Le livre de recettes pour rassasier ton samouraï des rues [chronique – Shadowrun : Feu nourri]

Une gamme aussi ancienne que Shadowrun possède souvent ses habitudes, ses rendez vous obligés dans le déploiement de la proposition ludique de chacune de ses éditions.

Le livre qui nous occupe aujourd’hui est la version 6eme édition d’un point de passage obligatoire en terme de supplément de chaque itération de Shadowrun : le bouquin où les auteurs vous sortent le râtelier de flingues et autres matériels dédiés à la violence pour faire un bon boulot de runner… avec en bonus des conseils et de nouvelles règles pour la gestion des combats. Nous sommes donc avec Feu nourri devant la version SR6 de ce qu’était Run & Gun à SR5 ou Arsenal à SR4.

Alors sortez vos nuyens… voici venir Feu nourri – règles de combat dans sa version française toujours éditée par BBE. Voyons comment se porte aujourd’hui la violence dans le sixième monde.

Mise en page et illustrations : SR6 dans sa belle parure mais pas plus

Côté contenant ce supplément est en totale cohérence avec le reste de la gamme SR6 dont je vous ai déjà parlé ici et ici. Nous retrouvons donc cette mise en page claire avec ses jeux élégants de style sur la police de caractère et les fonds de couleurs de paragraphes thématiques. Le livre est donc, comme les autres de la gamme, agréable à lire et visuellement structuré. De la même manière, nous retrouvons ici une mise en image très qualitative avec de très belles illustrations … avec par exemple une nouvelle superbe illustration de couverture de notre frenchy Benjamin Giletti (que je ne désespère pas de pouvoir interviewer bientôt).

Mon bémol est un regret que j’ai de manière quasi systématique sur tous les suppléments de matériel des JdR portant sur des univers futuristes.  Nous avons bien toute une série de très beaux dessins d’illustration pour de nombreux flingues et armes de contact, mais par contre à peine deux dessins isolés pour toute la partie “tenue” (comprenez armure vu le thème du livre). Je regrette toujours que l’effort de mise en image se focalise sur les armes de poings, alors que les équipements qui marquent le plus en terme visuel un univers seront sans aucun doute les habits (quel que soit leur rôle).

Un contenu qui va bel et bien nourrir vos confrontations à SR6, mais pas uniquement

Côté contenu, comme souvent avec Shadowrun, le lecteur ne sera pas volé en termes de quantité de matière proposée. A ce propos je glisse ici une petite mention spéciale pour la courte nouvelle nommée Guerre ouverte qui en 4 pages nous propose une sympathique mise en contexte de l’usage des armes dans le sixième monde.

Après cela nous rentrons dans le vif du sujet avec un inventaire de contenu qui est impressionnant même pour un ouvrage de 150 pages :

  • Arsenal et personnalisation des armes (52 pages) : Armements et accessoires à volonté

Dans cette première partie se trouve directement le cœur de ce que nous attendons de ce type d’ouvrage, c’est à dire un inventaire de flingues et d’armes de contact (souvent dotés d’une illustration représentative). Ce qu’il faut mettre en avant sur cette partie, c’est qu’au-delà des évidentes caractéristiques de jeu, le livre propose un peu plus pour chaque équipement. Un petit texte explicatif pour meneurs et joueurs accompagne la partie système de jeu et en plus de ça, chaque arme est aussi commentée par un personnage qui donne la vision qu’un professionnel aura de ce modèle dans le Sixième monde.

Ensuite se trouve une section dédiée aux modifications et accessoires qui peuvent venir modifier l’armement présenté dans cette 1ere partie. Feu nourri propose d’ailleurs à cette occasion des règles de gestion de ces modifications, permettant à vos runners de faire leurs propres changements s’ils sont compétents dans le domaine.

Plus qu’un simple inventaire, cette partie propose tout de même une petite mise en contexte dans l’univers de jeu à travers les commentaires de personnages du Sixième monde sur tout ce qui est présenté. Cela maintient l’approche déjà mise en avant lors des premiers articles sur SR6 : proposer le très riche univers de Shadowrun par des mises en situation très pragmatiques.

  • Tous en tenue (8 pages) : Armures, style et personnalisation

Cette courte partie, comme je l’expliquais plus haut, souffre pour moi d’un manque de dessins d’illustrations des diverses tenues … surtout si on compare à la richesse dans ce domaine de la partie précédente. Cela est pour moi d’autant plus dommage que, au delà d’une présentation de nombreuses tenues profitant du même détail que le armes de la partie Arsenal, cette section propose pour ces équipements une règle de score social des armures (un effet d’Atout supplémentaire). Elles doivent donc avoir de la gueule ces armures non ?

Pour le reste, cette partie est de la même qualité que la précédente, apportant une richesse d’options importante à vos runners avec des possibilités de customisation des armures assez sympathiques (être à la mode c’est toujours un sujet en société non ?)

  • Affûtez vos talents (17 pages) : Des conseils précieux pour meneur

Fournir de nombreuses options aux runners, c’est une possibilité passionnante, mais dans un univers violent et riche comme celui de Shadowrun cela peut aussi noyer meneurs et joueurs. 

Comment préparer une opération ? Quel matériel choisir ? Quel est l’ impact de chaque type de personnage dans une équipe ? Comment gérer les choix de vos joueurs sur ces sujets quand vous êtes meneur ? … tous ces sujets sont abordés dans cette partie avec la volonté de donner des outils à celui qui se trouve derrière l’écran pour gérer ces points au mieux.

