Côme with me

C’est vrai qu’on l’invite souvent en interview mais, que voulez-vous ?, il n’arrête pas de sortir des projets intrigants. Vous savez de ceux don on se dit : « quoi ? Un jeu qui se passe entièrement dans un centre commercial/une rame de métro/une maison de vacances à la campagne (rayez la mention inutile) : je fais comment pour rédiger une news là-dessus, moi ?! ». Du coup, hop, interview pour que l’auteur s’explique sur ses curieux pitchs. Cette fois, c’est celui de Citées abîmées, actuellement en précommande chez Dystopia, qu’on voulait interroger Côme Martin. Et pour la peine, on a aussi poser certaines de ces questions à Eugénie, son éditrice chez Dystopia afin qu’elle nous parle des choix faits pour ce jeu singulier.

 

1. La vache, j’arrive plus à te suivre, Côme : tu es un indé ou bien un bon petit soldat des éditeurs, du coup ?

C. Je suis un indé qui a besoin de manger, alors comme le jeu de rôle indé ça nourrit pas son homme, je tente le coup chez les gros éditeurs ! C’est bien ça, hein, Dystopia, un gros éditeur ? Je vais avoir un gros chèque, hein ?

E. Hum.

C. Au-delà d’une question d’amitié (tu sais comme c’est chez les indés, c’est pire que chez les Francs-maçons) c’est aussi mon indécrottable envie de tenter des modèles différents, avant tout par curiosité. J’ai sorti des jeux auto-financés, j’ai fait des foulancements, maintenant c’est l’édition… Il manque plus que le mécénat et j’aurai rempli toutes les cases du bingo !

2. OK, OK… et donc comment il a fait pour te séduire cet éditeur là ? Un plus gros chèque, comme tu dis ?

C. Non mais c’est bon, j’ai compris qu’il n’y aura pas de gros chèque, t’es vraiment obligé de retourner le couteau dans la plaie ? C’est comme si je te demandais si tu étais payé pour cette interview, j’imagine que chez le Fix on roule sur l’or ? Non, sur le plomb seulement ?

C’était je crois prévu presque dès le début de la collection Jydérie que j’en fasse partie, par amitié comme je l’ai dit et aussi peut-être pour la qualité de mes jeux (mais j’en suis pas sûr…). Il a sans doute fallu attendre un projet suffisamment bizarre pour ça ! En tout cas, j’ai beau avoir essayé de faire différemment, on se retrouve encore avec un bouquin de 96 pages, désolé…

E. La vraie histoire, c’est que j’avais joué une très chouette partie de Cités affamées (son jeu en une page à l’origine de celui-ci, à retrouver sur Trop Long Pas Lu https://troplongpaslu.fr/jeux-de-role-court/cites-affamees/ ) et que j’avais beaucoup aimé. Quand Côme nous a proposé l’idée d’un jeu plus développé sur le même principe, à Anaïs et moi, on a dit « oui » avec la trouille qu’il le sorte tout seul entre temps sur un coup de tête. Heureusement que Côme est un auteur patient, en plus d’être un auteur adorable.

3. J’ai l’impression que ce jeu là parle encore de moments urbains surréalistes. Côme est un auteur qui se répète un peu, non ?

C. Ah ben tu vois, j’arrive pas à faire des choses nouvelles, c’est terrible ! J’en tire les conclusions qui s’imposent : l’année prochaine je ressors Green Dawn Mall motorisé en 5e, une version en couverture rigide de Deux Étés et un plan de métro en 4 x 3. Comme ça je me répéterai mais je serai riche.

C’est pas moi qui ai dit que j’étais un auteur, hein, c’est écrit dans le Fix donc c’est sans doute vrai ! Moi je suis mes envies et obsessions, et j’ai quand même l’impression de partir dans plusieurs directions : ne pas (trop) me répéter, ça a toujours été l’un de mes buts. Certes, il y a une très légère ressemblance entre Cités abîmées et Pendant ce temps, dans le métro, mais ce sont deux jeux qui sortent entre un Deux Étés aux accents campagnards et spatio-temporels, et un jeu rendant hommage à la « Trilogie du samedi » des beaux jours de M6 (je n’en dis pas plus pour le moment).

E. Je ne parlerais pas de répétition mais plutôt d’une touche personnelle, qu’on commence à reconnaître de jeu en jeu. Il y a une vraie tendresse pour des personnages qui ne sont pas a priori des héros. Qui sont définis plutôt par leur caractère et un détail étonnant, par exemple, que par des compétences ou des spécialités d’action. Il y a aussi une vibe un peu « BD indé », un amour du décor, des architectures, des ambiances, et un brin de folie souvent un peu meta… ou encore une évolution du quotidien vers le bizarre. Et enfin une particularité de game-design revendiquée « MJ feignant », où beaucoup d’éléments sont apportés par les joueurs et joueuses. Toute la table est invitée à jouer main dans la main pour gérer ensemble des contraintes créatives improvisées.

On a pu croiser certains de ces aspects dans Green Dawn MallDeux étésPendant ce temps dans le métro… et ils se retrouvent tous dans Cités abîmées. Ce n’est pas une répétition, c’est une quintessence, quoi.

4. Mouais. Combo ultime : est-ce que je peux prendre le métro avec Pendant ce temps dans le métro… durant une partie de Cités abîmées ?

