien depuis que je t’interviewe, pas vrai? Vas-y, fais-moi l’article pour celui des trois qui me plaira le plus !

Eh, faudrait savoir : c’est ratcho ou c’est beaucoup ?
Mais ouais, tu as bien compris que j’ai un chouchou entre les trois, même si je fais semblant que non, comme un bon parent. Enfin disons plutôt que j’aime beaucoup ces trois jeux mais qu’avec le travail qu’a fait Nicolas Folliot dessus, j’ai une préférence pour celui qui a le titre le plus long : Elle a voyagé, tu es restée / Elle est restée, tu as voyagé. On y incarne deux sorcières qui ont vécu des aventures de ouf il y a 30 ans, et puis comme le titre l’indique, l’une d’entre elles s’est casée dans la grande ville, l’autre a continué ses aventures… Et puis cet été, elles se retrouvent, et ce qu’on va jouer c’est leur conversation en temps réel, avec ce qu’elle peut contenir de silences gênés, de grands aveux qu’on ne pouvait pas faire avant, et de jalousie envers la vie de l’autre. Comme la vraie vie, mais avec de la magie, quoi !

6. Les foulancements, moi, je suis expert. Tu vas voir qu’avec les histoires de paliers, bonus, early birds et tout, tes jeux, ils vont finir par prendre la forme d’un gros manuel de 250 pages. T’es conscient de ce risque ?

Je ne peux pas nier qu’on a envisagé un cachet de cire pour le jeu sus-cité, un bandeau arc-en-ciel pour Le 7e arc-en-ciel, un pins pour ICI / MAINTENANT… Mais j’ai beau être stupide, je ne suis pas déraisonnable et je sais qu’on n’aurait pas les épaules pour ce genre de goodies qui pourtant nous ferait plaisir. Tant pis, ce sera pour les séances de dédicaces !
Non, pas de paliers supplémentaires prévus pendant la campagne, on a été raisonnables. Par contre, si tu tiens à dépenser ton argent, toute la collection (ou presque) des jeux de Côme Martin sera dispo en bonus, histoire de faire gonfler le foulancement et vider ma cave dans le même temps !
Allez, si, je l’annonce ici en exclu : si on lève 1 million d’euros, je fais imprimer les jeux sur des stèles de pierre. Des jeux en une page qui tiendront 1000 ans, pas mal comme projet…

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