Ce qui très appréciable selon moi dans ces conseils, c’est que l’ouvrage revient souvent sur des erreurs d’interprétation que des joueurs pourraient faire sur des notions essentielles dans le Sixième monde : couverture vs dissimulation, la réputation pour les Ombres etc … etc …

Cette partie se termine par des infos de jeu permettant de mettre en action de façon pragmatique à la table des tactiques d’escouade (la compétence de connaissance Tactiques d’escouade prend donc une épaisseur nouvelle) ainsi que l’usage de réseaux tactiques et autres applications. Ce sont des sujets où la compétence des personnages dépasse souvent la compréhension de ces domaines par les joueurs qui les incarnent. Donner des conseils et un cadre de règles permet ici de donner corps plus facilement aux savoirs des runners à la table de jeu.

  • Techniques de combat (14 pages) : La règle SR6 de l’Atout mise en avant

Dans cette section Feu nourri propose une série de règles de jeu faisant la part belle aux spécificités techniques de cette 6ème édition, et tout particulièrement le système d’Atout qui est la grande nouveauté de cette toute dernière version de Shadowrun.

Une longue liste de nouvelles actions d’Atout est donc proposée ici, élargissant encore le répertoire des effets spéciaux pouvant être obtenus en combat. A cela s’ajoutent des règles pour apprendre les arts martiaux et leurs techniques. Cela ouvre de nouvelles possibilités pour le combat au corps à corps qui demanderont d’être regardées de près, car elles apportent des facilités et des avantages non négligeables.

A noter aussi la description de trois nouveaux états (Déséquilibré, Estropié et Muet) qui sont mis en jeu par les règles présentées dans ce livre.

  • Plaisirs brutaux et Conclusions violentes (25 pages) : Réfléchir la violence et ses conséquences

Sûrement la partie la plus surprenante et la plus intéressante de cet ouvrage. Feu nourri, qui nous apporte une multitude d’outils nouveaux pour brutaliser autrui, introduit ici une réflexion poussée sur la place de la violence dans le Sixième monde et ses conséquences.

Dans cette section, le lecteur est interrogé sur la légitimité de l’usage de la violence, la hiérarchie qu’il peut y avoir dans les façons d’y faire appel et quels impacts son utilisation peut avoir sur la position sociale et l’équilibre mental.

SR6 s’appuie sur ces questions pour proposer des notions de codes de conduite, une mise en jeu du pacifisme et même des règles pour les traumatismes mentaux.

Dans un jeu comme Shadowrun, dans lequel on s’attend basiquement à jouer des professionnels froids et blasés par leur monde violent, les apports de cette partie du supplément ouvre des perspectives intéressantes et des options de roleplay passionnantes que je ne peux que saluer.

  • Forces d’opposition (15 pages) : Un répertoire riche de figurants

SR6 introduit dans ses règles la notion de “figurants”, PNJ secondaires pouvant être en grand nombre dans une scène et qui sont gérés avec des règles simplifiées pour accélérer les affrontements à la table de jeu.

Cette dernière partie de Feu nourri propose un répertoire extrêmement riche de profils de figurants à l’attention des meneurs, et cela est d’un intérêt majeur à Shadowrun comme pour tout JdR avec un système dense et une richesse importante d’univers.

Ce sont ici plus d’une trentaine de profils, allant des agents corporatistes aux membres de gangs en passant par les amérindiens des First Nations, qui sont présentés avec la même qualité de détail que les armements des premières parties (un petit texte de présentation accompagne chaque stats block).

Claire et efficace, cette section donnera aux meneurs de la matière précieuse pour écrire leurs propres scénarios ou improviser des rencontres cohérentes en cas d’initiatives étonnantes des runners au cours d’une opération.

Conclusion : Bien plus qu’un inventaire, un effet loupe qui demandera une bonne gestion

Inutile de tourner autour du pot, Feu nourri est un supplément très riche qui traite extrêmement bien de son sujet : la violence dans l’univers de Shadowrun pour la 6ème édition. Bien plus qu’un simple répertoire de matériels et de règles supplémentaires, cet ouvrage propose aussi de regarder l’impact et la place de la violence dans le Sixième monde … ce qui participe à cette volonté de SR6 (visible dès le LdB) de montrer cet univers riche par des points précis et concrets. Mais plus qu’une simple explication, ce livre propose des mécaniques de jeu pour que vos runners puissent vivre par eux mêmes ces conséquences avec de vrais impacts en jeu autour de la table.

De ce fait Feu nourri va avoir le même défaut, causé par ses qualités, que tous les ouvrages des jeux de rôle à gamme large décrivant un univers complexe : la richesse de son contenu pourra parfois donner, par effet de contraste, une impression de vide dans le traitement des autres aspects du jeu. Quid des conflits sociaux ? de la magie ? des matériels autres que militaires ?

Bref, Feu nourri est un très bon supplément qui vous en donnera pour votre argent. Charge seulement à chaque meneur d’en intégrer intelligemment le contenu à sa table. Les nombreuses options proposées vont impacter la courbe d’apprentissage des joueurs et meneurs, et il faudra savoir s’en servir sans trop d’excès en attendant la sortie de suppléments tout aussi riche sur les autres aspects du jeu.

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