C. Oh, moi, tant que tu achètes les deux jeux, tu fais bien ce que tu veux ! Prends plusieurs métros même tant que t’y est ! Brûle le plan à chaque fois que tu l’utilises et rachètes-en deux !

En fait, une fois dépassées les résonances esthétiques (j’aime bien l’Art Nouveau et les années 1920, sans doute parce que je suis tombé dans l’Appel de Cthulhu quand j’étais jeune rôliste), les deux jeux ne se rejoignent que par leur filiation avec Itras By : l’un (Pendant ce temps, dans le métro) par la face absurde et rigolarde, l’autre (Cités abîmées) par la face plus sombre et dérangeante.
Donc oui, tu peux mixer les deux jeux, mais attention au changement brutal de ton, ça peut faire mal aux tympans si on n’y va pas progressivement…

5. Eugénie elle-même cite Itras By comme inspiration. Tu ne veux pas juste écrire des suppléments pour ce jeu, en fait ? Ce serait plus simple…

C. Écoute, moi j’ai envoyé mon CV à 2d sans faces, l’éditeur francophone d’Itras By, et j’ai juste reçu une injonction à ne pas les approcher à moins de 500 m, donc tu peux pas me reprocher de pas avoir fait d’effort ! Ce n’est pas que je ne veux pas écrire un supplément pour Itras By (ça gratte une partie de mon cerveau où il m’est assez facile de trouver des idées) mais je crois qu’écrire pour les jeux des autres, ça n’est pas trop mon truc… Comme écrire des suppléments, d’ailleurs : j’aime trop (et de façon certainement déraisonnable) pondre des trucs complets pour ça. Tu vois, je fais vraiment tous les pires choix pour gagner de l’argent avec le jeu de rôle…

6. Ah mince, je viens de voir que le jeu utilisait un jeu de cartes classique pour son système. Moi, la crapette, tu sais… Tu crois que je vais m’en sortir ?

C. Alors déjà, tu te calmes tout de suite et tu n’insultes pas la crapette, à laquelle je continue de jouer tous les étés ou presque (mais plus avec mon père car, mauvais joueur, il m’accuse tout le temps de tricher, c’est pas ma faute s’il y a que deux cartes au lieu de 13 dans ma crapette !).

C’est bon, tu es calmé ? Moi je suis très calme.

E. Calme-toi, tout le monde est calme, Côme…

C. En tout cas, le jeu ne suit aucune règle de jeu de cartes standard, même si j’en ai bouffé pas mal en guise de recherche mécanique : je te l’ai dit, moi, suivre des trucs déjà faits, bon… D’ailleurs c’est aussi pour ça que je me suis lancé dans un jeu utilisant des cartes : j’avais déjà fait avec dés, avec jetons, sans rien du tout, fallait bien que je trouve quelque chose ! Tu me diras, j’aurais pu prendre des bâtonnets de Mikado… Eh ben je l’ai déjà fait dans un mini-JdR, toc.

E. Les cartes servent à deux choses : effectivement on peut poser une carte et regarder à quelle entrée cela correspond les tables aléatoires, ce qui va définir le focus de la scène (un élément de décor ou un figurant qui sera au centre de l’attention). Mais les cartes posées sur la table dessinent aussi le plan de la Cité petit à petit. Et elles matérialisent les fameux « réagencements », quand soudain le décor change totalement sous les yeux des personnages et est « réarrangé », soit par une joueuse qui a une carte en main et refuse la concession demandée par la Cité, soit par la Cité elle-même pour lancer une nouvelle scène alors qu’elle n’a pas de cartes jouables en main.

7. Y a pas mal de tables aléatoires dans le livre : pourquoi pas un bête D20 pour les solliciter ? Parce que moi, en fait de cartes, il me reste que mes Pokémon chez moi : galère.

C. Je serais assez curieux de voir ce que donnerait une partie de Cités abîmées avec des Pokemon sauvages en ville… C’est presque pas une si bête idée que ça, en fait ! J’appelle Nintendo illico !
J’aime bien la versatilité des cartes quand tu t’en sers pour des tables aléatoires : tu peux faire des tables à 4 entrées (cœur – carreau – trèfle – pique), à 13 entrées (de l’As au Roi), à 52 en mélangeant tout ça, et d’autres combinaisons encore… Il peut faire ça ton d20, hmm ? Non hein, alors tu vois.

E. Peut-être aussi qu’en terme d’ambiance, on imagine ces messieurs à fine moustache et ces dames à ombrelle (ou l’inverse) poser des cartes sur un guéridon à côté du service à thé plutôt que faire rouler du D20 au milieu de la porcelaine ?

8. Plan de métro, visite de ville, visite de centre commercial, été à la campagne… en fait, tu vas finir par rédiger des guides touristiques, non ?

C. Et là tu es bien emmerdé car la réponse est : oui, en fait. J’ai repris cet été un projet de roman sous forme de guide touristique grâce à une bourse d’écriture que j’ai eu la chance de décrocher via les Éditions Dystopia (quoi, encore eux !). C’est du gros boulot, alors faut pas en espérer des nouvelles avant quelques années, surtout si je continue à m’entêter à créer des jeux de rôles chelous entre-temps… Mais oui, ça fait partie de mes projets !

E. Je ne voudrais pas avoir l’ai de teaser, mais c’est un projet d’écriture non linéaire qui fait extrêmement envie : un guide touristique d’une petite ville qui n’existe pas, destiné aux promeneurs comme aux chasseurs de trésors. Perso, j’ai très hâte de voir ce résultat !

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